Patrick Legland (Société Générale) : « Nous sommes à un tournant de la crise »

Boursorama le
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Confortés par l'action des banques centrales, les investisseurs reviennent progressivement sur les marchés actions européens. Le rebond reste toutefois à relativiser analyse Patrick Legland, responsable mondial de la recherche chez SGCIB.

Quelle est votre réaction aux annonces de Ben Bernanke instaurant un nouveau programme d’assouplissement quantitatif (QE3) destiné à soutenir l’économie américaine ?

Patrick Legland : Après le QE1 de 1.369 milliards de dollars entre novembre 2008 et mars 2010, le QE2 entre août 2010 et juin 2011, de 647 milliards, l'annonce de 40 milliards mensuels pour racheter des titres de créances immobilières, est sur le fonds plutôt inquiétante. La Fed aura injecté un minimum de 2.500 milliards, correspondant à de la monétisation. L'annonce du QE3 va très certainement, soutenir les marchés financiers, pousser le dollar vers de nouveaux plus bas, favoriser un rebond des matières premières. Par contre, l'impact sur l'économie réelle sera a priori très limité comme on l'a déjà observé pour les QE1 et 2. On peut donc s’interroger : le futur réserve t-il d'autres annonces de "Quantitative Easing", correspondant à une véritable fuite en avant ?

Après les décisions des derniers jours (BCE, Karlsruhe), peut-on écarter définitivement les scénarios noirs pour la zone euro ?

P.L : La séquence actuelle des évènements marque un tournant dans la crise. En fait, cette séquence a commencé avec le sommet du 28-29 juin affirmant la détermination des dirigeants européens à mettre en place le MES, à engager les prémices d’une union bancaire et un plan de relance de 1% du PIB européen. Il y a eu les déclarations de Mario Draghi le 26 juillet : « Dans le cadre de son mandat, la BCE est prête à prendre toutes les mesures possibles pour préserver l’euro. Et croyez-moi, cela sera suffisant ». De son côté, Ben Bernanke avait envoyé fin août une lettre à la Chambre des Représentants en leur indiquant qu’il disposait « d’une marge suffisante pour que la FED prenne de nouvelles mesures et apaise le climat financier ». Ce sont des déclarations très positives qui ont contribué à ramener de la confiance sur les marchés. Puis le 6 septembre, Mario Draghi a apporté, comme attendu, un soutien illimité au refinancement des Etats qui en feraient la demande par la création des OMT. Il y a eu enfin l’accord sous conditions de la Cour de Karlsruhe pour l’instauration du MES.

Le rebond des indices boursiers va-t-il se poursuivre selon vous ?

P.L : Trois éléments influencent la prime de risque actuelle : ralentissement économique, baisse des résultats des entreprises, risque systémique sur l’euro. Or, les décisions de ces dernières semaines permettent de réduire fortement la perception du risque systémique. Le rebond des derniers jours est donc parfaitement justifié et doit même être relativisé. Il faudrait plutôt parler de rattrapage. A 3.500 points, le CAC 40 n’est revenu qu’aux niveaux de mars 2012. En février 2011, l’indice culminait à 4.157 points ! Beaucoup d’investisseurs anglo-saxons avaient déserté les marchés actions et le secteur bancaire en particulier. Aujourd’hui, ils reviennent peu à peu sur l’Europe. Les valorisations restent extrêmement modérées sauf si la conjoncture devait se dégrader de façon inattendue

Justement, quel est votre scénario macroéconomique pour la zone euro en 2013 ?

P.L : Nous allons connaître une récession modérée avec un recul du PIB en zone euro aux alentours de -0,5%, à comparer avec la baisse de 4,4% enregistrée en 2009. La conjoncture est mauvaise mais la capacité de résistance des agents économiques n’est pas si faible. En France, il n’y a pas d’effondrement de l’économie.

Et pour les Etats-Unis et les pays émergents ?

P.L: Pour les Etats-Unis, notre prévision de croissance se situe entre +1,5% et +2% au second semestre 2012 et en 2013. C’est un scénario de croissance molle Les résultats des élections américaine du 6 novembre prochain seront déterminantes ; les décisions sur les mesures de soutien à l'économie et la politique fiscale "Fiscal Cliff" pourraient peser sur l'économie américaine. Notre préoccupation majeure concerne la Chine. La croissance du pays en 2013 pourrait être au mieux égale à environ +7%.

Pourquoi cette inquiétude ? Serait-ce un niveau largement insuffisant ?

P.L : En décomposant la croissance chinoise, on a observé une réduction de la part de la consommation et des exportations. Cette croissance a été maintenue à de hauts niveaux par la forte augmentation de la formation brute de capital fixe, c’est à dire par des investissements. Pour financer ces investissements, les dirigeants chinois ont utilisé l’arme des taux d’intérêt négatifs. Une bulle s’est formée. Or, on constate aujourd’hui des surcapacités productives et un tassement des chiffres de consommation intérieure depuis plusieurs années. Comme la Chine ne bénéficiera pas du moteur des exportations en 2013, cela fait plusieurs raisons qui constituent autant de facteurs de risque.

Quelles conséquences en tirez-vous sur vos choix sectoriels ?

P.L : Nous sommes prudents sur les valeurs d’infrastructures et d’équipement trop exposées au marché chinois. Le secteur du luxe pourrait aussi être impacté. Nous sommes positifs sur les financières et notamment les banques, dont les valorisations sur actif net offrent encore des décotes importantes. Ce secteur devrait continuer de bénéficier des avancées positives dans la crise Européenne. Le secteur automobile a déjà beaucoup baissé et offre des valorisations faibles qui constituent autant de points d’entrée...

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M9566237 le samedi 15 sept 2012 à 19:22

    Je crois que beaucoup d'investisseurs ne sont pas prêts à revenir sur le marché action en cette période de récession à venir, à moins qu'ils aient envie à nouveau de se faire manger par les requins de la finance

  • bilit13 le samedi 15 sept 2012 à 11:13

    c'est vrai, on est dans un tournant: avant il n'y avait que la grece et l'espagne. Demain toute l'europe sera concerné.

  • j.capman le samedi 15 sept 2012 à 09:34

    Jai beaucoup aimer la réponse à la question ; que faudrait il faire pour assainir la finance internationale,les paradis fiscaux en on pris un sacre coup.

  • uraniu88 le vendredi 14 sept 2012 à 21:14

    ce n'est pas un tournant c'est un dérapage incontrolé.

  • spook101 le vendredi 14 sept 2012 à 17:33

    devriez prendre des cours de chimie, de mécanique des fluides et de thermodynamique si si... très utiles pour la finance car ici le résultat est EXPLOSIF.votre analyse ou commentaires sont statiques alors que l'environnement est dynamique et le temps vecteur d'entropie comme la mèche d'un bâton de dynamite.

  • spook101 le vendredi 14 sept 2012 à 17:21

    Je vous cite "Dans le cadre de son mandat, la BCE est prête à prendre toutes les mesures possibles pour préserver l’euro. Et croyez-moi, cela sera suffisant ». et écoutez vous làhttp://www.boursorama.com/actualites/patrice-legland-937867b1c984cf660aab560707eedac3il est tellement préserver 1.3150 que les exportateurs de la zone euro vont terriblement souffrirbof.. C bon pour le dollar qui baisse ==> inflation MPup donc appauvrissement des pauvres et enrichissement des déja trés riches=>BOUM!

  • lemeri78 le vendredi 14 sept 2012 à 14:59

    Concept de l'economie moderne : Pret illimités des banques centrales à taux quasi nul (ratio de fond propre messieurs par hasard??) aux banques étatiques pour que celle-ci recupérer leurs pertes de marchés et puissent de nouveau réinvestir et continuer à preter à des taux usurieurs aux travailleurs à faible revenue. En somme faire marcher la planche à billet et enrichir les banquiers au passage! Brillantissime Messieurs!

  • zunski le vendredi 14 sept 2012 à 14:43

    Bah , c'est quand même un peu moins naze , que ce que nous avons l(habitude de lire..notamment sur le non impact sur l' économie réelle...mais cela on le savait..le monde est inondé de dollars , hier cétait une dévaluation déguisée...sympa pour les chinois...et pour l'euro...

  • lemeri78 le vendredi 14 sept 2012 à 14:38

    Ceci n'est pas une analyse , c'est un recapitulatif de la situation actuel et passée! De plus pour l'avoir eu comme professeur, j'ai énormement de mal à comprendre ce que ce Monsieur fait à se poste ci! Ah si maintenant je sais!! Regardez donc les resultats de sa Banque et les perforamnces de tout les petits génies des maths!!

  • stricot le vendredi 14 sept 2012 à 12:48

    Je pense que quiconque n'a pas son poste et son salaire ne peut se targuer d'être plus fin économiste. Si vous croyez être meilleur analyste postulez pour le remplacer ! En fait, si vous êtes meilleur analyste vous devez déjà avoir un gros portefeuille bien ronflant, qui ne se gère pas sur Boursorama.