Pfizer pourrait offrir davantage, AstraZeneca reste méfiant

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RPT-PFIZER POURRAIT RELEVER SON OFFRE, ASTRAZENECA RESTE MÉFIANT
RPT-PFIZER POURRAIT RELEVER SON OFFRE, ASTRAZENECA RESTE MÉFIANT

par Ben Hirschler et Kate Holton

LONDRES (Reuters) - Le géant américain de la pharmacie Pfizer a laissé entendre mardi qu'il pourrait relever son offre sur AstraZeneca, transaction dont le directeur général du groupe britannique a pointé les risques sans toutefois fermer totalement la porte à une éventuelle fusion.

Le patron de Pfizer, Ian Read, a assuré devant les parlementaires britanniques qu'un accord offrirait au numéro deux britannique de la pharmacie des conditions "optimales".

Le directeur général d'AstraZeneca, le Français Pascal Soriot, qui lui a succédé lors des auditions au Parlement, a accusé Pfizer de rechercher avant tout un avantage fiscal avec la possibilité de se relocaliser en Grande-Bretagne et ainsi échapper au fisc américain.

Un tel calcul pourrait mettre en danger la réputation d'AstraZeneca, a-t-il ajouté.

"Que dirons-nous à la personne dont le père vient de mourir d'un cancer du poumon parce qu'un de nos médicaments a été retardé? Qu'il a été retardé parce que nos deux sociétés voulaient payer moins d'impôts et réduire leur coûts?", a dit Pascal Soriot.

L'offre de Pfizer, qui représente actuellement de 106 milliards de dollars (76,6 milliards d'euros) en attendant une probable révision à la hausse, serait la plus importante acquisition d'une entreprise britannique par un concurrent étranger.

Pfizer, qui a déjà essuyé plusieurs refus de la part d'AstraZeneca et qui s'est engagé à maintenir 20% de ses effectifs de recherche en Grande-Bretagne, a affirmé mardi que le numéro deux britannique de la pharmacie péricliterait sans le soutien de sa puissance financière.

Le groupe américain a promis en outre à AstraZeneca un accord présentant des clauses "optimales" qui séduirait les actionnaires de l'entreprise britannique et fournirait à l'entité issue de la fusion "une base crédible pour de nouveaux objectifs à long terme".

UNE NOUVELLE OFFRE EN VUE

Le conseil d'administration d'AstraZeneca serait dans l'obligation de considérer une offre de Pfizer si celle-ci était vraiment convaincante, a déclaré Pascal Soriot devant les parlementaires britanniques.

"Il est impossible de dire que nous n'accepterions aucune offre", a-t-il dit. "Nous sommes parfaitement conscients de notre devoir fiduciaire et il nous faudrait considérer une offre qui valoriserait correctement la société et qui serait applicable sans risque exécutoire".

Sans attendre les débats de mardi, AstraZeneca s'était empressé de présenter ses produits en préparation, notamment une association de médicaments contre le diabète ainsi que des traitements contre l'asthme et la polyarthrite rhumatoïde.

L'intention du groupe britannique est clairement d'indiquer qu'il peut très bien s'en sortir sans Pfizer.

Le groupe américain présentera vraisemblablement une offre plus alléchante mais devrait attendre la fin des auditions parlementaires pour la dévoiler, a-t-on appris de source proche du dossier.

Le titre AstraZeneca a fini en hausse de 0,69% à 46,42 pence à la Bourse de Londres. Depuis le début de l'année, porté par l'intérêt manifesté par Pfizer, la progression est de quelque 30% contre +9% pour l'indice regroupant les valeurs pharmaceutiques européennes.

LES PARLEMENTAIRES VEULENT DES GARANTIES

Les parlementaires britanniques n'ont pas le pouvoir de s'opposer à une transaction, simplement celui de réclamer des assurances.

"Ce que nous avons observé lors de précédentes acquisitions de Pfizer, c'est une baisse des investissements, des réductions d'effectifs et, pour parler clairement, un dépouillement des actifs", a déclaré à la BBC le président de la commission parlementaire qui a entendu les patrons des deux sociétés, Adrian Bailey. "C'est la grosse préoccupation."

Le secrétaire d'Etat aux Entreprises, Vince Cable, a souligné lors des auditions qu'il serait "assez compliqué" d'intervenir dans le projet de fusion au nom de l'intérêt public, notant que, le cas échéant, il faudrait le faire en prenant soin de respecter la législation européenne sur les fusions et acquisitions.

Bon nombre d'analystes pensent que Pfizer devra non seulement augmenter son prix, le portant de 50 à 55 livres environ par action, mais aussi la proportion de cash de son offre, actuellement de 32%.

Pfizer n'a pas totalement les coudées franches pour augmenter le part du numéraire car pour recueillir les avantages fiscaux d'une domiciliation en Grande-Bretagne, il doit faire en sorte que 20% au moins de l'entité issue de la fusion soit propriété britannique.

Suivant le droit britannique, Pfizer a jusqu'au 26 mai pour formuler une offre en bonne et due forme ou se démettre.

L'affaire fait grand bruit au Royaume-Uni. Le principal syndicat du pays, Unite, s'est offert mardi une page de publicité dans l'édition britannique du quotidien gratuit Metro dans laquelle il accuse Pfizer de délivrer "la mauvaise ordonnance pour la Grande-Bretagne".

(Patrick Vignal pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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  • fourmes le mardi 13 mai 2014 à 19:59

    ils veulent simplement faire monter l’enchère. La vie des patients tu parles!!!