Paris veut plus de moyens en Syrie

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Paris veut plus de moyens en Syrie
Paris veut plus de moyens en Syrie

par Oliver Holmes et John Irish

NATIONS-UNIES/PARIS (Reuters) - Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a mis en garde jeudi contre le risque d'une guerre civile en Syrie en cas d'échec du plan de paix du diplomate Kofi Annan et a plaidé en faveur d'un renforcement de la mission des observateurs de l'Onu.

Alors que les violences se poursuivent en Syrie en dépit du cessez-le-feu conclu la semaine dernière, Damas et les Nations unies ont signé jeudi un protocole sur les conditions de déploiement "des bérets bleus" sans parvenir à s'entendre sur la taille de leur mission ni sur l'utilisation de moyens aériens.

"Le plan Annan, c'est l'assurance de la paix et de la liberté. Son échec, c'est le chemin vers la guerre civile, voire régionale", a dit Alain Juppé à l'issue d'une réunion à Paris de 14 ministres des Affaires étrangères des pays du groupe des "Amis de la Syrie".

"Nous ne pouvons pas attendre, le temps est compté. Il faut que les observateurs soient vite déployés et puissent agir sans entrave", a-t-il ajouté. "Si ce n'était pas le cas, nous devrions examiner quelles autres options s'ouvrent au Conseil de sécurité (de l'Onu) et à la communauté internationale".

Les pays réunis à Paris constatent que la mission Annan traverse "une phase critique du fait du refus de Damas d'appliquer ses engagements", a dit Alain Juppé en présentant les conclusions de la réunion.

Ils "exigent des autorités syriennes qu'elles mettent immédiatement fin à la violence armée sous toutes ses formes", a-t-il ajouté.

Présente à la réunion de Paris, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a évoqué une résolution du Conseil de sécurité comprenant des sanctions si les observateurs étaient empêchés d'accomplir leur mission.

Ces sanctions pourraient inclure un embargo sur les armes et les déplacements ainsi que des mesures d'ordre économique, a-t-elle ajouté.

PROTOCOLE D'ACCORD

Alors que les violences se poursuivent dans le pays, la Syrie et les Nations unies ont signé jeudi un protocole sur les conditions d'exercice de la mission d'observation du cessez-le-feu.

Seule une avant-garde de six observateurs non armés est présente pour le moment sur le territoire syrien.

Aux termes de la résolution votée samedi au Conseil de sécurité, la mission de surveillance du cessez-le-feu entré en vigueur il y a une semaine devrait comprendre 250 observateurs.

Mais ces effectifs sont jugés insuffisants, notamment par le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, qui espère les faire passer à 300. La France estime qu'il en faudrait 300 à 400.

La répression violente de l'opposition au régime de Bachar al Assad a fait plus de 11.000 morts, selon l'Onu, des dizaines de milliers de prisonniers et des centaines de milliers de réfugiés depuis treize mois.

"Chaque jour qui passe se traduit par la mort de dizaine de civils syriens supplémentaires", a dit Alain Juppé. "Il n'est plus temps de tergiverser, il est temps d'agir."

Selon les services de Kofi Annan, envoyé spécial conjoint de l'Onu et de la Ligue arabe, le protocole signé entre le gouvernement syrien et les Nations unies devrait permettre le déploiement d'un plus grand nombre d'observateurs.

"Cet accord expose dans les grandes lignes les fonctions des observateurs alors qu'ils accomplissent leur mandat en Syrie, ainsi que les tâches et responsabilités du gouvernement syrien", a déclaré Ahmed Fawzi, porte-parole de Kofi Annan, dans un communiqué.

"Cet accord préliminaire a pour objectif de faciliter la tâche des observateurs dans le cadre de la souveraineté syrienne", indique pour sa part le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

COMBIEN D'OBSERVATEURS?

Les diplomates s'interrogent cependant sur la taille de la mission, pour qu'elle soit efficace.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, espère faire passer le nombre d'observateurs à 300 et Alain Juppé, qui s'est exprimé à Paris peu avant la réunion du groupe des "Amis de la Syrie", a estimé qu'il en faudrait 300 à 400.

Réunis jeudi à New York pour faire le point sur la situation avec Jean-Marie Guéhenno, adjoint de l'envoyé spécial Kofi Annan, a plaidé pour le déploiement rapide d'observateurs supplémentaires en Syrie en dépit des risques persistants sur le terrain, selon des diplomates.

Edmond Mulet, secrétaire adjoint du Département des opérations de maintien de la paix aux Nations unies a déclaré par ailleurs que les Nations unies devaient encore trouver un accord avec Damas sur l'emploi de moyens aériens pour faciliter la mission élargie des observateurs.

La Russie et la Chine ne devraient quant à elles approuver l'envoi d'une mission plus importante que si le régime d'Assad y est favorable, donnant de facto un pouvoir de veto à la Syrie.

Les "bérets bleus" présents en Syrie se sont rendus jeudi dans la campagne près de Deraa, berceau du mouvement de contestation né en mars 2011.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme rapporte par ailleurs des tirs de forces de sécurité syriennes à Herak, ville du sud du pays, peu après le passage de la mission de l'Onu.

Une autre vidéo postée sur internet montre la poursuite des bombardements jeudi dans la ville de Homs.

Hélène Duvigneau et Marine Pennetier pour le service français

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