Paul Klee, l'art plus haut

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L’exposition que le Centre Pompidou consacre au peintre allemand a pour fil rouge cette ironie qui sous-tend son œuvre. Comme si Klee, à la façon du « Candide » qu’il a illustré, prenait de la hauteur pour mieux regarder le monde et en épingler les travers.

Dans les œuvres de Paul Klee, il n’y a le plus souvent pas de terre, ni de ciel. Les figures, les éléments de ce qui pourrait être un paysage, une anecdote ou une allégorie sont en suspension dans l’air. Des lignes tracées à l’encre avec une rectitude parfaite font parfois office d’échafaudages, d’horizons, de repères. Ou bien il n’y a rien de tel. Formes et signes échappent alors à la loi de la pesanteur. Ce qui ne signifie pas qu’ils soient immobiles dans des espaces vides. Des flèches, des pulvérisations explosives d’aquarelle ou d’encre, l’expansion de couleurs très fluides indiquent que des vents rapides ou des courants d’air plus doux circulent, invisibles mais sensibles. Quand la perspective est plus présente, le point de vue est légèrement ou nettement surélevé, comme si Klee se postait en un point surélevé, au-dessus des pays dont il relève les cartes et saisit les panoramas. Il aime les scènes aériennes, oiseaux, avions et oiseaux-avions qui se croisent ou plongent dans une immensité blanche.

Il y a là plus que des habitudes de composition. Cet état de suspension, cette passion pour la légèreté, cette facilité pour s’envoler et s’élever caractérisent l’œuvre et l’esprit de Klee tout entiers. Comme l’espace, son intelligence est illimitée, intelligence qui s’inscrit sans effort dans le moindre de ses exercices graphiques. Au XXe siècle, on ne voit guère que Pablo Picasso et, d’une tout autre manière, Marcel Duchamp qui manifestent une comparable capacité. C’est di...

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