Pfizer peine à convaincre le Parlement britannique sur AstraZeneca

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LE PROJET DE PFIZER SUSCITE TOUJOURS DES DOUTES AU PARLEMENT BRITANNIQUE
LE PROJET DE PFIZER SUSCITE TOUJOURS DES DOUTES AU PARLEMENT BRITANNIQUE

par William James

LONDRES (Reuters) - Le projet d'OPA de Pfizer sur AstraZeneca est en soi une menace potentielle pour la recherche scientifique au Royaume-Uni à moins que le groupe pharmaceutique américain ne fournisse des garanties plus solides sur l'emploi et l'investissement, a estimé jeudi un parlementaire britannique.

AstraZeneca, le deuxième laboratoire pharmaceutique britannique, rejette l'offre de 106 milliards de dollars (plus de 77 milliards d'euros) de Pfizer et craint que le laboratoire américain ne sacrifie la recherche pour réaliser des économies. Mais AstraZeneca a également dit qu'il serait dans l'obligation d'étudier une offre à bon prix et Pfizer a déclaré de son côté qu'il pourrait améliorer la sienne.

A l'issue de deux journées d'auditions parlementaires, le directeur général de Pfizer Ian Read a défendu son projet sur cinq ans prévoyant d'achever un nouveau centre de recherche d'AstraZeneca à Cambridge, de conserver le site de Macclesfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, et de localiser 20% de ses effectifs de recherche en Grande-Bretagne si son OPA aboutit.

Mais il a ajouté que les dépenses de recherche-développement (R&D) de la nouvelle entité seraient sans doute inférieures à celles des deux laboratoires combinés et s'est refusé à avancer le moindre chiffre sur les pertes d'emplois qui pourraient résulter de la fusion.

Andrew Miller, le président de la commission des Sciences du parlement britannique, qui avait interrogé les patrons des deux groupes pharmaceutiques mercredi, a dit qu'il n'était ni satisfait des engagements de Pfizer ni persuadé que l'Etat ait la capacité de les faire respecter.

"L'enjeu national lié à la proposition de Pfizer est exceptionnellement élevé et toute menace envers la capacité de recherche d'AstraZeneca doit être considérée, dans une certaine mesure, comme une menace envers la recherche britannique", a-t-il dit, dans un courrier adressé au secrétaire d'Etat chargé des Universités et de la Science David Willetts.

"Que l'Etat soit capable ou pas d'obliger Pfizer à tenir ses engagements - et pour nous rien n'est moins sûr - il nous faut des garanties à plus long terme avant de croire aux promesses de Pfizer envers le Royaume-Uni".

Ainsi, pour Andrew Miller, un engagement pris à cinq ans n'a guère de valeur dans une industrie qui "mesure les progrès en décennies plutôt qu'en années".

Londres discute avec les deux groupes et le Premier ministre David Cameron a dit qu'il sollicitait davantage de garanties. Le secrétaire d'Etat aux entreprises Vince Cable avait dit mardi que les engagements pris par Pfizer étaient un point de départ pour des négociations, recherchant des promesses "contraignantes et pertinentes".

Le directeur général de Pfizer avait lui-même déclaré mardi que les engagements annoncés étaient légalement contraignants.

L'ARME DES NOUVEAUX MÉDICAMENTS

Le gouvernement britannique a fait savoir qu'il avait la possibilité de juger toute transaction à l'aune de l'intérêt général mais cela exigerait d'amender les lois en vigueur, au risque que l'Union européenne vienne y voir de plus près.

De fait, la France s'est dotée jeudi d'une nouvelle arme pour négocier dans le dossier Alstom, dont la branche énergie est convoitée par l'américain General Electric, avec un décret forçant les acquéreurs d'entreprises opérant dans les secteurs de l'énergie, des transports, des télécoms, de l'eau ou de la santé à obtenir son autorisation.

Mais la Commission européenne a mis Paris en garde contre toute application "disproportionnée" ou "protectionniste" de ce texte.

Mais AstraZeneca a dévoilé mercredi soir une autre arme susceptible d'appuyer son argument que l'offre de Pfizer le sous-évalue grandement. Le laboratoire a révélé que son traitement expérimental du cancer du poumon appelé AZD9291 avait réduit les tumeurs chez plus de la moitié des patients dans un test clinique de Phase I.

Ce traitement traite plus spécifiquement la mutation génétique qui permet aux tumeurs d'être insensibles aux médicaments actuels. AstraZeneca pense qu'il pourrait représenter un chiffre d'affaires annuel de trois milliards de dollars.

"Nous continuons de bâtir notre gamme et nous sommes encouragés par les progrès accomplis dans le développement d'actifs majeurs", a déclaré le directeur général Pascal Soriot dans un communiqué.

Ce traitement est l'un des médicaments expérimentaux mis en avant par AstraZeneca la semaine dernière pour convaincre les investisseurs de la richesse de sa recherche qui porte également sur des traitements du diabète, de l'asthme, du psoriasis et de l'arthrite rhumatoïde.

AstraZeneca pense que globalement, ces nouveaux produits permettront à son chiffre d'affaires d'augmenter de 75% à 45 milliards de dollars d'ici 2023.

(Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Joanny)

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