Pascal Simbikangwa développe la thèse d'un double génocide

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PASCAL SIMBIKANGWA DÉVELOPPE LA THÈSE D'UN DOUBLE GÉNOCIDE AU RWANDA
PASCAL SIMBIKANGWA DÉVELOPPE LA THÈSE D'UN DOUBLE GÉNOCIDE AU RWANDA

PARIS (Reuters) - L'ancien capitaine rwandais jugé à Paris pour complicité de génocide dans son pays en 1994 a reconnu vendredi pour la première fois à l'audience le génocide des Tutsi, tout en défendant la thèse d'un double génocide.

Pascal Simbikangwa, 54 ans, a toujours nié son implication dans ces massacres qui ont fait quelque 800.000 morts en à peine 100 jours, mais il n'avait pas clairement reconnu, pendant l'instruction, l'existence du génocide.

"Le génocide des Tutsi qui est réel, incontestable, ne peut pas effacer le génocide des Hutu, qui est plus étendu", a-t-il déclaré vendredi à l'audience.

En décembre 2009, Pascal Simbikangwa, paraplégique depuis un accident de la route en 1986, ne tenait pas tout à fait le même discours, rappelle le président de la Cour Olivier Leurent.

"Je ne nie pas que des gens ont été tués, mais je ne sais pas si c'était planifié", disait alors cet ancien directeur des renseignements, qui a minimisé durant la première semaine de procès son importance dans l'appareil d'Etat du Rwanda, se décrivant comme un "simple agent".

"En 2009, vous n'aviez pas l'air très convaincu" de l'existence du génocide, lui lance ainsi Olivier Leurent. "Qu'est-ce qui a changé depuis 2009?"

"J'ai fait beaucoup de lectures qui m'ont donné beaucoup de recul", répond l'accusé. À l'époque, "on était dans une bulle, il y avait la guerre, on ne savait pas exactement ce qui se passait", poursuit-il.

Pour Maître Emmanuel Daoud, avocat de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), partie civile dans le dossier, ces déclarations signent une évolution de la stratégie de défense de Pascal Simbikangwa.

NÉGATIONNISME

"C'est un événement parce que c'est une évolution tactique de sa part", a-t-il dit à Reuters en marge de l'audience. "Il se rend compte qu'il ne peut pas s'inscrire dans une logique négationniste face à l'évidence."

Mais s'il reconnaît l'existence du génocide des Tutsi, Pascal Simbikangwa "invoque un autre génocide, celui des Hutu", postérieur à celui des Tutsi, souligne Alain Gauthier, co-fondateur du Collectif des parties civiles pour le Rwanda.

Une thèse qui fait référence aux massacres de Hutu perpétrés en représailles après le génocide.

"Le Front patriotique rwandais, en assassinant exclusivement les réfugiés, savait très bien que c'était des Hutu", dit Pascal Simbikangwa.

Un historien vient d'expliquer devant la Cour que cette thèse procède du négationnisme.

"Je ne partage pas" son point de vue, réplique Pascal Simbikangwa.

Poursuivi pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité, des crimes pour lesquels la France a acquis la compétence universelle en 1996, Pascal Simbikangwa encourt la réclusion à perpétuité assortie d'une peine de sûreté qui pourrait être portée jusqu'à 22 ans.

Le verdict devrait être rendu mi-mars, quelques semaines avant les commémorations du 20e anniversaire du génocide des Tutsi.

Chine Labbé, édité par Yves Clarisse

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