Parly au Sahel pour rassurer les armées et appuyer le G5

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    * Une tournée au Tchad, Niger et Mali 
    * La ministre promet de se battre après la crise budgétaire 
    * L'opération Barkhane au risque de l'enlisement 
    * Paris, avec le soutien de Berlin, compte sur la force du 
G5 
 
    par Sophie Louet 
    N'DJAMENA, 30 juillet (Reuters) - Florence Parly a entamé 
dimanche au Tchad une tournée-éclair au Sahel pour prendre le 
pouls des forces françaises et pousser les feux de la force 
conjointe du G5 Sahel, appelée à "soulager" voire relever 
Barkhane dans la lutte anti-djihadistes. 
    Quinze jours après la crise ouverte entre l'Elysée et 
l'état-major des armées sur les restrictions budgétaires en 
2017, la ministre des Armées a réitéré sa détermination, devant 
les militaires de la base de N'Djamena, à assurer aux armées les 
"moyens nécessaires à l'exécution" de leurs missions. 
    "C'est mon combat, il est bien sûr moins risqué que le vôtre 
mais je peux vous assurer qu'il n'est pas moins complexe", 
a-t-elle déclaré lors d'un discours, évoquant les "débats 
parisiens" sur les 850 millions d'économies imposés au 
ministère. 
    Elle s'est engagée "solennellement à ce que cela n'ait aucun 
impact sur les opérations ni sur l'entraînement". 
    Le déplacement de la ministre avait été programmé avant la 
démission du général Pierre de Villiers, le 19 juillet, 
précise-t-on dans son entourage. 
    Florence Parly est attendue lundi sur la base française de 
Niamey, au Niger, puis mardi à Gao, au Mali, notamment. 
    Elle rencontrera au cours de ces deux étapes son homologue 
allemande Ursula von der Leyen pour un pas de deux sans 
précédent destiné à traduire sur le terrain le renforcement de 
la coopération militaire franco-allemande en Afrique. 
    Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, la France vise à sortir 
de son isolement sécuritaire au Sahel où les 4.000 hommes de 
l'opération Barkhane, qui a pris le relais de Serval en août 
2014, s'efforcent avec difficulté de contenir la menace 
djihadiste, aux côtés des casques bleus de la Minusma, sur un 
territoire plus grand que l'Europe. 
    Paris mise sur la "montée en charge" de la force du G5 Sahel 
(Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger, Tchad), lancée le 2 
juillet à Bamako à l'initiative pressante du président français, 
pour appuyer Barkhane et préfigurer peut-être un désengagement à 
long terme. 
    "Il ne faut pas se leurrer, on est encore là pour plusieurs 
années", souligne un haut responsable militaire français. 
     
    "SANS RÈGLEMENT POLITIQUE, BARKHANE NE PEUT RIEN" 
    De fait, les foyers de violence se multiplient au Mali, avec 
notamment des combats meurtriers dans le Nord et le Centre, sur 
fond de luttes d'influence tribales et de trafics. Les 
accrochages gagnent le nord du Burkina Faso et l'ouest du Niger. 
    "On est revenu deux ans en arrière. Il serait faux de dire 
que les accords de paix de 2015 sont caducs, mais il faudrait 
les toiletter car les signataires ne sont à vrai dire plus les 
mêmes, une recomposition s'est opérée. Sans règlement politique, 
Barkhane ne peut rien", souligne-t-on de source militaire 
française. 
    La force conjointe du G5 Sahel, prévue pour compter 5.000 
hommes, n'en est qu'à ses prémices. Elle doit être 
opérationnelle en octobre. Son coût a été évalué à quelque 500 
millions d'euros. 
    Les militaires français sur place saluent la réactivité des 
pays impliqués et la bonne marche, pour l'heure, du processus. 
La ministre des Armées se rendra lundi à l'un des postes de 
commandement de la force, à Niamey, au côté d'Ursula von der 
Leyen. 
    L'Union européenne s'est engagée à allouer 50 millions 
d'euros à cette coalition. Emmanuel Macron a annoncé le 2 
juillet une aide de huit millions d'euros d"ici à la fin de 
l'année, assortie de contributions pour l'aide au développement. 
    La France et l'Allemagne poussent pour que l'UE débloque au 
plus vite son aide financière et s'appliquent à susciter des 
contributions pour que la force, dont l'action serait concentrée 
sur les zones frontalières, soit opérationnelle au plus vite. 
    Florence Parly insistera auprès des autorités tchadiennes, 
nigériennes et maliennes pour que le calendrier de mise en ½uvre 
soit respecté, précise-t-on dans son entourage. 
    Elle s'entretiendra lundi à N'Djamena avec le président 
tchadien, Idriss Deby, puis le président nigérien Mahamadou 
Issoufou à Niamey avant une rencontre mardi à Bamako avec le 
président malien Ibrahim Boubacar Keïta. 
    "Les Français, c'est très clair, ne veulent plus faire ça 
tout seuls. Ils sont trop exposés. Parfois on est obligés de 
commencer seuls et de passer au multilatéral. En cela la force 
G5 Sahel est encourageante parce que ça prouve que les pays de 
la région veulent agir", relève une source diplomatique à Paris. 
 
 (Avec John Irish à Paris, édité par Nicolas Delame) 
 
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