Paul Auster explore la carte de son corps

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L'auteur Paul Auster AFP PHOTO / THOMAS SAMSON
L'auteur Paul Auster AFP PHOTO / THOMAS SAMSON

(AFP) - "Tu entres dans l'hiver de ta vie", écrit Paul Auster, bientôt 66 ans, dans son dernier livre où il explore son corps, inventorie ses cicatrices, tous les lieux où il a vécu, ses joutes sexuelles, médite sur la vie qui "passe si vite", la vieillesse et la mort.

"C'est bizarre d'être vieux. La vie passe si vite. Quand on est enfant, une journée c'est immense, l'été paraît sans fin. Maintenant, j'ouvre les yeux et c'est déjà l'année prochaine, un autre anniversaire !", confie à l'AFP l'écrivain américain, qui a écrit à l'aube de ses 64 ans ces "Chronique d'hiver" ("Winter Journal" en VO), à paraître en mars chez Actes Sud.

"J'avais envie d'écrire ce livre, d'examiner ma propre vie avant de devenir gaga... Il ne reste pas beaucoup de temps finalement. Combien de matins ?", dit-il, dans un sourire. "Mais je n'ai pas peur de la vieillesse".

"Je suis en train de relire la traduction française", note ce francophile et francophone. Paul Auster a vécu trois ans et demi à Paris dans sa jeunesse, traduit des poètes français...

Lui qui avoue son incapacité à s'orienter dans l'espace, même à New York, dresse une carte passionnante de son corps et de ses souvenirs, "un catalogue de données sensorielles, depuis mon enfance jusqu'à aujourd'hui. On est son corps".

"Je ne vois pas ce livre comme une véritable autobiographie, ni des mémoires. C'est une ?uvre littéraire composée de fragments autobiographiques, comme un morceau de musique", dit-il.

Paul Auster a déjà écrit trois ?uvres autobiographiques, "L'invention de la solitude", "Le Carnet rouge" et "Le Diable par la queue".

C'est un peu "un 4e volet", explique l'auteur dont les livres sont traduits en 43 langues.

L'écrivain a écrit cette méditation à la deuxième personne du singulier. "J'ai commencé instinctivement comme cela. Le +je+ aurait été trop narcissique. La 3e personne trop impersonnelle. Je ne m'intéresse pas à moi-même. Je parle de l'expérience d'être en vie", assure-t-il.

Le tutoiement "me paraissait le ton juste, il implique le lecteur. C'est ce que je voulais: faire un livre de partage entre le lecteur et moi".

Etrangers à nous-mêmes

"J'espère qu'ils trouveront des similitudes avec leurs propres vies. On a tous eu des accidents, perdu des êtres chers, connu le plaisir et la douleur, frôlé la mort", dit l'auteur de la célèbre trilogie new-yorkaise, 66 ans le 3 février.

Dans ces "carnets", Paul Auster évoque longuement sa mère, disparue en 2002, à la fois charmeuse, responsable, intelligente, mais aussi névrosée, victime de crises d'angoisse et de phobies...

Quelqu'un, dit-il, "dont je ne sais presque rien". Il avoue aussi avoir "fait le mort devant la mort de sa mère", sans larmes, anesthésié. Avant de s'écrouler avec tous les symptômes d'une crise cardiaque.

"Chaque personne est un mystère. On ne comprend jamais vraiment les autres. Même les gens les plus intimes. Pour la simple raison qu'on reste tous étrangers à nous-mêmes", relève-t-il. "L'écriture ne résout rien, jamais".

L'écrivain forme avec la romancière Siri Hustvedt, son épouse depuis plus de trente ans, l'un des couples les plus célèbres de la littérature. Dans "Carnets d'hiver", il la pare de toutes les vertus, répète sans cesse qu'elle est "la femme de sa vie" depuis ce 23 février 1981 où il l'a rencontrée. Une relation sans nuages, peut-être un peu idéalisée.

"J'ai commencé à écrire à neuf ans et me suis dit vers 15 ans que j'aimerais passé ma vie à écrire".

"J'écris tout à la main, puis je tape le texte sur ma vieille machine à écrire portative. Elle nous survivra pendant des millénaires !"

De même, "j'espère continuer à vivre dans ma maison de Brooklyn où j'habite depuis 20 ans. Tant que je pourrai monter et descendre les escaliers des quatre étages... "Brooklyn, c'est le meilleur endroit pour vivre."

"Quand vous écrivez, vous donnez tout ce que vous avez, même si vous jetez tout ce jour-là. Vous pouvez vous lever de votre bureau et dire: +j'ai tout donné+".

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