Pérou-Vers un front anti-Fujimori au 2nd tour de la présidentielle

le
0
    par Mitra Taj et Teresa Cespedes 
    LIMA, 8 avril (Reuters) - Porteuse d'un nom qui suscite 
autant la haine que l'admiration dans son pays, Keiko Fujimori 
semble assurée d'arriver nettement en tête du premier tour de 
l'élection présidentielle de dimanche au Pérou. 
    Créditée d'environ 40% des intentions de vote, la fille de 
l'ancien président Alberto Fujimori, emprisonné pour violation 
des droits de l'homme et corruption, capitalise notamment sur 
les retombées des investissements publics de son père dans les 
campagnes et de sa lutte contre la guérilla maoïste du Sentier 
lumineux dans les années 1990. 
    Mais si elle n'atteint pas 50% des voix dimanche, comme le 
prédisent les sondages, l'ancienne députée de centre-droit, âgée 
de 40 ans, risque de se heurter au second tour à un front commun 
de ses opposants. 
    Parmi les neuf autres candidats encore en lice pour succéder 
à Ollanta Humala, qui ne pouvait pas se représenter après avoir 
effectué le seul mandat de cinq ans permis par la Constitution, 
deux d'entre eux, aux idées politiques diamétralement opposées, 
sont au coude-au-coude. 
    La candidate de gauche Veronika Mendoza, 35 ans, qui promet 
une "rupture radicale" avec le modèle économique libéral adopté 
par le Pérou depuis un quart de siècle, et le septuagénaire 
Pedro Pablo Kuczynski, ancien économiste de la Banque mondiale 
favorable à la poursuite du développement du secteur minier, 
sont tous deux crédités d'environ 20% des voix. 
    L'enjeu pour chacun d'eux est de convaincre les millions 
d'électeurs indécis pour accéder au second tour et tenter d'y 
constituer un front "anti-Fujimori". 
     
    ÉLECTION "SEMI-DÉMOCRATIQUE" 
    "Je change d'avis toutes les demi-heures", confesse Felix 
Castillo, un agent de sécurité de 39 ans, qui fait partie des 
40% d'indécis, selon un sondage Ipsos publié dimanche. 
    Mardi, date anniversaire de la suspension du Parlement par 
l'armée à la demande d'Alberto Fujimori, en 1992, des dizaines 
de milliers de Péruviens ont manifesté dans les rues de Lima 
pour dénoncer la candidature de sa fille.  ID:nL5N179103  
    La capitale n'avait pas connu pareille mobilisation depuis 
les manifestations contre l'ancien homme fort du pays dans les 
années 1990, signe que le nom Fujimori est toujours aussi 
clivant, malgré les promesses de Keiko ne pas glisser sur la 
même pente autoritaire que son père. 
    Selon un sondage Ipsos réalisé au lendemain de la 
manifestation, Fujimori serait battue de sept points par Pedro 
Pablo Kuczynski, le favori des milieux d'affaires, si elle 
devait l'affronter au second tour, et ne devancerait que d'un 
point Veronika Mendoza dans la même hypothèse. 
    Dans la même enquête, 51% des Péruviens disent "exclure 
totalement" de voter pour Fujimori. 
    "Tout ce que je sais, c'est que je voterai contre Keiko au 
second tour", résume Diego Cano, un ingénieur de 23 ans. 
    Jugée biaisée par les détracteurs de Fujimori, la campagne 
électorale a été entachée de décisions controversées, comme la 
disqualification sans précédent de deux candidats, dont le 
centriste Julio Guzman, qui était deuxième dans les sondages, 
pour une infraction mineure de la procédure électorale. 
    Au point que le Chilien Luis Almagro, secrétaire général de 
l'Organisation des Etats américains (OEA), qui regroupe tous les 
pays du continent, a estimé il y a une semaine que l'élection au 
Pérou ne serait que "semi-démocratique".     
 
 (Tangi Salaün pour le service français, édité par Henri-Pierre 
André) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant