Pascal Papé : " Même dans mes plus profonds cauchemars... "

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Pascal Papé : " Même dans mes plus profonds cauchemars... "
Pascal Papé : " Même dans mes plus profonds cauchemars... "

Abattu par la lourde défaite face à la Nouvelle-Zélande, Pascal Papé, qui jouait son dernier match en Bleu, reconnaît les faiblesses des joueurs, mais appelle aussi les instances du rugby français à se réunir et faire bouger les choses, sauf peine de voir le rugby tricolore s'enfoncer un peu plus.

Pascal Papé, quel est votre sentiment après cette lourde défaite ?
Je suis extrêmement déçu. Je ne pensais jamais, même dans mes plus profonds cauchemars, finir comme ça. Aujourd’hui, c’est la réalité. Il n’y a pas photo sur le match. Il y a une équipe d’exception, et une équipe plus que moyenne. Malgré tout, on y croyait. Avant la préparation, on se disait qu’avec quatre mois de préparation, on pouvait peut-être rattraper ce retard qu’on a depuis presque cinq ans. Mais non... En tout cas, ça n’enlève pas toute la fierté que j’ai pu avoir avec cette équipe de France depuis onze ans. J’en ai gagné, quand même, des matchs, mais finir sur une telle défaite, c’est dur, mais ça fera partie de ma carrière, malheureusement. Il faut rebondir. La seule chose que je peux souhaiter à mes jeunes coéquipiers qui vivaient leur première Coupe du monde, c’est de vivre cette expérience pleinement, et de s’en servir pour la suite pour rebondir, car ce sont des joueurs d’exception. Il y en a qui ne le savent pas, mais ils ont du talent, et j’espère qu’ils rebondiront et que l’équipe de France brillera prochainement. Mais le mal est peut-être aussi plus profond, car je crois qu’on a un système compliqué. L’équipe de France passe en dernier dans tout ça, et je crois qu’il faut que toutes les instances dirigeantes de notre sport discutent et prennent en compte la parole des joueurs, car c’est compliqué d’avoir des résultats pendant quatre ans en faisant 30-40 matchs par an, dans un championnat très compliqué, enfermé sur l’enjeu. Aujourd’hui, toutes les nations évoluent sauf nous. Donc nous, les joueurs, sommes les premiers fautifs, mais ce serait dommage de ne pas dire que tous nos décideurs et ceux qui organisent notre sport et notre championnat sont impliqués dans le résultat d’aujourd’hui.

Avez-vous pris la parole dans le vestiaire ?
Non, je crois qu’il n’y avait rien à dire. Quand tu prends 60 points, il vaut mieux fermer sa gueule et attendre que ça se passe, faire le dos rond et rebondir très vite. Les regards et les félicitations de mes partenaires à la fin du match pour ma carrière en Bleu, ça me suffit.

On a l’impression que l’équipe de France n’a pas progressé en quatre ans...
On a eu des étincelles parfois, ou des matchs qui nous ont permis d’avoir un peu d’oxygène. Mais c’est tout un sport en France auquel il faut réfléchir. La seule chose que je vois, c’est qu’au niveau européen on commence à être à la traîne, et ça m’embête un peu. J’espère qu’on trouvera l’intelligence de réunir tout le monde et de mettre la vitrine du rugby français, c’est-à-dire l’équipe de France, en priorité.

« On va vraiment arriver dans une grosse galère »

Y’a-t-il du positif à retenir tout de même ?
Je retiens qu’une nouvelle génération est arrivée, avec des joueurs de talent. On est passé à côté à cette Coupe du monde, mais je suis persuadé que les plus jeunes peuvent faire quelque chose de bien en équipe de France. Comme l’a dit Philippe, on a bu plus de bières après les défaites qu’après les victoires, mais j’espère que cette génération aura pris énormément d’expérience pendant quatre ans, et qu’elle reprendra du plaisir sur le terrain. Mais il faut l’aider.

Pourquoi n’avez-vous pas défié le Haka ?
Il ne faut pas faire les choses pour les faire. On n’en trouvait pas le besoin, et peut-être que ce n’était pas légitime à cette période de la compétition. Ça venait de l’intérieur du groupe, il faut le respecter. Il ne faut pas faire un truc pour faire un truc, car tu as l’air malin si tu vas les défier et que tu prends 60 points (sourire).

Avez-vous mal au cœur ce soir ?
Franchement, ça m’emmerde vraiment. Je me répète, mais on perd du terrain sur les Gallois, les Irlandais, les Ecossais qui sont en train de nous passer devant. Je le vois évoluer, le rugby, et il faut vraiment qu’on tire tous dans le même sens, car on va vraiment arriver dans une grosse galère.

Propos recueillis par notre envoyé spécial à Cardiff, Jean-François Paturaud

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