Patrick Buisson a déposé une plainte contre Christiane Taubira

le
0
PATRICK BUISSON VA PORTER PLAINTE CONTRE CHRISTIANE TAUBIRA
PATRICK BUISSON VA PORTER PLAINTE CONTRE CHRISTIANE TAUBIRA

PARIS (Reuters) - Patrick Buisson, visé indirectement dans l'affaire des sondages commandés pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, a déposé plainte mardi contre la ministre de la Justice pour "prise illégale d'intérêt", a-t-on appris auprès de son avocat.

L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, qui avait utilisé à ce sujet la formule d'Emile Zola en écrivant "J'accuse Christiane Taubira", lui reproche d'être "partie prenante d'une opération qui vise à instrumentaliser l'autorité judiciaire à des fins exclusivement partisanes".

Selon Patrick Buisson, la ministre serait toujours membre du comité de parrainage d'Anticor, l'association anticorruption qui a porté plainte pour détournement de fonds publics et favoritisme dans l'affaire des sondages de l'Elysée.

Sur le site internet de l'association, le nom de la ministre figure bien parmi les membres de son comité de parrainage.

Mais "depuis 2007, plus personne ne l'a vue", explique à Reuters Jean-Luc Trotignon, délégué national d'Anticor. "Son parrainage date de 2005, mais on n'a pas l'habitude de retirer" les noms des parrains, ajoute-t-il.

Le soutien de celle qui est désormais ministre de la Justice, apporté aux débuts de l'association, et qu'il qualifie de "symbolique", "n'a jamais influé en quoi que ce soit sur aucune décision d'Anticor", dit-il.

Christiane Taubira a seulement assisté à deux remises de prix de l'association, en mars 2005 et janvier 2007. En tant que membre du comité de parrainage, elle aurait pu assister au Conseil d'administration d'Anticor, mais ne l'a jamais fait, et étant donné qu'elle n'est pas adhérente, elle n'a pas pu prendre part à ses assemblées générales.

"C'est extrêmement ténu ce qui lui est reproché", estime Jean-Luc Trotignon.

"MENSONGE"

Patrick Buisson évoque pourtant un "scandale sans précédent".

"Elle a menti quand elle a dit qu'elle n'était plus (...) membre de l'association (...) Nous apporterons la preuve de ce mensonge", a-t-il déclaré sur Europe 1.

"Nous sommes devant un scandale sans précédent (...) dans l'histoire de la justice française", a-t-il poursuivi, estimant que Christiane Taubira avait "un intérêt moral et politique à voir s'ouvrir une instruction où elle est à fois juge, parti et bénéficiaire".

Dans un communiqué daté du 13 novembre dernier, et répondant à la tribune de Patrick Buisson dans les colonnes du Figaro, Christiane Taubira estimait que sa participation au comité de parrainage témoignait "à la fois du sens de l'engagement citoyen dans la responsabilité politique, et de la place qu'occupe la vigilance citoyenne dans la vitalité de la démocratie".

Le ministère de la Justice n'était pas joignable mardi matin pour commenter la démarche judiciaire de Patrick Buisson.

Anticor estime que les sondages commandés par l'Elysée sous le précédent gouvernement n'avaient, pour beaucoup, pas d'intérêt public et souligne que les bénéficiaires essentiels des commandes étaient des sociétés dirigées par deux conseillers et amis de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson (trois millions d'euros) et Pierre Giacometti (2,5 millions d'euros).

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire de police à la suite d'une plainte pour détournement de fonds publics visant des sondages d'opinion commandés par l'Elysée sous sa présidence pour un total de 9,4 millions d'euros.

Une première information judiciaire sur ces faits pour "favoritisme", acceptée d'abord par un juge d'instruction, puis invalidée par un arrêt de la cour d'appel de Paris en 2011, pourrait par ailleurs être relancée par la Cour de cassation, dans un autre arrêt annoncé le 19 décembre.

Marine Pennetier et Chine Labbé, avec Thierry Lévêque, dité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant