Pétrole-Les majors affrontent la crise en ordre dispersé

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    * Performances contrastées avec le plongeon du brut: 
    * http://bit.ly/1T8bezD et depuis 2009: 
http://bit.ly/1PJOEuI 
    * Les compagnies veulent préserver leur potentiel de 
croissance 
    * Les producteurs américains privilégient le pétrole de 
schiste 
    * Se désengagent des activités en eaux profondes 
    * BP parie sur le gaz offshore en Egypte, Shell sur BG Group 
 
    par Ron Bousso et Terry Wade 
    LONDRES/HOUSTON, 8 février (Reuters) - Les grandes 
compagnies pétrolières et gazières font des coupes claires dans 
leurs dépenses pour s'adapter au plongeon des prix de l'énergie 
mais les stratégies divergent sur la meilleure voie pour 
préparer la sortie de crise. 
    Les cours du pétrole ont chuté d'environ 70% au cours des 18 
derniers mois pour tomber à 35 dollars le baril, pénalisant 
lourdement les profits des compagnies dont les dirigeants sont 
confrontés à un dilemme: couper dans les dépenses pour se 
maintenir à flot financièrement tout en préservant capacités et 
infrastructures de production en vue d'une reprise du marché. 
    Les compagnies américaines comme Chevron  CVX.N , 
ConocoPhilips  COP.N  et Hess  HES.N  se désengagent des projets 
en eaux profondes très coûteux pour se recentrer sur le pétrole 
de schiste en Amérique du Nord, par exemple. 
    Le britannique BP  BP.L  parie sur le gaz offshore en Egypte 
tandis que Royal Dutch Shell  RDSa.L  a opté pour une fusion à 
50 milliards de dollars (44,8 milliards d'euros) afin d'assurer 
son avenir. 
    Dans les cinq années qui ont précédé le début de la chute 
des cours à la mi-2014, et alors que le pétrole se maintenait 
au-dessus des 100 dollars le baril, les grandes compagnies 
pétrolières se sont précipitées pour accroître leurs capacités 
de production, y compris en prenant de coûteuses participations 
dans de vastes gisements en eaux profondes parfois situés à des 
kilomètres sous le niveau de la mer et de plus en plus éloignés 
des côtes.  
    Au cours des 12 derniers mois, elles ont fait des coupes 
claires dans leur budgets d'investissement, abandonnant les 
méga-projets dont les développements se chiffrent en milliards 
de dollars et qui peuvent nécessiter jusqu'à une décennie avant 
de commencer à produire. 
    "Les compagnies veulent trouver un équilibre entre les 
cycles d'investissement à court et à long terme tout en 
conservant un bilan solide pour traverser le cycle baissier", 
résume Bredan Warn, analyste chez BMO Capital.  
     
    PETROLE DE SCHISTE ET GAZ EGYPTIEN 
    En se concentrant sur un domaine d'expertise et des zones 
géographiques spécifiques, elles ont été à même de proposer aux 
investisseurs "une proposition de valeur unique", ajoute-t-il. 
    Chevron, la deuxième compagnie pétrolière américaine en 
termes de capitalisation boursière derrière Exxon Mobil  XOM.N , 
a dévoilé la semaine dernière son projet de cibler ses dépenses 
sur des investissements à "cycle court", des projets aux coûts 
plus bas et dont le développement prendra des mois plutôt que 
des années.  
    Après avoir annoncé une réduction de près d'un quart de ses 
dépenses d'investissement en 2016, Chevron a dit vouloir 
capitaliser en particulier sur sa forte présence dans les 
gisements de pétrole de schiste du Bassin permien, qui s'étend 
sur l'ouest du Texas et le sud-est du Nouveau-Mexique, au 
détriment des projets en eaux profondes, plus coûteux et plus 
complexes. 
    "En ce qui concerne les projets de développement à long 
terme, nous n'en démarrons pas. Nous n'en démarrons aucun... 
Nous allons privilégier les investissements à cycle court et 
s'ils ne respectent pas nos critères, nous n'investirons pas", a 
dit le directeur général de Chevron, John Watson, lors d'une 
téléconférence avec des analystes. 
    Bien que la mise en exploitation de certains puits de 
pétrole de schiste puisse se révéler plus coûteuse que certains 
projets en eaux profondes en termes de prix de revient par 
baril, un cycle de développement plus court et des risques 
d'exécution plus faibles permettent d'en réaliser les profits 
plus rapidement. 
    La stratégie d'investissement à court terme s'explique en 
partie par le fait que Chevron, à la différence de BP par 
exemple, dispose d'un stock de projets à long terme en cours de 
développement comme certains des plus grands projets de gaz 
naturel liquéfiés (GNL) avec ses implantations de Gorgon et de 
Wheatstone en Australie.  
    Des compagnies plus petites comme ConocoPhilipps et Hess se 
sont aussi détournées des projets en eaux profondes pour 
favoriser la production de pétrole de schiste, notamment dans la 
région du Bakken, les formations schisteuses du Dakota du Nord. 
    BP est l'une des rares compagnies a avoir donné son feu vert 
à un projet d'envergure l'année dernière avec son investissement 
à 12 milliards de dollars dans le projet gazier du delta du Nil, 
en Egypte, dans le cadre de sa stratégie consistant à faire du 
gaz égyptien la principale source de croissance de sa production 
dans les années à venir. 
    Mais BP, qui a fait état la semaine dernière de la plus 
lourde perte de son histoire au titre de l'exercice 2015 et qui 
ne dispose pas d'une série de projets à long terme en 
développement comme Chevron, doit aussi compenser la baisse 
sensible de sa production, rançon des 50 milliards d'actifs 
qu'elle a dû céder pour faire face aux conséquences de la marée 
noire de 2010 dans le Golfe du Mexique, selon des analystes. 
    "BP ne veut pas se laisser enfoncer. Ils investissent un peu 
pendant tout le cycle", a dit Bredan Warn. 
     
    FUSIONS & ACQUISITIONS 
    Shell a de son côté opté dès le début du retournement du 
marché pour une stratégie résolument ambitieuse en rachetant BG 
Group  BG.L , l'opération la plus importante réalisée dans le 
secteur depuis une décennie. Elle doit en faire un leader du GNL 
et de la production pétrolière offshore au Brésil tout en 
augmentant ses réserves d'environ 20%.  
    Le groupe anglo-néerlandais, qui a publié la semaine 
dernière ses profits les plus faibles en 13 ans au titre de 
l'année 2015, prévoit de finaliser l'opération ce mois-ci. 
    Le géant américain Exxon pourrait être bien inspiré de 
suivre l'exemple de Shell en réalisant une acquisition majeure 
après avoir surpris le marché la semaine dernière en réduisant 
d'un quart ses dépenses d'investissement pour cette année à 23 
milliards de dollars, a dit Anish Kapadia, anlyste chez Tudor, 
Pickering, Holt & Co. 
    "Cela  souligne qu'Exxon n'a pas suffisamment de projets 
intéressants en attente pour y investir et n'est pas prête à 
investir en amont, donc pour croître, elle va devoir faire une 
acquisition", a-t-il ajouté. 
    "Dans cet environnement avec un prix du pétrole 
potentiellement plus élevé, Chevron fait ce qu'il faut. Ils 
peuvent survivre pendant les quelques prochaines années et 
gardent l'option de la croissance. Exxon est au bas du 
classement. Elle est la plus chère mais cela est difficile à 
justifier du fait de l'absence de perspectives de croissance." 
     Tudor, Pickering, Holt & Co. est à l'achat sur Chevron et 
Shell mais recommande de conserver BP et de vendre Exxon. 
    Le norvégien Satoil  STL.OL  et le français Total  TOTF.PA  
sont dans une position intermédiaire. Ils ont indiqué l'un comme 
l'autre qu'ils n'investiraient pas dans de nouveaux projets 
cette année mais ils ont de grands projets qui seront mis en 
service dans les prochaines années et permettront de compenser 
les baisses de production.  
 
 (avec Anna Driver, Ernest Scheyder, Bate Felix et Stine 
Jacobsen, Marc Joanny pour le service français, édité par 
Véronique Tison) 
 

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