Pas de trêve en vue en Ukraine, tirs d'obus près de Donetsk

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par Richard Balmforth et Sergei Karpukhin KIEV/DONETSK, 10 août (Reuters) - Des obus d'artillerie se sont abattus pendant plusieurs heures dimanche sur la périphérie de Donetsk tandis que les autorités ukrainiennes appelaient les séparatistes pro-russes à se rendre. A l'est de Donetsk, les forces ukrainiennes et les rebelles ont bataillé pour le contrôle de la localité de Krasni Loutch, carrefour routier et ferroviaire par lequel, selon Kiev, transitent des équipements militaires russes à destination des séparatistes. Andriy Lissenko, porte-parole des forces gouvernementales, a déclaré que la proposition de cessez-le-feu évoquée samedi par les séparatistes signifiait qu'ils devaient "hisser le drapeau blanc et déposer les armes". Les rebelles ont répliqué qu'il n'y aurait pas de trêve tant que le pouvoir à Kiev poursuivrait ses opérations militaires "punitives". Donetsk a résonné pendant environ huit heures dimanche des détonations d'obus tombant dans sa périphérie jusqu'en milieu de journée, a rapporté un journaliste de Reuters. Dans un quartier du nord de la ville, Poutilovka, un bâtiment abritant les locaux de la société de télécommunications Ukrtelecom était en feu après avoir été apparemment touché par un obus. Andriy Lissenko a déclaré qu'au cours des 24 heures précédentes, les forces ukrainiennes avaient "poursuivi avec succès leurs opérations offensives, resserrant considérablement l'étau autour de la capitale du Donbass, Donetsk". "Les combattants (séparatistes) sont en proie à la panique et au chaos. Il y a de nombreux cas de désertion parmi les terroristes", a-t-il ajouté. Ni Andriy Lissenko ni les séparatistes n'ont fourni de bilan des combats du week-end dans l'est de l'Ukraine, où les forces gouvernementales ont gagné du terrain depuis juin face aux rebelles ayant pris les armes en avril. Sur la page Facebook du chef séparatiste Igor Guirkine, dit Strelkov, il est écrit: "Ils ont bombardé durant toute la matinée. Il y a des explosions, certaines proches, d'autres lointaines. Des informations nous parviennent en permanence par téléphone. A l'instant, on nous annonce un incendie près de l'hôpital n°18, une femme a été tuée (...)". MENACE DE PÉNURIES À DONETSK Accusant le pouvoir ukrainien de poursuivre des opérations "punitives" menaçant la population de Donetsk et risquant de déclencher une catastrophe humanitaire, les rebelles ont ultérieurement affirmé dans un communiqué que "tant que l'armée ukrainienne continue son intervention militaire, il ne saurait y avoir de cessez-le-feu". Jadis métropole d'un million d'habitants au coeur du bassin industriel et minier de l'est de l'Ukraine, Donetsk est désormais menacée d'une pénurie de nourriture, d'eau et d'électricité. Piétons et voitures se font rares dans les rues autrefois animées, dans lesquelles patrouillent des groupes de séparatistes armés. La plupart des habitants restent cloîtrés chez eux ou ont fui dans la campagne environnante. Beaucoup de magasins sont fermés mais les autorités municipales affirment que les boulangeries continuent de produire du pain malgré le manque d'électricité. Le carburant vient aussi à manquer et peu de pharmacies restent ouvertes. Les banques sont fermées. Les retraites et les prestations sociales ne sont plus versées. Bien qu'ils reconnaissent la gravité de la situation humanitaire dans l'est de l'Ukraine, les responsables ukrainiens et leurs alliés occidentaux soupçonnent la Russie de vouloir utiliser ce prétexte pour intervenir militairement dans l'est de l'Ukraine. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré dimanche que Moscou discutait avec Kiev, le Comité international de la Croix-Rouge et les Nations unies au sujet de l'envoi d'une aide humanitaire dans l'est de l'Ukraine. La Russie dément fournir un appui aux séparatistes. Répétant des accusations de violations de l'espace aérien ukrainien par des avions militaires russes, ce que Moscou dément également, Andriy Lissenko a déclaré qu'une bataille était en cours à Krasni Loutch, qui se trouve à mi-chemin entre Donetsk et Louhansk, les deux grandes villes où sont retranchés les séparatistes. "Si nous la prenons, cela nous garantira de pouvoir bloquer une route par laquelle les terroristes reçoivent de l'aide. Les combats s'y poursuivent, des combats très intenses", a-t-il dit. (Avec Natalia Zinets à Kiev et Maria Tsvetkova à Moscou; Bertrand Boucey pour le service français)

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