Pascal Simbikangwa, simple agent ou tortionnaire au Rwanda ?

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LES TÉMOINS DRESSENT DES PROCÈS CONTRADICTOIRES DE L'ANCIEN CAPITAINE RWANDAIS PASCAL SIMBIKANGWA
LES TÉMOINS DRESSENT DES PROCÈS CONTRADICTOIRES DE L'ANCIEN CAPITAINE RWANDAIS PASCAL SIMBIKANGWA

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Simple agent pour les uns, tortionnaire haut placé pour les autres: des témoins ont brossé lundi devant la Cour d'assises de Paris des portraits contradictoires d'un ancien capitaine rwandais soupçonné de complicité du génocide de 1994.

Les descriptions de Pascal Simbikangwa, militaire reconverti dans le renseignement au Rwanda après un accident de la route l'ayant rendu paraplégique en 1986, varient grandement.

"Simbikangwa n'était chef d'aucune section. Il n'était directeur de rien", a dit Anatole Nsengiyumva, responsable jusqu'en juin 1993 du renseignement militaire, où l'accusé a passé quatre mois avant d'être transféré aux renseignements civils. "C'était un agent ordinaire, c'était un petit agent."

Il s'exprimait par visioconférence depuis Arusha, en Tanzanie, où il a été condamné en appel par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à 15 ans de prison, une peine qu'il a déjà purgée.

Pascal Simbikangwa, 54 ans, n'a eu de cesse, depuis le début de son procès, de minimiser son importance dans l'appareil d'Etat du Rwanda.

Son titre de "directeur" était purement honorifique, l'équivalent de son grade de capitaine dans l'armée, assurera-t-il à l'audience, ajoutant s'être contenté de rédiger des synthèses de la presse.

Pourtant, sa réputation de "tortionnaire" avant 1994 -des faits prescrits et pour lesquels il n'est donc pas poursuivi- le précède, ont dit à la Cour deux autres témoins.

"J'étais au courant de sa réputation, que je continue à qualifier de redoutable", a déclaré l'ancien ambassadeur belge Johan Swinnen au Rwanda, en poste d'août 1990 à avril 1994.

Et de décrire "le seul cas (qu'il a) vraiment connu en détail, avec un témoin direct", celui d'un journaliste de l'opposition venu lui rendre visite, en décembre 1991. Les pieds gonflés et les orteils en sang, il venait, semble-t-il, d'avoir été torturé par Pascal Simbikangwa.

RÉSEAUX OCCULTES

Augustin Iyamuremye, son ancien supérieur hiérarchique aux renseignements intérieurs, ajoute qu'à son arrivée à la tête du service avec l'instauration du multipartisme en avril 1992, il cherche, inquiet de cette réputation, à "l'empêcher de nuire".

"On a cherché tous les moyens légaux pour le faire muter, on n'a pas pu", a dit cet ancien membre de l'opposition.

"On comprenait qu'il avait été placé là pour d'autres services que ceux qui étaient officiels", poursuit-il, laissant entendre qu'il appartenait à des réseaux d'information occultes mis en place par le président rwandais Juvénal Habyarimana à partir de 1992.

Au-delà des débats sur l'importance de l'accusé, ce sont deux interprétations de l'histoire récente du Rwanda qui s'affrontent devant la Cour d'assises de Paris.

Pour l'accusé et ses soutiens, l'akazu, cercle restreint autour du président et de sa belle-famille, décrit par de nombreux historiens, est une invention de l'opposition.

Ancien proche de Juvénal Habyarimana, dont la mort dans un attentat le 6 avril 1994 a précipité le génocide, Pascal Simbikangwa s'estime jeté "à la vindicte populaire" comme tous les anciens militaires rwandais.

Il nie toute implication dans le génocide des Tutsi qui a fait environ 800.000 morts, et se dit la cible d'une campagne de désinformation de l'ex-rébellion Tutsi désormais au pouvoir.

"C'est de la comédie funeste", a-t-il lancé lundi à l'audience. "Ils ont jugé deux millions de Rwandais (...) maintenant ils continuent."

La Cour, qui s'intéresse cette semaine à son parcours professionnel, doit se pencher à partir du 24 février sur les faits qui lui sont reprochés.

Il encourt la prison à perpétuité pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité.

Edité par Yves Clarisse

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