Peine confirmée pour deux Pussy Riot, la troisième libérée

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UNE PUSSY RIOT LIBÉRÉE, LA PEINE DES DEUX AUTRES CONFIRMÉE EN APPEL
UNE PUSSY RIOT LIBÉRÉE, LA PEINE DES DEUX AUTRES CONFIRMÉE EN APPEL

par Maria Tsvetkova

MOSCOU (Reuters) - La peine de deux ans de prison infligée à deux membres du groupe punk russe Pussy Riot a été confirmée mercredi en appel mais la troisième jeune femme condamnée l'été dernier a été remise en liberté.

Les militantes féministes avaient chanté en février, en pleine campagne électorale, un simulacre de prière hostile à Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans et Maria Aliokhina, 24 ans, devront purger une peine de deux années de détention pour "hooliganisme motivé par la haine religieuse".

Pour sa part, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, frappée d'une peine identique en première instance et qui avait récusé ses avocats il y a dix jours, a vu sa peine suspendue par la cour d'appel.

Sa défense a affirmé à la cour qu'elle n'avait pu participer à la manifestation dans la cathédrale du Christ-Sauveur car elle avait déjà quitté les lieux.

Ekaterina Samoutsevitch est sortie libre le palais de justice de Moscou après six mois derrière les barreaux. "J'éprouve des sentiments mitigés. Je suis heureuse, bien sûr, mais je suis en colère pour les filles", a-t-elle déclaré devant environ 150 supporters qui l'ont applaudie.

Son père, Stanislav, a dit que sa fille allait se mettre au vert quelque temps mais qu'elle reviendrait ensuite à Moscou pour "se battre avec les autres filles."

INGÉRENCES POLITIQUES

Lors de l'audience, Nadejda Tolokonnikova et Maria Aliokhina ont répété que leurs motivations étaient purement politiques.

"Nous ne voulions pas offenser les croyants", a dit Aliokhina. "Nous sommes allées à la cathédrale pour dénoncer la collusion entre des personnalités religieuses et l'élite politique de notre pays."

Les proches des membres du groupe punk étaient pessimistes sur l'issue de ce procès en appel, le président Vladimir Poutine ayant considéré que les trois jeunes femmes avaient "ce qu'elles méritent".

Les amis des Pussy Riot se sont plaints d'ingérences de nature politique lors du premier procès et estiment que les récents propos de Vladimir Poutine n'ont rien arrangé.

Dans un entretien diffusé dimanche, le président russe avait défendu la première condamnation prononcée le 17 août.

"Il est juste qu'elles aient été arrêtées et il est juste que le tribunal ait pris cette décision, car on ne peut pas porter atteinte aux valeurs fondamentales et à la morale pour détruire le pays".

PAS DE SYMPATHIE POUR LES PUSSY

"On va nous mettre dans une colonie pénitentiaire alors que la guerre civile couve dans ce pays. Poutine fait tout pour que cela se produise", s'est écriée Nadejda Tolokonnikova pendant l'audience.

L'artiste a dû élever la voix, un magistrat l'ayant interrompue lorsqu'elle a prononcé le nom du président russe. "Il monte les gens les uns contre les autres", a-t-elle ajouté.

Si le cas des Pussy Riot a provoqué une levée de boucliers à l'étranger, la sympathie pour les chanteuses punk est limitée en Russie.

La puissante Eglise orthodoxe a vivement condamné l'acte de protestation des jeunes femmes et le Parlement envisage de renforcer la législation sur les offenses religieuses.

La majorité de l'opinion publique considère leur condamnation comme étant justifiée, selon les résultats d'un sondage officiel réalisé fin septembre.

Le patriarche Cyrille, chef de l'Eglise orthodoxe russe, a qualifié de "miracle divin" les douze années de pouvoir de Vladimir Poutine comme président et Premier ministre. Il avait apporté ouvertement son soutien à sa candidature au scrutin présidentiel de mars dernier.

Les avocats de la défense, les familles des accusées et les défenseurs des droits de l'homme ont critiqué le nouveau jugement en appel, y compris le président du Conseil consultatif aux droits de l'homme, une création de Poutine.

"Les trois accusées dans cette affaire auraient pu certainement bénéficier du sursis, cela aurait été juste", a dit Mikhaïl Fedotov, cité par l'agence Interfax.

Avec Gabriela Baczynska; Agathe Machecourt, Guy Kerivel et Pascal Liétout pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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