Perte du AAA de la Grande Bretagne. Est-ce très important ?

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Perte du AAA de la Grande Bretagne. Est-ce très important ?
Perte du AAA de la Grande Bretagne. Est-ce très important ?

Le vendredi a encore été une mauvaise journée pour l'une des dernières nations bénéficiant encore du fameux AAA. Un peu comme S&P avait attendu le vendredi soir pour annoncer la perte du AAA des Etats-Unis il y a 18 mois, Moody's a infligé à la Grande-Bretagne la perte de son AAA à la veille du week end. L'agence de notation baisse la notation du pays d'une note : de Aaa à Aa1. La faiblesse de la reprise économique est le principal facteur évoqué pour justifier cette décision. Mais au fond, la notation des Etats a-t-elle encore une grande importance ?

C'est un coup dur pour le Chancelier de l'Echiquier, l'équivalent de notre ministre des finances, George Osborne. En effet, ce dernier avait fait du maintien de la notation du pays l'un des objectifs de sa politique économique. Or Moody's vient de faire passer la notation de la Grande-Bretage de Aaa à Aa1 principalement en raison d'une croissance pratiquement nulle. L'agence de notation invoque trois raisons principales :

  • La faiblesse des perspectives économiques à moyen terme du pays. Moody's pense que la "croissance molle" pourrait perdurer après 2015 au Royaume-Uni...
  • Ces perspectives de croissance faible posent des problèment pour la réforme budgétaire et sur la durée de la mise en oeuvre de celle-ci
  • Enfin, avec l'augmentation du poids de la dette, le gouvernement a perdu sa capacité à absorber les éventuels chocs économiques à venir et ce au moins jusqu'en 2016, toujours selon l'agence

Cette annonce secoue la vieille dame* et provoque un tollé au sein de la classe politique anglaise.

George Osborne essaie de défendre sa politique dans une tribune publiée dimanche par le Sun. « Nous avons eu une piqure de rappel ce week-end au sujet de la plus importante vérité concernant notre économie. La Grande-Bretagne a un problème de dette qui s'est accumulée depuis de nombreuses années et il nous faut le régler. Loin d'affaiblir notre détermination à accomplir notre plan de reprise économique, cette décision de notation la redouble ».

Ses adversaires politiques en revanche dénoncent "la pire relance de ces 100 dernières années". Ed Balls, membre du Labour et chancelier du cabinet fantôme a pour sa part déclaré : « Le médicament ne fonctionne pas, alors le Chancelier de l'Echiquier dit qu'il faut augmenter les doses : c'est une politique économique folle ».

Pour autant en dehors des discussions politiques que provoquent cette annonce, la nouvelle est-elle si importante ?

D'abord, l'Angleterre reste l'un des pays les plus sûrs du monde en terme d'obligations souveraines. Moody's a d'ailleurs modéré ses propos en parlant d'une économie bien diversifiée, d'institutions robustes ou encore d'une structure de dette favorable avec une demande domestique très forte pour les obligations souveraines et une maturité moyenne très longue (15 ans).

Alors, faut-il accorder beaucoup d'attention à ces baisses de notations souveraines ?

  • Les marchés financiers n'accordent pas beaucoup d'attention à ces annonces tant que le pays reste en catégorie "investissement". Cette décision était anticipée et déjà "dans les prix". En fait, la pré-annonce de ces baisses de notation, c'est à dire le moment où les agences de notation annoncent qu'elles mettent un pays "sous surveillance négative" a davantage d'impact sur les marchés
  • Les politiciens ne devraient pas accorder d'importance aux agences de notation. Ces décisions affectent les politiciens surtout en raison du bruit fait par les médias. Mais dans les faits, il n'y a pas de relation entre la perte d'un AAA et le coût d'emprunt d'un pays... Quand Standard & Poor's a infligé la perte de son AAA aux Etats-Unis en 2011, les taux américains ont baissé. Quand la France a perdu son AAA, à deux reprises, les taux français ont baissé. Bref, tant que les investisseurs ont confiance dans le pays, et que celui-ci reste l'un des mieux noté du monde (ce qui est le cas avec un AA+ ou Aa1 chez Moody's), la différence de notation n'a pas beaucoup d'effet. Encore une fois, le passage en catégorie spéculative est beaucoup plus problématique...
  • La notation d'un pays ne dit rien de sa "probabilité de défaut". En effet, qui peut dire quelle était la probabilité de défaut de la Grande Bretagne avant l'annonce et ce qu'elle est devenue après ? En fait, elle est si faible que la différence est dérisoire. En pratique, le coût d'un défaut pour un pays comme les Etats-Unis ou l'Angleterre est si élevé que ces pays feront tout pour l'éviter. Lorsque Moody's a dégradé la France en novembre dernier, elle avait évoqué comme l'une des causes le fait que la France ne puisse pas imprimer sa propre monnaie pour payer sa dette en cas de besoin. En effet, en Zone Euro, seule la BCE, indépendante, a le pouvoir d'imprimer des billets... (c'est d'ailleurs tout le problème et la raison de la crise des dettes souveraines en Europe). Mais le Royaume-Uni, via la Banque d'Angleterre, peut tout à fait imprimer des Livres Sterling en cas de besoin... Cette baisse de la note du Royaume-Uni ne reflète donc pas une augmentation de la probabilité de défaut du pays...

Alors pourquoi parlent-on autant des pertes de AAA ?

Nous ne devrions pas vous le dire, mais obliginvest.com joue la transparence et l'honnêteté intellectuelle : en fait, les médias parlent-autant des baisses de notation car il est très facile et commode d'écrire sur ce sujet. Le côté dramatique de la perte d'un sésame, le fait que ce soit "quantifiable" grâce au système de notation, le titre facile à trouver rendent le sujet très commode pour les journalistes... Le système de notation est particulièrement important : on peut discuter de la pertinence ou non de ces notations, mais on ne peut pas discuter de la notation elle même, ce qui fait que c'est très facile pour un journaliste de faire une news sur le sujet... et nous parlons en connaissance de cause.

Donc de grâce, recontextualisez toujours ces annonces. Voici ce qu'il faut retenir :

  • l'annonce de la mise sous surveillance négative par une agence de notation est un fait nouveau qui aura un impact sur les marchés... la décision de baisser la note qui intervient après est dans les prix et en général anticipée, du coup l'impact est surtout psychologique et "politique"
  • le fait de passer de AAA à AA+ ne change pas grand chose à la "qualité" de la dette d'un pays ni à la probabilité qu'il fasse défaut... La Grande-Bretagne, les Etats-Unis, sont des grandes nations, qui peuvent imprimer leur monnaie, et qui ne feront pas défaut dans un futur proche (nous mettons notre billet sur aucun défaut de ces 2 pays dans les 10 prochaines années !)
  • Les investisseurs à la recherche de sécurité continuent de voir ces pays comme sûrs... Surtout leur marché obligataire sont parmi les plus liquides du monde, la demande est toujours forte, il n'y a donc pas d'impact sur le coût de financement du pays... On n'est pas du tout dans le cas de la Grèce ou de l'Irlande dont les notations sont passées en quelques semaines de haute qualité à "Junk Bonds", prenant tout le monde par surprise...

* surnom de la Bank of England

Copyright photo : Keattikorn/freedigitalphotos.net


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  • perkele le lundi 25 fév 2013 à 11:58

    La crise des subprimes a largement discrédité les agences. Elles sont encore écoutées parmi d'autres, mais beaucoup moins suivies comme des prophètes.

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