Pas de coups de fouet vendredi pour un blogueur saoudien

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(Actualisé avec précisions) DUBAI, 16 janvier (Reuters) - Les autorités saoudiennes ont repoussé vendredi pour raisons médicales l'exécution des cinquante coup de fouet que devait recevoir le blogueur et militant libéral saoudien Raïf Badaoui, condamné pour blasphème. Le fondateur du site "Free Saudi Liberals" a été arrêté en juin 2012 et inculpé de cybercrime, d'apostasie et de désobéissance à son père, ce qui constitue un crime dans le royaume. Il a été condamné en mai dernier à dix ans de prison, à une amende d'un million de rials (266.000 dollars) et à 1.000 coups de fouet, qui doivent lui être donnés tous les vendredis au rythme de cinquante coups par semaine. Le médecin qui a examiné le supplicié a recommandé que les 50 coups de fouets suivants, qui devaient lui être infligés ce vendredi, soient reportés d'une semaine, a précisé Amnesty International dans un communiqué. La BBC rapporte de son côté que l'affaire, très critiquée en Occident, a été transmise à la Cour suprême par le bureau du roi. Selon la BBC, citant l'épouse de Badaoui, le blogueur espère désormais que son châtiment n'ira pas à son terme. Le verdict des 1.000 coups de fouets a été prononcé à l'issue d'un deuxième procès du blogueur, sa condamnation en première instance à sept ans de prison et 600 coups de fouet ayant été jugée trop indulgente. ENJEU Le département d'Etat américain et le Haut Commissaire de l'Onu pour les droits de l'homme ont demandé aux autorités saoudiennes d'annuler "ce châtiment cruel". Le cas de Badaoui est devenu un enjeu après l'attentat contre Charlie Hebdo et la publication par l'hebdomadaire satirique d'une nouvelle caricature du prophète Mahomet à la une de son numéro daté de mercredi. Le royaume wahhabite tente de canaliser les musulmans conservateurs derrière une action contre les islamistes d'Al Qaïda et de l'Etat islamique, mais il a néanmoins suscité la colère de nombre d'entre eux qui considèrent que sa réponse aux caricatures françaises n'est pas assez ferme. Ryad a publié un communiqué condamnant l'attentat contre Charlie Hebdo, qui a été repris par les conservateurs dans le pays. Mais cette condamnation n'a pas été contrebalancée par une critique ferme de la une du dernier numéro de Charlie Hebdo. Dans ce contexte, certains estiment que la clémence pour Badaoui sera difficile à obtenir. "Les dirigeants saoudiens sont sous la pression venue de l'intérieur pour condamner les gens comme lui, notamment chez les salafistes. C'est une question de légitimité de l'Etat. Ces gens sont très influents au niveau de la rue", explique Moustafa Alani, expert irakien sur les questions de sécurité et proche du ministère saoudien de l'Intérieur. Les autorités saoudiennes ont eu tendance ces derniers mois à condamner plus sévèrement toute forme d'opposition, que ce soit les femmes s'affichant au volant ou à propos des commentaires de soutien aux islamistes diffusés sur les réseaux sociaux. La peine de mort est par ailleurs plus souvent prononcée, avec des décapitations en public. (Stephen Addison et Rania El Gamal; Guy Kerivel et Danielle Rouquié pour le service français)

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