Pas d'aide immédiate à la Grèce mais un sursis de 2 ans probable

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par Robin Emmott et Jan Strupczewski

BRUXELLES/BERLIN (Reuters) - Les dirigeants de la zone euro ne sont pas prêts à donner leur feu vert au versement d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce faute d'un consensus sur les moyens de rendre soutenable la dette publique du pays sur les dix prochaines années.

Les ministres des Finances de la zone euro, réunis lundi à Bruxelles, devraient en revanche accorder un sursis de deux ans à Athènes pour atteindre ses objectifs budgétaires, ce qui impliquera 32,6 milliards d'euros de financements supplémentaires, selon un projet de rapport de la troïka des créanciers publics internationaux.

Le Parlement grec a adopté dimanche soir le projet de budget 2013 après avoir validé mercredi un plan d'austérité le mettant en situation d'obtenir le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide de 31,5 milliards d'euros de prêts d'urgence de la part de la zone euro.

Pour un certain nombre de responsables européens toutefois, les fonds ne seront pas débloqués dans l'immédiat, les ministres attendant que la troïka - qui réunit la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (FMI) - présente son "analyse de la soutenabilité de la dette" grecque.

En conséquence les ministres seront amenés à débattre à nouveau de la question dans le courant de la semaine, soit lors d'une nouvelle réunion, soit par téléconférence.

"Il n'y aura pas de décision définitive aujourd'hui, mais je pense que l'opinion qui prévaut est que nous aimerions que le prochain versement soit effectué de la manière la plus efficace possible", a déclaré Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe.

32,6 MILLIARDS DE PLUS

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a dit vouloir entendre le compte-rendu des inspecteurs de la troïka après leur mission en Grèce avant de prendre une décision sur les prochaines étapes.

"J'aimerais voir que la Grèce a rempli toutes ses obligations et j'aimerais entendre le rapport de la troïka car cela dépend de la solution que le gouvernement grec a trouvé avec la troïka, et je n'ai rien lu là-dessus, a-t-il déclaré.

La Grèce aura besoin de 32,6 milliards d'euros de financements supplémentaires si un sursis de deux ans lui est accordé pour atteindre l'objectif d'un excédent budgétaire primaire de 4,5% du PIB, jugé compatible avec une diminution de sa dette publique.

Environ 15 milliards d'euros seront nécessaires jusqu'à la fin 2014, puis 17,6 milliards supplémentaires pour la période 2015-2016.

En mars, Athènes s'était vu fixer pour objectif de dégager un excédent budgétaire primaire de 4,5% de son PIB en 2014.

Les moyens de combler ces besoins de financement supplémentaires seront au menu des discussions des ministres à Bruxelles.

"Nous allons voir un peu plus tard quelles propositions la troïka a formulées concernant le besoin de financement", a déclaré le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan, en entrant dans la réunion.

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s'est voulue confiante à son arrivée à Bruxelles soulignant que la Grèce avait consenti les efforts attendus d'elle et qu'il importait désormais à ses créanciers d'agir.

"PAS DE SOLUTION À LA VA-VITE"

"La Grèce a fait son travail et fait preuve d'une réelle résolution, c'est maintenant aux créanciers de faire de même et le FMI jouera sans aucun doute, et comme toujours, son rôle", a-t-elle dit.

"Nous sommes là non pour une solution à la va-vite mais pour une solution réelle", a-t-elle ajouté dans un large sourire.

Le FMI a encouragé les gouvernements à renoncer à une partie de leurs créances sur la Grèce mais Berlin, la Commission européenne et d'autres intervenants ont souligné que cette solution n'était pas envisageable sur le plan légal.

Les ministres des Finances vont aussi examiner les engagements pris par Athènes pour résoudre les problèmes structurels de son économie - la troïka a fixé au moins 90 objectifs spécifiques au gouvernement grec - et vérifier que le pays est revenu sur la trajectoire d'assainissement budgétaire qui lui avait été fixé.

Le retard pris par Athènes dans ce domaine avait conduit ses créanciers à suspendre le versement de leur aide.

La question centrale pour les dirigeants de la zone euro est celle de l'analyse de la dette qui vise à déterminer les moyens de ramener le ratio d'endettement de la Grèce à 120% de son produit intérieur brut d'ici 2020, contre 190% attendu l'année prochaine.

Or les créanciers internationaux de la Grèce ne parviennent pas à s'accorder sur une estimation unique de l'endettement grec en 2020 ou sur le meilleur moyen de le réduire.

Une fois qu'un consensus sur l'analyse de la dette aura été trouvé, il faudra qu'il soit adressé aux Parlements nationaux des pays qui financent l'aide à la Grèce afin qu'ils approuvent le déblocage d'une nouvelle tranche.

"La minutie est absolument indispensable et avant que nous décidions, le Bundestag doit être impliqué, comme tous les autres Parlements nationaux", a rappelé Wolfgang Schäuble.

Le dossier grec est politiquement sensible en Allemagne, mais aussi aux Pays-Bas et en Finlande.

L'octroi de deux années de plus permettrait toutefois à l'économie grecque de retrouver le souffle nécessaire pour renouer avec la croissance alors qu'un maintien des exigences actuelles l'empêcherait de produire suffisamment pour rembourser sa dette, estiment de nombreux responsables.

Nicolas Delame et Marc Joanny pour le service français

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