Pèlerinage franco-allemand inédit à Oradour, village martyr

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RECEUILLEMENT FRANCO-ALLEMAND À ORADOUR-SUR-GLANE
RECEUILLEMENT FRANCO-ALLEMAND À ORADOUR-SUR-GLANE

par Elizabeth Pineau

ORADOUR-SUR-GLANE, Haute-Vienne (Reuters) - Des centaines de villageois abattus ou brûlés vifs, des ruines conservées en l'état depuis près de 70 ans : Oradour-sur-Glane, village témoin de la barbarie nazie, reçoit ce mercredi la visite hautement symbolique des présidents français et allemand.

C'est une nouvelle page de la réconciliation franco-allemande qui s'écrit à l'occasion de la première visite officielle d'un dirigeant allemand dans cette commune du Limousin dont le destin bascula le 10 juin 1944.

Ce jour-là, quatre jours après le Débarquement américain en Normandie, Oradour fut le théâtre d'un des plus grands massacres de civils commis en France par les armées allemandes, en l'occurrence une unité de la Waffen SS de la division Das Reich.

François Hollande et Joachim Gauck chemineront dans les rues du village en ruines, transformé en site mémoriel sur décision du général de Gaulle et aujourd'hui visité chaque année par quelque 300.000 personnes.

Des images dont la force symbolique fera écho à celles du président François Hollande et du chancelier Helmut Kohl main dans la main en 1984 à Verdun, en mémoire des victimes de la Première guerre mondiale.

"Ce sera un symbole, le symbole d'une Histoire, d'un passé qui se regarde en face, d'une vérité qui doit être dite, prononcée, proclamée, reconnue, encore en présence des familles mais aussi des survivants", a déclaré François Hollande lors d'une conférence de presse mardi à l'Elysée.

À ses côtés, Joachim Gauck a expliqué avoir accepté avec un "mélange de reconnaissance et d'humilité" cette rencontre avec les témoins du drame et leurs descendants.

"Je ne leur cacherai pas mon état d'âme mais je n'hésiterai pas, en pleine conscience politique, à leur dire que cette Allemagne que j'ai l'honneur de représenter est une Allemagne totalement différente de celle qui hante leurs souvenirs", a-t-il dit.

À Oradour, les deux présidents se recueilleront dans l'église où furent brûlés vifs femmes et enfants. Rassemblés dans sept granges, les hommes furent pour la plupart tués par balles. Le massacre fit au total 642 morts, dont 205 enfants.

Organisé dans le prolongement du cinquantenaire du traité de l'Elysée, cette cérémonie sera le clou de la visite d'Etat de trois jours du président allemand, en poste depuis 2012.

CONTRE L'OUBLI

Né en 1940, très respecté dans son pays où son rôle est essentiellement honorifique, Joachim Gauck a été responsable des archives de la Stasi, l'ancienne police secrète est-allemande, où il a supervisé un important travail de mémoire.

Ancien élu de Corrèze, terre de Résistance, François Hollande est lui aussi sensibilisé à cette période récente de l'Histoire. Il prend part chaque 9 juin à Tulle à la "marche des pendus", en souvenir des 99 hommes tués à la veille du massacre d'Oradour par la même division nazie qui battait en retraite.

Des écoliers, des élus locaux et deux des rares survivants de la tragédie, Robert Hebras et Jean-Marcel Darthout, participeront aux cérémonies de mercredi qui prévoient une prise de parole des deux présidents dans le Centre de la mémoire.

François Hollande devrait revenir sur les faits mais aussi sur les lendemains de la tragédie, marqués par l'impossible réparation et les difficultés à retrouver les coupables.

Lors de procès organisés en 1953 et 1983, des Allemands, mais aussi des Français, Alsaciens incorporés de force dans l'armée allemande pour la plupart, se sont retrouvés sur le banc des accusés.

La procédure judiciaire n'est pas close. Une nouvelle action a été ouverte en 2010 contre sept anciens SS encore en vie, à l'initiative du procureur spécial du parquet de Dortmund sur la base de documents de l'ex-RDA.

Au-delà du souvenir d'Oradour, François Hollande devrait adresser un message universel en pleine tragédie syrienne et à l'approche des commémorations du Centenaire de la Première guerre mondiale.

"Il devrait insister sur l'importance de la vigilance, pour que ces faits-là ne soient pas oubliés malgré la disparition des derniers acteurs", souligne-t-on dans son entourage.

Edité par Yves Clarisse

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  • l.schmi3 le mercredi 4 sept 2013 à 09:47

    Le président "François Hollande" en 1984 ! lol