Pas d'accord à l'UE sur le glyphosate

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    * L'herbicide est largement utilisé dans l'agriculture 
    * Son autorisation dans l'UE expire le 30 juin 
    * La Commission proposait une prolongation provisoire de 
douze à dix-huit mois 
 
    par Sabine Siebold et Alissa de Carbonnel 
    BERLIN/BRUXELLES, 6 juin (Reuters) - Les Etats membres de 
l'Union européenne ont refusé lundi de prolonger de façon 
temporaire l'autorisation du glyphosate, un herbicide mis au 
point par Monsanto  MON.N  et largement utilisé dans 
l'agriculture et le jardinage. 
    L'autorisation de vente dans l'UE de ce produit controversé 
expire à la fin du mois.  
    "Il n'y a pas eu de majorité en faveur du glyphosate lors 
des consultations d'aujourd'hui", a annoncé à la mi-journée la 
porte-parole du ministère allemand de l'Environnement. Vingt 
Etats ont voté en faveur de la proposition de la Commission mais 
sept se sont abstenus, a-t-elle précisé. Seul Malte a voté 
contre, indique-t-on de source diplomatique européenne. 
    Les experts devaient se prononcer à la majorité qualifiée 
sur la proposition soumise par la Commission européenne de 
prolonger à titre provisoire l'autorisation du glyphosate. 
    L'exécutif, qui avait déjà échoué par deux fois cette année 
à faire adopter une prolongation de l'autorisation de 
l'herbicide, a désormais la possibilité de saisir un comité 
d'appel. La question sera à l'ordre du jour de la réunion des 
commissaires de mardi. 
    Les conclusions contradictoires des scientifiques sur le 
caractère cancérigène du glyphosate ont conduit la Commission à 
proposer mercredi dernier un compromis consistant à prolonger 
provisoirement de douze à dix-huit mois l'autorisation du 
produit afin de permettre de nouvelles études.  
    L'exécutif bruxellois proposait au départ de prolonger 
l'autorisation de quinze ans. Si aucun accord n'est trouvé d'ici 
au 30 juin, tous les produits contenant du glyphosate devront 
être progressivement retirés des rayons dans un délai de six 
mois.   
     
    ABSENCE DE CONSENSUS SCIENTIFIQUE 
    Monsanto, le numéro un mondial des semences, n'a pas exclu 
d'engager un recours en justice. Et le lobby du secteur a 
critiqué l'incertitude qu'entretiennent les régulateurs. "Avec 
cette décision, tout ce qu'ils font, c'est de mettre en doute ce 
système et de créer de la peur et de la confusion parmi les 
consommateurs européens", a déploré Graeme Taylor, de 
l'Association de protection des cultures européennes (European 
Crop Protection Association). 
    A l'inverse, des organisations écologistes et des collectifs 
citoyens plaident pour une interdiction totale des produits au 
glyphosate en l'absence d'un consensus scientifique.  
    "Il est scandaleux mais pas inhabituel de voir la Commission 
maintenir des pesticides dangereux sur le marché une fois leur 
autorisation expirée (...) Ce qui est nouveau cette fois, c'est 
que des gouvernements ont fait attention et n'ont pas simplement 
endossé une proposition de la Commission", a déclaré Franziska 
Achterberg, directrice chargée de la politique alimentaire 
européenne pour Greenpeace. 
    "Prolonger l'autorisation du glyphosate, c'est comme si une 
odeur de gaz était repérée mais que l'on refusait d'ordonner une 
évacuation pour localiser la fuite", a-t-elle ajouté.  
    En mars 2015, le Centre international de recherche sur le 
cancer (CIRC), qui dépend de l'Organisation mondiale de la 
santé, a classé le glyphosate comme substance "probablement" 
cancérigène. 
    Mais sept mois plus tard, l'Autorité européenne de sécurité 
des aliments (Efsa), qui dépend de l'Union européenne, a conclu 
à l'absence de danger pour l'homme et, le mois dernier, un 
comité conjoint de l'OMS et de l'Organisation des Nations unies 
pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a estimé qu'il ne 
causait probablement pas de cancer.   
    La controverse pèse sur les relations commerciales entre les 
Etats-Unis et l'Europe ainsi que sur l'OPA lancée le mois 
dernier par le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer 
 BAYGn.DE  sur Monsanto pour 62 milliards de dollars (56 
milliards d'euros). 
 
 (Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service 
français) 
 

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