Patrick Legland (Société Générale) : « La situation du Portugal nous inquiète »

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Si la crainte d'un "credit crunch" s'est réduite, le Portugal se retrouve face à des difficultés similaires à celles de la Grèce s'inquiète Patrick Legland, directeur global de la recherche chez Société Générale Cross Asset Research.

Après le dernier sommet européen sur la discipline budgétaire et dans l'attente d'un accord entre les créanciers privés et le gouvernement grec, faut-il encore craindre le pire ?

Patrick Legland : La crise européenne n'est pas terminée malgré les progrès indéniables déjà réalisés. Certes, la possibilité d'un « credit crunch » s'est réduite fortement, les marchés respirent et sont actuellement en phase de rebond. Mais nous étions précédemment passés d'une crise de gouvernance européenne à des inquiétudes du marché sur un risque systémique. Les annonces de la BCE en décembre ont fait retomber la tension mais tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant. Dans ces conditions, le rebond des marchés depuis le début de l'année pourrait aboutir à une nouvelle phase de consolidation dans les prochaines semaines pour digérer cette hausse. En positif, la relativement faible valorisation des marchés, les liquidités injectées par la BCE et une récession modérée dans la zone euro pourraient être pris à contre-pied par une croissance moins forte que prévu aux Etats-Unis et de nouvelles tensions sur le Portugal.

Le cas grec n'est plus un sujet de préoccupation majeur des marchés ?

P.L : Globalement, les marchés ont intégré le rééchelonnement de la dette grecque. La Grèce s'enfonce dans une récession sévère et il lui est très difficile dans ces conditions de réduire son déficit public. Mais au-delà du cas grec, c'est le Portugal qui nous inquiète le plus pour les prochaines semaines. Il se retrouve aujourd'hui face à des difficultés similaires à celles de la Grèce l'an dernier en devant refinancer sa dette à 16% à deux ans et 20% à cinq ans ! Le refinancement de la dette publique prend le risque de se fermer. Si l'on cumule dette de l'Etat et dette privée, le ratio dette/PIB du pays est proche de 400%.

L'action de la BCE est-elle pertinente et suffisante ?

P.L : La BCE a déjà fait beaucoup en réinjectant 985 milliards d'euros dans le système financier, dont 300 milliards d'euros nets à trois ans pour les banques dans le cadre de l'opération de LTRO (500 milliards bruts, moins 200 milliards replacés immédiatement auprès de la BCE). Le montant est colossal et une deuxième opération est programmée pour le 29 février à priori pour des montants illimités et aussi à taux variable. Ces initiatives permettent de remettre de la liquidité dans le système bancaire et dans l'économie. Elles ont aussi comme conséquence de détendre les taux souverains des Etats les plus fragiles. La liquidité est un élément clé d'appréciation du risque pour les investisseurs.

La BCE va-t-elle encore baisser ses taux prochainement ?

P.L : Nous anticipons une baisse des taux de la BCE à 0,75% dans les prochains mois (contre 1% actuellement). Cela ferait mécaniquement baisser le taux des LTRO en place, car elles sont à taux variables.

Quel est votre scénario macroéconomique pour la zone euro en 2012 ?

P.L : Les craintes d'une récession dure en zone euro ne sont plus justifiées. Nous devrions connaître une récession relativement faible en 2012 (0% à -0,5%). La visibilité est faible mais les indicateurs avancés indiquent que la conjoncture ne s'effondre pas comme en 2009 où le PIB avait reculé de 4,2%.

L'économie américaine paraît beaucoup plus vigoureuse. L'embellie peut-elle se poursuivre ?

P.L : Les Etats-Unis pourraient décevoir. Le deuxième semestre 2011 a été encourageant mais la croissance en 2012 sera limitée. La satisfaction provient du retournement du marché immobilier américain qui a achevé sa purge mais le rebond pourrait s'atténuer rapidement. Même si la situation aux Etats-Unis semble s'améliorer, le marché pourrait être déçu par une croissance inférieure aux attentes, notamment au premier semestre.

Beaucoup de voix en France s'élèvent contre le niveau de l'euro jugé surévalué. Est-ce le cas selon vous ?

P.L : Oui et c'est un vrai problème pour la compétitivité de la zone euro. Au regard des parités de pouvoir d'achat (PPA), la devise européenne est trop chère, surévaluée de 35 à 40% par rapport au dollar. Les injections de liquidités de la BCE en décembre n'ont pas eu d'impact significatif sur la parité euro/dollar. D'autant que les Américains ont annoncé au même moment qu'un QE3 serait envisageable. Même si les fondamentaux militent pour une baisse de l'Euro, les perspectives d'un nouveau QE3 pourraient limiter tout rebond significatif du dollar.

Les marchés actions peuvent-ils rebondir en 2012 ?

P.L : Le retour de la liquidité sur les marchés et la bonne résistance des résultats des entreprises plaident pour la hausse des marchés actions. Même si la prudence reste de mise, il ne faut pas sous-estimer les mesures prises pour améliorer la gouvernance de la zone euro. Une hausse de 10 à 15% des indices européens cette année n'est pas à exclure. Des appels de marge auprès des investisseurs, hedge funds, ont entraîné des prises de bénéfices sur l'Europe. Comme toujours, des acteurs de marché ayant besoin rapidement de liquidités soldent en priorité les positions sur lesquelles il y a encore des plus-values. Les perspectives de QE3 aux Etats-Unis et de nouveaux afflux de liquidité par la BCE pourraient stimuler une nouvelle hausse de l'or que nous voyons dépasser 2000 dollars l'once en 2012. L'or demeure une vraie monnaie alternative...

Et sur les marchés actions, quels types de valeurs privilégiez-vous ?

P.L : Nous sommes plutôt favorables aux actions américaines qui sont moins dépendantes des problèmes de gouvernance de la zone euro. Nous préférons également les valeurs cycliques européennes qui ont déjà bien intégré le ralentissement et l'immobilier côté (foncières). Du côté des titres plus défensifs, nous préférons les valeurs télécoms européennes plutôt que les utilities trop dépendantes des réglementations nationales.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • marshaka le jeudi 2 fév 2012 à 11:08

    Et la situation de la societe generale, ils ont refile leurs emprunts grecs et portugais à la bce et maintenant qui va remettre au pot pour la bce !

  • cartedor le mercredi 1 fév 2012 à 12:28

    Nous c la situation à la Société Générale qui nous inquiète

  • lecorr le mercredi 1 fév 2012 à 12:26

    Et un petit Glass Steagal Act (séparation des banques d'affaire et des banques de dépôt), ça vous dirait? AU moins, nos dépôts seraient saufs (et leurs affaires, ils en font ce qu'ils veulent, qu'ils se les renflouent entre eux...)

  • perkele le mercredi 1 fév 2012 à 12:24

    si je prete 100 euros a un ami. il y a toujours un risque pour qu'il ne me rembourse pas. C'est le fondement meme d'une creance. Il faut se preparer au risque avant. Sauf que les banques dans leur mentalite ne comprennent plus ce que signifie prendre des risques et se contentent de soutirer de l'argent aux vaches a lait.

  • sophiatr le mercredi 1 fév 2012 à 12:22

    Et la Société Générale nous inquiète aussi!

  • M8645678 le mercredi 1 fév 2012 à 12:21

    Selon ce monsieur de la Générale, après la Grèce, le Portugal va faire faillite, l'Euro est surévalué de 40 %, le prix de l'or va exploser, etc., aucune solution en vue. A la place de l'auteur de cet article je me flinguerais.

  • koskas7 le mercredi 1 fév 2012 à 12:13

    La situation du portugal vous inquiète ? c'est bien !! et celle de la SG, vous en pesnez quoi ?