Pékin esquisse une porte de sortie dans l'affaire Chen

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Pékin esquisse une porte de sortie dans l'affaire Chen
Pékin esquisse une porte de sortie dans l'affaire Chen

par Andrew Quinn et Terril Yue Jones

PEKIN (Reuters) - La Chine a indiqué vendredi que Chen Guangcheng pouvait déposer une demande pour étudier à l'étranger, ouvrant la voie à un possible règlement de la crise diplomatique qui l'oppose à Washington sur le sort de l'opposant.

Cette déclaration, formulée par le ministère des Affaires étrangères, a aussitôt été saluée par la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, qui y a vu un signe encourageant et a fait état de "progrès".

L'annonce du gouvernement chinois est intervenue alors que l'avocat de 40 ans, qui est aveugle, s'était publiquement inquiété pour sa sécurité dans une conversation téléphonique avec des parlementaires américains, diffusée en direct par les chaînes de télévision aux Etats-Unis où le dossier s'est invité dans la campagne électorale.

Chen Guangcheng est hospitalisé à Pékin depuis sa sortie, mercredi, de l'ambassade des Etats-Unis où il s'est réfugié après avoir échappé le 22 avril à la vigilance de ses gardiens qui bouclaient son domicile où il était assigné à résidence depuis dix-neuf mois, dans la province de Shandong.

Il est soigné pour une fracture du pied, conséquence de son évasion. "Chen Guangcheng est actuellement soigné à l'hôpital", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Liu Weimin, dans un bref communiqué.

"S'il veut étudier à l'étranger, il peut faire une demande par les canaux habituels auprès des départements concernés, en accord avec la loi, comme tout autre citoyen chinois."

Un avocat spécialisé dans la défense des droits de l'homme, Tang Jitian, a néanmoins averti que les autorités chinoises pouvaient très bien faire durer la procédure afin de retarder le départ de Chen.

"Cette déclaration du ministère des Affaires étrangères est une nouvelle positive, mais on ne sait pas comment cela se déroulera. Par exemple, il existe de nombreux obstacles potentiels au déclenchement de la procédure administrative. On ne peut pas être optimiste à 100%", a-t-il dit.

Pour certains commentateurs, la direction du Parti communiste pourrait craindre de créer un précédent dangereux.

DROITS DE L'HOMME

En visite à Pékin pour deux jours d'entretiens annuels visant à fluidifier les relations sino-américaines, Hillary Clinton a dit que l'ambassadeur des Etats-Unis en Chine, Gary Locke, s'était entretenu une nouvelle fois vendredi avec Chen.

"Depuis le début de la journée, des progrès ont été accomplis pour l'aider à avoir l'avenir qu'il souhaite et nous resterons en contact avec lui tout au long de ce processus", a dit la secrétaire d'Etat américaine.

"Il ne s'agit pas seulement de militants connus. Il s'agit des droits de l'homme et des aspirations de plus d'un milliard de personnes ici en Chine et de milliards d'autres dans le monde, il s'agit de l'avenir de cette grande nation et de toutes les autres nations", a-t-elle ajouté.

A Washington, le département d'Etat précise que "M. Chen a reçu une offre de partenariat d'une université américaine où il pourrait se rendre accompagné de sa femme et ses deux enfants".

"Le gouvernement chinois a indiqué qu'il accepterait une demande de documents de voyage de la part de Chen. Le gouvernement américain espère que la Chine fournira rapidement ces documents", a ajouté la porte-parole du département d'Etat américain, Victoria Nuland, dans un communiqué. "Le gouvernement américain fournira alors des visas à Chen et sa famille."

Selon des responsables américains, Chen souffre de trois fractures et a un pied dans le plâtre depuis son évasion.

"J'AI VRAIMENT PEUR"

Aux parlementaires américains, Chen a répété qu'il souhaitait se rendre aux Etats-Unis. "En dix ans, je n'ai pas eu un moment de repos", a expliqué l'opposant, dont les propos en mandarin sortaient d'un téléphone portable tendu devant un micro lors d'une séance du Congrès consacrée à son cas.

Chen Guangcheng a été remis aux mains des autorités chinoises par les diplomates américains qui disent avoir reçu de la part de Pékin l'assurance qu'il serait mieux traité et pourrait vivre réuni avec son épouse et ses deux enfants.

Mais, inquiet pour sa sécurité et celle de sa famille, le dissident a finalement renoncé à demeurer en Chine.

"J'ai vraiment peur pour la vie des autres membres de ma famille. Ils ont installé sept caméras vidéo et sont dans ma maison", a-t-il déclaré aux élus du Congrès.

Dans un bref entretien téléphonique accordé à Reuters en début de matinée, Chen s'était inquiété de ne pas avoir pu rencontrer de diplomates américains depuis son départ de l'ambassade.

Il s'était également alarmé du fait que les déplacements de son épouse, Yuan Weijing, soient restreints et surveillés.

Pékin a publiquement condamné l'intervention américaine dans cette affaire et réclamé des excuses de Washington. Le Quotidien de Pékin, l'organe du PC de la capitale chinoise, a qualifié Chen Guangcheng de "pion" utilisé par les Etats-Unis pour nuire à la Chine et saper le pouvoir du Parti communiste.

Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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