Payer pour rencontrer des stars : trop snobs pour ça, les Français ?

le
0

REPORTAGE - Dans les pays anglo-saxons, pour discuter avec son idole, il suffit d'y mettre le prix. En France, les marques se sont réaproprié le phénomène pour communiquer auprès des jeunes.

Pour discuter avec M.Pokora, Anaïs, 13 ans, serait prête à payer «1000 euros». Le chiffre fait sourire son grand-père, Claude, 63 ans, qui l'a accompagnée ce mardi à une rencontre avec les participants de l'émission Les Anges de la téléréalité .Mais pour rencontrer son chanteur préféré, «Johnny», Claude serait lui aussi prêt à payer une telle somme. Dans le bar du 12ème arrondissement privatisé pour l'occasion par la chaîne NRJ12, beaucoup d'adolescents -et de jeunes adultes- revendiquent d'abord ne pas vouloir payer pour rencontrer des stars, a fortiori de téléréalité. Fatima et Aïssatou, toutes deux âgées de 19 ans, ne le feraient que pour Raphaël, un participant qui a visiblement conquis de nombreuses téléspectatrices. «À n'importe quel prix» s'exclame d'abord Aïssatou. Mais lorsque vient le temps de donner un chiffre, 100 euros semblent être un seuil dissuasif. Pour les «vraies» stars comme Rihanna, Tom Cruise, Beyoncé, Chris Brown ou même Kim Kardashian, les montants évoqués par les fans présents varient de 50 à 500 euros.

Des sommes très éloignées de celles pratiquées dans les pays anglo-saxons pour ce type de rencontres. On appelle cela les meet and greet: passer un moment privilégié avec un artiste ou une célébrité. Des Britanniques ont ainsi payé 2600 euros une demi-heure de conversation avec Al Pacino, Sylvester Stallone, John Travolta ou Arnold Schwarzenegger. Aux Etats-Unis, des sites d'enchères comme XM Concierge et BidKind font venir Madonna, Ed Sheeran ou Drake dans votre chambre d'hôtel, ou vous proposent de défier l'actrice principale du film Fast and Furious lors d'une course de voitures dans le désert de Vegas pour des tarifs variant de 20.000 à 150.000 dollars selon Bloomberg. Certaines célébrités choisissent de reverser les montants à des associations caritatives. Mais de nombreux fans sont tout simplement prêts à payer 300 à 3000 euros pour un selfie avec leur chanteur préféré avant ou après son concert. Au risque d'être déçus.

«Les rencontres d'Avril Lavigne avec ses fans sont la chose la plus étrange que j'aie vue de ma vie»

Communiquer autour d'un événement

Le marché français est complètement différent. Les rencontres avec des célébrités sont des expériences qui ne s'achètent pas, mais qui se gagnent par le biais de concours ou d'invitations. Alors, qui organise, et surtout, qui paye? Très souvent, les meet and greet ne sont qu'un aspect du plan de communication d'une marque ou d'un média s'associant à une célébrité pour tirer profit de son image. «Les marques ont besoin de plus de contenus pour alimenter la conversation sur les réseaux sociaux avec leurs consommateurs. Les meet and greet, via des expériences clivantes et uniques, favorisent leur notoriété», explique Sébastien Perrier, directeur communication et partenariats chez Sony Music Entertainment France.

Ainsi, pour le lancement de son parfum Black XS Legend, Paco Rabanne a permis à 200 personnes de rencontrer Debbie Harry (chanteuse du groupe Blondie et égérie de la marque) lors d'un concert privé en décembre dernier. Il y a une semaine, la gamme de smartphones Xperia de Sony a offert sur les réseaux sociaux unn concert privé des artistes Snoop Dogg et Black M organisé par Sony Music et NRJ à la piscine de l'hôtel Molitor. Pour Sébastien Perrier, l'ampleur que prend le phénomène des meet and greet s'explique par l'explosion des réseaux sociaux. «Il y a trente ans, c'était la chasse à l'autographe, aujourd'hui tout est résumé par un selfie.»

Cibler les 13-25 ans

«On mobilise des communautés de fans en cristallisant la communication autour d'un événement», renchérit Marc Wibaux, directeur général du label Services chez Warner Music. Soprano, Tal, Christophe Maé et Shym figurent parmi les artistes les plus demandés de la maison de disques. Les meet and greet ciblentsurtout la population des 13-25 ans, qui est «beaucoup plus complexe à toucher en marketing, car très volatile», explique Marc Wibaux. «On les retrouve sur Youtube, Facebook et Twitter plutôt que devant les chaînes traditionnelles de télévision.» Du côté des artistes, les revenus tirés de la collaboration avec les marques peuvent parfois dépasser ceux des tournées et de la vente de disques. Malgré tout, «il y a un travail de conviction à faire auprès des artistes, certains sont très réfractaires. En France, la collaboration avec les marques est considérée comme pouvant perturber l'activité artistique», détaille Marc Wibaux.

Plus pragmatique, un autre facteur peut expliquer la gratuité des meet and greet: pour les artistes, rien de pire que de se produire devant des spectateurs insensibles. Inviter des fans, c'est s'assurer qu'il y aura de l'ambiance.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant