Peut-on avoir un écran plat et être considéré comme pauvre?

le
0

INFOGRAPHIE - La baisse des prix sur les produits high-tech a permis à des familles modestes de s'équiper sur les dix dernières années. Néanmoins, ces achats ne sortent pas ces ménages de la pauvreté, qui subissent la hausse des prix sur des dépenses aussi élémentaires que l'alimentation.

«Est-ce qu'une famille avec une voiture dans l'allée, une télévision à écran plat et un ordinateur connecté à Internet peut être considérée comme une famille pauvre?». C'est la question à laquelle a tenté de répondre en scrutant les prix des biens à la consommation sur les dix dernières années aux États-Unis. Alors que les produits multimédias n'étaient accessibles qu'à une poignée de personnes dans les années 1990, ils sont peu à peu devenus des biens de consommation courante à partir des années 2000. Ordinateur, téléphone portable, télévision, abonnement Internet et mobile, les prix ont largement baissé aux Etats-Unis, comme en France, selon les chiffres de l'Insee présents dans l'infographie ci-dessous.

Qu'ils soient ouvriers, employés, artisans ou cadres, les Français ont dans leur grande majorité un téléviseur couleur, un lecteur DVD, un téléphone fixe et mobile et un ordinateur équipé d'une connexion à Internet, à l'exception des retraités et des inactifs, selon des données de l'Insee datant de 2012. Pour répondre à la question du New York Times, Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, estime que la détention de ces produits n'est plus un signe de richesse. «On peut très bien avoir un téléphone, une télévision à écran plat et faire partie de la catégorie des plus modestes, assure le sociologue. Ces biens sont d'ailleurs considérés comme des biens de nécessité. Un huissier n'a même pas le droit de les saisir».

evolution des prix Les contours de la pauvreté évoluent

Mais comment définir la pauvreté? «Il ne faut pas la voir comme quelque chose de figé, poursuit Louis Maurin. Mais la regarder en fonction du niveau de vie du reste de la société. Si le revenu médian augmente, celui du seuil de pauvreté grimpe aussi». Pour lui, les clivages entre riches et pauvres se seraient même déplacer. «Aujourd'hui, le fait de ne pas disposer d'une aide à domicile, de ne pas pouvoir voyager ou de ne pas être propriétaire est beaucoup plus clivant que de ne pas avoir un téléphone portable», assure-t-il. Ces baisses de prix ne gomment pas totalement les difficultés financières que peuvent rencontrer les ménages aux petits revenus. «On peut très bien s'acheter une voiture et avoir des difficultés à faire le plein à la station-service» observe Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE. Or, si vous ne pouvez plus utiliser votre véhicule, votre bien n'a plus la même valeur que celui du voisin».

Un effet prix, mais aussi un effet qualité

Néanmoins, cette réduction des prix dans le multimedia est loin de compenser la hausse des frais de logement, des tarifs énergétiques et des dépenses dans l'alimentation. Selon l'Insee, l'alimentation et le logement absorbent 41 % de du budget des plus modestes alors qu'ils ne constituent que 25 % des dépenses de consommation des plus aisés. Ces dépenses contraintes pèsent donc fortement sur le budget de ces ménages. La hausse des prix de l'énergie combinée à celle des logements a eu pour effet d'accentuer la précarité énergétique de ces familles. Faute de pouvoir régler leur facture d'électricité ou de gaz, 3,5 millions de foyers français déclarent souffrir du froid dans leur logement selon une autre étude de l'Insee en 2011.

Guillaume Allègre nuance: «Il est vrai que les prix du logement ont progressé mais ce phénomène s'explique aussi par un effet qualité, explique le spécialiste des inégalités. Aujourd'hui, les logements sont plus spacieux, mieux équipés et de meilleure qualité». Les locataires ont donc vu leurs conditions de vie s'améliorer. Autre nuance apportée, cette fois-ci sur l'alimentation: «si les prix ont progressé ces dix dernières années, il faut garder en tête qu'ils ont augmenté moins vite que la moyenne des prix à 18%», relativise Guillaume Allègre.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant