Pétrole: 'un risque de déception important' (AlphaValue).

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(CercleFinance.com) - Responsable du secteur pétrolier et gazier chez AlphaValue, Alexandre Andlauer s'est fait connaître en anticipant correctement le retournement des cours du pétrole. L'analyste - qui prédisait un retour du baril à 50 dollars pour 2015 - livre à Cercle Finance sa vision de l'industrie à quelques jours de la réunion très attendue de Doha.

Cercle Finance: Le baril de Brent est remonté en l'espace de quelques semaines de 27 à 44 dollars dans un climat d'optimisme avant la réunion de Doha. Pourtant, de plus en plus de spécialistes du secteur mettent en garde contre un risque de déception à l'issue de la conférence. Est-ce un avis que vous partagez?

Alexandre Andlauer: Certes, un nombre croissant d'analystes se rallient au scénario d'une déception, mais les cours du pétrole sont loin encore d'intégrer cette éventualité. Le risque est pourtant considérable quand on sait que l'intégralité des éléments porteurs sont, eux, déjà pleinement intégrés par le marché. Soyons clairs, rien ne peut permettre de maintenir cette dynamique favorable des cours, à moins que l'Iran n'accepte de s'aligner sur un gel de la production, ce qui semble irréaliste. Dans ces conditions, il est difficile de se montrer acheteur, tout au moins dans l'optique d'un éventuel accord à Doha. Car, en termes relatifs, les niveaux du pétrole restent intéressants à leurs niveaux actuels dans une logique d'investissement à moyen/long terme

CF: L'Iran est-il le seul pays à poser problème?

AA: L'Iran est en tout cas le seul pays qui dispose d'un potentiel significatif d'accroissement de sa production pour les mois qui viennent. A l'inverse, les pays signataires de l'accord quadripartite de février (Arabie Saoudite, Qatar, Russie et Venezuela) ont tous épuisé leur marge de manoeuvre au niveau de la production. C'est également le cas de l'Irak, qui reste un important moteur de production.

CF: Va-t-on assister à un rééquilibrage de l'offre et de la demande en 2016?

AA: Un rééquilibrage devrait effectivement intervenir en seconde partie d'année, sous l'effet du très net recul de la production des gisements de pétrole de schiste, estimé autour de 80.000 barils par jour tous les mois. Parallèlement, le Venezuela éprouve de plus en plus de difficultés à maîtriser les soubresauts de son appareil productif et la Chine procède à un réajustement de sa production. L'ampleur de cette première vague devrait toutefois rester limitée, car tout contre-balancement demeure tributaire de l'évolution des stocks disponibles et du pétrole de schiste. Un changement de donne pourrait rapidement ramener le baril au-dessus des 50 dollars. Nous tablons d'ailleurs sur un baril autour de 50 dollars à la fin 2016.

CF: A plus long terme, une normalisation de la demande va-t-elle s'opérer?

AA: D'un simple point de vue structurel, il faut s'attendre à une moindre croissance de la demande dans les années à venir du fait de l'impact des mesures d'efficacité énergétique et de la standardisation des véhicules électriques, qui devraient à eux seuls effacer quelque 300.000 barils annuels d'ici à 2020. La grande question est de savoir si l'Inde va remplacer la Chine en tant que moteur de la croissance mondiale. Il se construit actuellement 30 kilomètres de routes chaque jour en Inde, ce qui a évidemment de fortes répercussions sur la consommation de pétrole. Mais globalement, nous nous attendons à ce que la croissance de la demande au cours des cinq prochaines années s'avère inférieure à celle des cinq dernières.

CF: Le ralentissement chinois, le développement de Tesla et la montée des énergies renouvelables impliquent-ils de se montrer prudents sur le pétrole ?

AA: Tous ces facteurs ne devraient avoir, au final, qu'un impact limité sur le marché au cours des cinq années à venir. Mais attention, car 2019 pourrait se révéler être une année charnière pour l'industrie avec des ouvertures de gisements de pétrole de schiste qui ne suffiront plus à compenser, pour la première fois, le déclin des champs dits conventionnels. Cela fait évidemment planer un risque haussier sur les cours.

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