Patrick Gunsett, l'ultra-trail à corps perdu

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LE PARCOURS DE L'ULTRA-TRAIL DU MONT-BLANC
LE PARCOURS DE L'ULTRA-TRAIL DU MONT-BLANC

par Jean-Philippe Lefief

PARIS (Reuters) - Le finir au moins une fois... Voilà l'objectif de la plupart des 2.300 coureurs qui prendront le départ de la dixième édition de l'Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB), vendredi soir, à Chamonix. Patrick Gunsett tentera, lui, d'obtenir un dixième titre de "finisher".

Silhouette longiligne, foulée élégante et bonne humeur contagieuse, ce vétéran de 51 ans est l'un des deux "braves entre les braves" qui décrochent chaque année depuis 2003 ce Graal de la course à pied longue distance en montagne. L'autre est Tchèque et s'appelle Martina Juda.

Avec ses 166 km pour 9.400 mètres de dénivelé positif, soit quatre marathons bout à bout et deux fois l'ascension de l'Everest depuis le camp de base, à boucler en moins de 46 heures, l'UTMB fait à la fois frémir et rêver.

Difficulté extrême, cadre exceptionnel, symbole universel et organisation sans failles en ont fait le mètre-étalon de l'ultra-trail. Chaque année, plusieurs milliers de nouveaux adeptes brûlent de s'y frotter. Le succès est tel qu'en 2007, les 2.300 dossards ont trouvé preneurs en sept minutes.

Pour Patrick Gunsett, véritable phénomène de pugnacité, l'ultra n'a pourtant pas été une "révélation instantanée".

"En fait, je suis tombé dedans par la force des choses. C'est le fruit d'un parcours initiatique, dans la course à pied comme dans la vie", explique le directeur de l'Association de formation professionnelle de l'industrie en Drôme-Ardèche.

Né en Alsace, il découvre à l'adolescence le plaisir de marcher en montagne ou dans le vignoble, mais c'est en Polynésie, où il fait son service national comme volontaire de l'aide technique, qu'il participe à sa première compétition, un 20 km sur route.

"Depuis, j'ai glissé irrémédiablement vers le trail, avec 15 à 22 compétitions par an ! Je comprends avec le recul pourquoi l'organisme oppose désormais une farouche résistance à la pratique de mon activité favorite", dit-il, évoquant, entre autres blessures, ses ménisques récalcitrants et l'aponévrosite plantaire qu'il s'efforcera d'oublier ce week-end.

"Pourquoi le grand saut dans l'ultra? Pour goûter à l'ivresse de ce subtil mélange de montagne, de voyage, de découverte de soi, de plongée dans le mystère, d'expéditions partagées avec des inconnus devenant au fil des kilomètres des compagnons de fortune."

"SANS COURSE À PIED, JE MEURS"

Mais cette ivresse ne dure pas toujours et la difficulté finit souvent par rattraper le plus passionné des trailers, qui fait alors figure de "bagnard contraint aux travaux forcés", concède Patrick Gunsett.

Ce qui laisse le plus de souvenirs, poursuit-il, ce sont justement les moments difficiles: "Je suis gâté en la matière! Je dois avouer que la première édition de l'UTMB a été très riche en moments forts. L'ascension nocturne du Grand Col Ferret (le point culminant de la course, à 2.537 m, ndlr) sous des trombes d'eau reste gravée dans ma mémoire."

Cette première édition dantesque, que 67 "inoxydables" sur 722 engagés ont terminée sous une pluie battante et persistante, s'est achevée pour lui à Champex (Suisse), au kilomètre 122.

Mais cet échec n'en est pas un, puisque les concurrents, lancés dans l'inconnu le plus total, étaient alors considérés comme finishers à partir de la mi-course, à Courmayeur (Italie).

"Je crois avoir puisé dans ce traumatisme, puis à la vue des finishers, ces héros, l'énergie qui m'a depuis aidé à passer moi aussi la ligne de 2004 à 2011", jauge-t-il.

Son meilleur chrono, il l'a réalisé en 2007 avec 32h45 (224e au général), ce qui n'a pas assouvi son énorme appétit.

"Sans course à pied, je meurs! Bon, j'exagère peut-être un peu, mais pas beaucoup", plaisante Patrick Gunsett.

"J'ai besoin d'être dehors pour me changer les idées, de réfléchir... Besoin de me mesurer aux autres, de chercher la performance. C'est aussi un excellent exutoire par rapport au travail. L'UTMB m'a beaucoup aidé au niveau professionnel."

"J'ai eu la responsabilité fin 2002, début 2003 de créer et de lancer l'organisme de formation de la branche métallurgique en Drôme-Ardèche. Cette tâche me paraissait aussi insurmontable que le tour du Mont-Blanc d'une seule traite! Je vais fêter les dix ans de cet organisme en même temps que mes dix participations à l'UTMB!"

La formule de ce double succès tient en quelques mots: "modestie, persévérance, ténacité, respect et bonne humeur."

Et au sujet de cette dernière, indispensable à l'abord de ce nouveau défi, il lance: "Je croise les doigts pour qu'il m'en reste suffisamment pour l'édition de 2012..."

Edité par Grégory Blachier

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