Philippe Gardent revient sur sa nouvelle aventure ayu PSG Handball

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Malgré un match amical et un contrôle très stricte des Qataris sur les médias autorisés à pénétrer dans l?antre de Coubertin, Philippe Gardent a accordé quelques minutes à Sport365. Retour aux sources pour celui qui a évolué sous les couleurs du Paris Université Club et de l?USM Gagny. Il a quitté Chambéry cet été pour se retrouver aux commandes du navire parisien, assisté d?un ancien Barjot, Thierry Perreux. Le Paris Handball fait peau neuve, place au PSG Handball et sa constellation de stars !

Philippe Gardent, pourquoi avoir quitté Chambéry après une sixième qualification de suite pour la Ligue des Champions ?
Paris m?a sollicité afin de faire partie de cette aventure. En tant qu?entraîneur, ce genre de projets ambitieux est toujours très excitant. Chambéry est un grand club avec une forte tradition bâtie au fil des années. Je m?y sentais très bien. Il n?y avait aucun désaccord sportif ou financier. Cependant, après 16 ans, il me paraissait « normal » de découvrir un nouveau challenge.

A mi-chemin de votre préparation, quel bilan tirez-vous du travail effectué ?
On a essayé de faire avec les moyens du bord au vu de la grosse disparité physique entre les joueurs. Certains étaient présents dès le début et d?autres sont arrivés après les JO donc l?objectif premier était d?uniformiser la forme physique du groupe. La situation du club s?étant réellement décantée fin juin, la mise en place d?une préparation correcte n?a pas été simple. Actuellement, on n?est pas vraiment en retard mais on n?a pas d?avance non plus notamment en termes de jeu. Il nous manque encore des matchs pour affiner certains réglages.

Après deux tournois (ndlr : EVFH Cup et le Mepha Cup) et très peu d?entraînements avec un groupe au complet, l?équipe a montré un visage plutôt séduisant. Cela vous a-t-il surpris ?
Oui, un petit peu mais je sais qu?il y a beaucoup d?enthousiasme et aussi « la chance du débutant ». Au moment de l?EVFH Cup, nous n?avions fait qu?un seul entraînement avec tous les joueurs. Face à de grosses écuries comme le vice-champion de Pologne (Wisla Plock) ou Veszprem qui est le vivier de l?équipe nationale de Hongrie, les prestations fournies par Paris ont été très encourageantes. D?ailleurs, on ne s?incline que d?un but face à Veszprem. Lors de la Mepha Cup en Suisse, le niveau était plus « faible » donc on s?est imposé assez facilement.Mais, finalement, nous n?avons jamais vraiment été au complet. Antonio Garcia (arrière gauche) s?est blessé avec l?Espagne avant les Jeux, Luc Abalo est revenu un petit peu amoché et on a dû faire face à des petits coups durs durant la préparation. Je devrais avoir mon groupe au grand complet à une semaine de l?ouverture du championnat.

« Heureux d?avoir eu mon mot à dire »

Concernant les dix recrues, avez-vous eu votre mot à dire ou vous ont-elles été imposées ?
Oui, excepté pour Mladen Bojinovic et les deux Islandais, Robert Gunnarsson et Ásgeir Hallgrimsson puisque ces trois joueurs avaient donné leur accord bien avant mon arrivée. Ensuite, Thierry Perreux (entraîneur-adjoint) et moi avons eu notre mot à dire. Et heureusement !

Ces dernières années, la D1 a de plus en plus de visibilité médiatiquement, notamment grâce à Canal+, et pourtant la part des droits télé réservée au club est quasiment nulle. C?est assez paradoxal?
Effectivement, je trouve qu?il y a une grosse différence entre ce que peut percevoir le basket et le hand. Il me semble que les droits de la Pro A sont quatre ou cinq fois plus importants (ndlr : 6 millions d?euros pour la Pro A contre 1,2 millions d?euros pour la D1). Mais je crois que nous sommes à la croisée des chemins. Tout le monde se cherche un peu. Nous cherchons à avoir une exposition médiatique importante et Canal+, et bientôt d?autres chaînes peut-être, se demandent si le hand peut ramener des résultats intéressants. Le hand arrivera peut-être à réactualiser tout ça et aura alors le droit de percevoir ce qu?il mérite. Pour l?instant, on ne se plaint pas, on dispose tout de même d?une bonne exposition. En ce qui concerne les droits télé, on est un peu le « parent pauvre ». La Ligue récupère le montant de ces droits pour son fonctionnement et c?est assez logique. La tendance nous est plutôt favorable. Grâce à Montpellier, aux gros recrutements de Paris, Chambéry ou encore Nantes, on peut proposer une offre de qualité. A l?avenir, les chaînes qui vont s?intéresser au hand devront augmenter leurs propositions.

Les investisseurs étrangers peuvent-il aider le handball français à passer un cap ?
Sur le plan médiatique, c?est évident. Dès que le Qatar, en l?occurrence QSI, investit, ça attire directement les médias. On a pu s?en apercevoir. Financièrement, ça peut faire un phénomène de « levier », à l?image de ce qu?avait pu faire Montpellier avec les collectivités locales avec un financement important. Ce modèle a permis à des clubs comme Chambéry et Dunkerque d?émerger dans le haut de tableau. C?est bénéfique pour la Ligue et tout le handball français.

« On est condamné à réussir assez vite »

Au vu de l?investissement très important, quelles sont les ambitions du club pour cette année et les saisons à venir ?
Le premier objectif, c?est de construire ce club. On part de rien du tout. Dans l?urgence, on a essayé de bâtir une équipe qui tienne la route et je pense que l?on s?en est bien sorti. On a eu la chance de bénéficier de quelques événements comme le dépôt de bilan de Copenhague ou les difficultés financières des clubs espagnols. Le centre de formation et certaines infrastructures vont être remis à niveau. Sportivement, on est condamné à réussir assez vite. Il faut aller chercher une place qualificative pour une compétition européenne et certainement la deuxième ou la première place pour aller directement en Ligue des Champions.

Si Paris venait à ne pas finir sur le podium, sans jouer la Ligue des Champions, pourrait-on considérer que c?est un échec ?
Tout d?abord, participer à la Ligue des Champions n?est pas un inconvénient. Certes, c?est fatiguant puisque les joueurs jouent tous les trois jours mais je peux affirmer, par rapport à mon expérience avec Chambéry, que ça te permet de rester dans le rythme. Après, ne pas finir sur le podium serait forcément une déception.

En faisant partie des Bronzés et des Barjots, vous avez donné envie à toute cette génération qui brille depuis plus de quatre ans. Quel regard portez-vous sur tous ces succès ?
Un regard admiratif parce que c?est extraordinaire ce que font ces mecs. Arriver à le faire dans la continuité renforce encore un peu plus la performance. Un regard fier puisqu?on pense avoir impulsé ce mouvement. Mais le sentiment de fierté vient surtout d?avoir réussi à transmettre cette tradition. Et maintenant à leur tour, ils continuent de faire perdurer cet état d?esprit aux nouveaux arrivants. Sur le plan humain, ce sont tous des bons gars aussi bien les jeunes que les anciens. A notre époque, on en avait marre d?être ignoré par toutes les autres nations. Personne ne nous disait « bonjour ». On avait cette envie, cette ambition d?exister au plus haut niveau international.

Propos recueillis par Mathieu DELCOURT

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