Pascal Simbikangwa nie toute implication dans le génocide rwandais

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PASCAL SIMBIKANGWA NIE TOUTE IMPLICATION DANS LE GÉNOCIDE RWANDAIS
PASCAL SIMBIKANGWA NIE TOUTE IMPLICATION DANS LE GÉNOCIDE RWANDAIS

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Pascal Simbikangwa, complice présumé du génocide rwandais de 1994, a minimisé mercredi devant la Cour d'assises de Paris son importance dans l'appareil d'Etat de Rwanda, niant toute implication dans les massacres.

"Je n'ai pas participé ni à la fin de la guerre, ni au déroulement du chaos", a déclaré ce petit homme paraplégique depuis un accident de la route en 1986.

En à peine 100 jours, d'avril à juillet 1994, le génocide rwandais a fait quelque 800.000 morts, Tutsi pour la plupart mais aussi Hutu modérés.

Poursuivi pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité, des crimes pour lesquels la France a acquis la compétence universelle en 1996, Pascal Simbikangwa encourt la réclusion à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté qui pourrait être portée jusqu'à 22 ans.

Il est mis en cause pour avoir fourni des armes mais aussi des conseils, des encouragements et des instructions à des auteurs de meurtres à Kigali et dans la préfecture de Gisenyi, à l'ouest du pays.

Des faits qui, selon l'accusation, laissent supposer qu'il était non seulement "conscient" de l'intention génocidaire des tueurs, mais qu'"il la partageait".

Militaire à la carrière exceptionnelle, Pascal Simbikangwa, "personnalité d'importance au Rwanda", selon l'accusation, a travaillé à la garde présidentielle jusqu'à son accident, avant d'être affecté au service des renseignements.

Dans le civil, le capitaine conserve son grade et obtient le titre de directeur. Il devient alors numéro trois des renseignements, d'après l'accusation.

"Même si on m'appelait directeur, je n'avais pas de fonction", a-t-il pourtant affirmé mercredi, estimant n'avoir été que sixième de sa hiérarchie. "J'ai été un simple agent. Le reste ce sont des histoires", a-t-il poursuivi.

"MENTEURS" ET "AFFABULATEURS"

Au moment de l'instauration du multipartisme au Rwanda, en 1992, et donc d'un changement d'homme a la tête de son service, l'accusé explique avoir même été mis au chômage technique.

"Je n'étais plus décisionnaire, j'étais chômeur", a-t-il dit. "L'opposition plaçait ses hommes."

Ancien proche du président rwandais Juvénal Habyarimana, dont la mort dans un attentat, le 6 avril 1994, a précipité le génocide, Pascal Simbikangwa est souvent décrit comme un membre de "l'akazu", terme qui désigne le cercle restreint de la famille et belle-famille du président, au coeur duquel s'est constituée la ligne dure du régime.

S'il reconnaît son admiration pour le président - qu'il soutenait "parce que sa politique allait dans le sens de l'apaisement" entre Hutu et Tutsi, dira-t-il à l'audience - Pascal Simbikangwa rejette l'idée de son appartenance à l'akazu, "appellation de l'Occident" selon lui, et nie toute affiliation avec l'ancien parti unique, le Mouvement révolutionnaire National pour le Développement (MRND).

Au fil de l'instruction, plusieurs témoins ont pourtant déclaré qu'il militait pour ce parti, rappelle le président.

L'un d'entre eux aurait été embauché par Pascal Simbikangwa pour recruter des jeunes. Une autre l'aurait vu participer à des réunions organisées par le parti. Autant de témoins- "menteurs" et "affabulateurs" selon ses termes.

"Est-ce que vous imaginez, Monsieur le président, que dans ma chaise roulante, j'aille dans un meeting ? Pour quoi faire ?" lance-t-il.

Experts et chercheurs défileront à la barre pendant près de deux semaines pour essayer de clarifier pour les jurés le contexte politique qui a mené au génocide des Tutsi au Rwanda.

Puis viendra le tour des témoins, venus du Rwanda pour certains, entendus par visioconférence pour d'autres.

Yves Clarisse

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