Pèlerinage mémoriel de Hollande en hommage aux pendus de Tulle

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Pèlerinage mémoriel de Hollande en hommage aux pendus de Tulle
Pèlerinage mémoriel de Hollande en hommage aux pendus de Tulle

par Elizabeth Pineau

TULLE, Corrèze (Reuters) - François Hollande a rendu hommage samedi en Corrèze aux 99 hommes pendus à Tulle par une division SS en 1944, une cérémonie dont le chef de l'Etat veut faire un rendez-vous annuel tout au long de son quinquennat.

Pour la première fois en tant président de la République, l'ancien élu de Corrèze a participé à une marche jalonnée de cérémonies aux abords de la ville au passé résistant très marquée par ce massacre perpétré il y a 68 ans.

"Chaque année, autant qu'il sera possible, selon les contraintes qui peuvent se présenter, je viendrai pour le 9 juin parce que pour moi, c'est une référence", a dit François Hollande à la presse après la fin des cérémonies.

"Je viendrai en tant que président de la République pendant le mandat qui m'a été confié par les Français pendant cinq ans, pour dire l'hommage de la Nation tout entière à ce qu'a été ce sacrifice", a-t-il ajouté.

Le chef de l'Etat a salué "le courage d'hommes, de familles qui ont vu leurs enfants suppliciés, et puis ce travail de deuil et de mémoire qui a été accompli pendant des années"

Après une première cérémonie dans le centre-ville, François Hollande a parcouru près de deux kilomètres à travers la ville, où des tresses de fleurs avaient été posées là où sont morts les martyrs le 9 juin 1944.

Ce jour-là, 99 hommes de 16 à 60 ans capturés par les Allemands furent pendus dans les rues de Tulle par la division SS "Das Reich". C'est cette même division nazie qui perpétra le lendemain le massacre de 640 personnes à Oradour-sur-Glane, un petit village des environs de Limoges (Haute-Vienne).

Outre les "pendus" de Tulle, un grand nombre de Corréziens pris en otage par les nazis en répression de la Résistance furent envoyés en déportation, et 101 ne sont pas revenus.

Lors d'une longue cérémonie solennelle près de la stèle du Haut-Lieu de Cueille, là où les corps des pendus avaient été jetés dans une fosse commune, des écoliers ont interprété le Chant des partisans et égrené les noms des 99 martyrs.

TRAUMATISME

Pour nombre de Tullistes, très émus, le 9 juin 1944 est encore très présent dans les mémoires.

"Je crois que la ville ne s'est toujours pas remise de ce traumatisme", a raconté un habitant à Reuters. "On en parle depuis une quinzaine d'années. Pendant longtemps, c'était trop dur, les témoins directs ne voulaient pas en parler".

Une autre Tulliste témoigne: "Pas mal de personnes de mon âge ont perdu leur père, leur oncle, c'est encore très présent. Avec la nouvelle génération, ce le sera peut-être un peu moins".

La présence de François Hollande président et de sa compagne Valérie Trierweiler a fait gonfler le cortège auquel l'ancien élu de Corrèze participe en fait pratiquement chaque année depuis 24 ans.

Les Tullistes "n'auraient sans doute pas compris que je ne sois pas là aujourd'hui parce que le 9 juin, c'est un moment de rassemblement, de tristesse mais aussi de solidarité, et en même temps de fierté", a dit François Hollande, qui a passé de longs moments à distribuer poignées de mains et embrassades à ses anciens administrés.

"Une ville martyre, dont j'ai été le maire, sait ce qu'elle doit au passé et, en même temps, elle a vocation à construire l'avenir", a ajouté le président, qui a annoncé qu'il se rendrait, en 2014, à Tulle et Oradour-sur-Glane pour le 70e anniversaire des massacres nazis.

François Hollande devait rester à Tulle dimanche pour voter à l'occasion du premier tour des élections législatives.

En organisant un pèlerinage mémoriel dès son élection, François Hollande se place dans une tradition.

Son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, se rendait chaque année sur le plateau des Glières, haut lieu de Résistance en Haute-Savoie.

Président de 1981 à 1995, François Mitterrand gravissait pour sa part la Roche de Solutré, en Saône-et-Loire, en compagnie de ses proches. Ce pèlerinage était au départ lié au souvenir du réseau de Résistance que François Mitterrand avait rejoint fin 1943.

Elizabeth Pineau, édité par Jean-Loup Fiévet

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