Philippe Brossard (Macrorama) : « C'est une crise de la demande finale »

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La mise en place de politiques d'austérité en Europe mène à l'impasse. Il faut au contraire stimuler la demande finale estime Philippe Brossard, président de Macrorama, société indépendante d'études économiques et financières.

Pour sa dernière intervention en tant que président de la BCE, Jean-Claude Trichet a décidé jeudi de maintenir inchangé son principal taux directeur mais annoncé des mesures de soutien aux banques. Cela va t-il dans le bon sens selon vous?

Philippe Brossard : La décision de la BCE est décevante et semble relever d'une problématique de dédoublement de personnalité. D'un côté, elle admet la sévérité de la crise et prend des mesures techniques exceptionnelles pour alimenter le refinancement bancaire. Mais d'un autre côté, elle nie cette urgence d'agir en refusant la baisse des taux.

Un défaut de la Grèce est-il désormais inéluctable ?

P.B : Inéluctable non, mais la probabilité que cela arrive par accident augmente. Depuis janvier 2010, le problème n'a fait qu'empirer et le ratio dette/PIB n'a cessé de progresser. Mais l'importance économique de la Grèce est à relativiser. Le PIB de la Grèce ne pèse que 2,4% de celui de la zone euro. En admettant que ce défaut entraînerait une chute de la croissance du PIB grec de 10%, cela représenterait à peine 0,2% du PIB européen.

Mais comment enrayer la contagion ?

P.B : Effectivement, les autres pays européens les plus fragiles (les PIIGS) ainsi que la France seraient sous pression. Si ces pays étaient contraint de réduire leur déficit budgétaire de 1% de plus que ce qui était prévu, cela ne coûterait approximativement que 0,5% de baisse de la croissance pour l'ensemble de la zone euro. Comme le consensus prévoit une croissance de 1% en 2012, la zone euro ne tomberait pas en récession même dans le cas accidentel d'un défaut de la Grèce. Ce n'est évidemment pas satisfaisant mais on est loin des chiffres de 2009 où le PIB avait reculé de 4% en Europe.

Les Etats-Unis et l'Asie peuvent-ils encore éviter la rechute ?

P.B : En 2009, la dégradation brutale de la conjoncture s'était manifestée tout particulièrement par l'effondrement du commerce extérieur. Selon nos hypothèses, ce scénario n'aura pas lieu. L'Asie (Chine et Japon) se porte un peu mieux que prévu et les Etats-Unis vont éviter la récession. Si l'emploi ne repart pas outre-Atlantique, les effets du nouveau contre-choc pétrolier devraient rendre en pouvoir d'achat ce qui été perdu au premier semestre 2011.

La zone euro est-elle condamnée à la stagnation ?

P.B : Il faut bien comprendre que cette crise est une crise de la demande finale. La solution de l'austérité mise en avant de façon obstinée depuis 2010 ne peut aboutir qu'à l'échec. Ainsi, il faut baisser les taux d'intérêt au plus bas niveau possible, entretenir autant que possible les taux longs à des faibles niveaux en achetant des emprunts à long terme.

Vu le niveau de leur endettement, les Etats européens ont-ils vraiment les moyens de mener des politiques expansionnistes ?

P.B : Tous les pays européens n'ont pas forcément les moyens de mener de telles politiques. Mais l'Allemagne et la France ont vu leurs taux obligataires à long terme baisser. Ces derniers ont atteint des niveaux extrêmement bas. C'est un appel des marchés pour que ces deux pays reviennent emprunter à long terme. Il y a évidemment des marges de manoeuvre, surtout en Allemagne.

Si c'est une crise de la demande finale, faut-il privilégier la relance par la consommation ?

P.B : Oui. La politique d'austérité menée pour sortir du problème de la dette est une impasse totale. A plus long terme, une meilleure répartition des revenus est indispensable afin de redynamiser la consommation. En France, les 20% des ménages les plus aisés épargnent en moyenne 35% de leurs revenus alors que les 20% les plus pauvres ont des budgets en déficit de 5% en moyenne. Une réforme fiscale qui assurerait une répartition plus équilibrée des revenus après impôts permettrait d'augmenter la consommation et donc de soutenir la croissance.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M1201014 le vendredi 7 oct 2011 à 14:56

    N'importe quoi:1) Contrairement à ce qu'il dit, la France n'a plu s vraiment de marge de manoeuvre, et 2) Relancer la consommation, c'est surtout relancer la production en Chine et donc aggraver le déficit commercial. Ce n'est pas ça qui va créer de l'emploi. Il faut au contraire relancer la production (mais bien en France, pas en Chine ou ailleurs)

  • C.LASNIE le vendredi 7 oct 2011 à 12:45

    D'accord avec pvigne, il faut consommer, CONSOMMER, ça fait 20 ans qu'on vous le répète, c'est la seule solution. Bientôt plus besoin de trappe à essence sur les voitures, on nous les vendra avec le plein et on les jettera dès le réservoir vide. Voilà une vrai mesure pour relancer l'industrie automobile!!!

  • pvigne le vendredi 7 oct 2011 à 12:18

    consommer, consommer, acheter le nouvel écran plat , passer absolument de Iphone 4 à l'Iphone 4S ...Bravo pour cette stratégie destructive!!

  • indyta le vendredi 7 oct 2011 à 12:17

    bah demande finale passant par la production,donc!c est d une evidencecf le sondage bourso

  • exfine le vendredi 7 oct 2011 à 12:03

    Assez de cette pensée unique qui ne voit de salut que dans le tout consommation. C'est une crise de la demande finale, oui, car on a solvabilisé une demande qui ne l'était pas. Pour donner du pouvoir d'achat à cette demande, on a aussi accepté d'acheter à bas prix ce qui était produit à l'étranger. Augmenter le pouvoir d'achat de la demande finale, c'est encore creuser le déficit commercial, et appauvrir et désindustrialiser les économies européennes. Il faut choisir entre produire et consommer.