Paris-Roubaix: dernier "enfer du Nord" pour Frédéric Guesdon

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par Gilles Le Roc'h

PARIS (Reuters) - Dernier vainqueur français de Paris-Roubaix, en 1997, Frédéric Guesdon sera très entouré dimanche au départ de Compiègne pour ce qui sera son seizième et dernier "enfer du Nord".

Une fracture ouverte de la hanche lors d'une chute au Tour Down under le 17 janvier avait fortement compromis la cérémonie des adieux mais, à 40 ans, l'homme a fait preuve d'une ténacité hors du commun pour pouvoir remonter à temps sur un vélo.

Le premier verdict des médecins australiens avait été de trois mois d'arrêt, soit la fin des illusions du Breton qui s'était promis d'arrêter sa carrière sur le vélodrome de Roubaix le 8 avril au soir.

De retour à son domicile après avoir subi deux opérations chirurgicales, le coureur de l'équipe FDJ a entendu un deuxième verdict, annonçant cette fois une indisponibilité de quatre semaines.

Il eut la force de relever le défi: d'abord sur home trainer, puis sur la route à raison de sorties de deux heures, puis de trois avant un stage début mars en Mayenne, auprès de son patron, Marc Madiot.

Il a serré les dents, accumulé les sorties longues et repris la compétition le 14 mars à Nokere en Belgique, en sachant fort bien la somme de problèmes à résoudre afin d'être compétitif pour les grandes classiques à venir.

"J'avais des appréhensions, dit-il, peur d'avoir mal sur les pavés, peur de chuter dans des courses où il ne faut pas cesser de frotter pour se replacer et donc prendre des risques."

"Il y avait autant de risques à l'arrière du peloton, et j'ai donc essayé de m'impliquer le plus possible dans la course, en roulant pour mon équipe en tête de peloton", ajoute-t-il.

"C'est le moyen que j'ai trouvé pour prendre du plaisir. C'est vrai que cet accident a changé le schéma. C'était une nouveauté, je n'avais jamais été blessé comme ça dans ma carrière", souligne-t-il.

Au départ du Tour des Flandres dimanche dernier, Frédéric Guesdon avait le sourire, heureux tout simplement d'être là, accueilli avec respect par le peuple flamand.

Le soir, Marc Madiot était sous le charme d'un "homme incroyable, distancé à 25 kilomètres seulement de l'arrivée!"

MARIAGE À VIE AVEC LA FDJ

Le Breton ne totalise que huit jours de course avant Paris-Roubaix. "Je ne suis pas mal par rapport à ce qui m'est arrivé, dit-il, mais de là à avoir un résultat. J'ai perdu beaucoup en force et en rythme et c'est logique", estime-t-il.

Il essaiera de s'enfermer dans une bulle dans les dernières heures précédant le départ de Compiègne et son dernier jour de course, au terme d'une carrière débutée en 1995 dans l'équipe du Groupement, suivi d'un épisode chez Polti en 1996.

Puis vint le mariage à vie avec la Française des Jeux pour laquelle il a gagné Paris-Roubaix mais également Paris-Tours (2006), le Tro Bro Leon (2008) et deux étapes du Critérium du Dauphiné (2000 et 2002), tout en se montrant exemplaire dans son rôle de capitaine de route, notamment auprès des jeunes.

La chute dont il a été victime cette année a le mérite de mettre la lumière sur un homme qui a servi le cyclisme, sans jamais vraiment recevoir en France la popularité que son palmarès justifiait.

Frédéric Guesdon ne semble pas s'en offusquer, préférant s'attarder sur l'aspect sportif. "Ma carrière est longue et je l'explique par ma passion du vélo, mon sérieux, mon encadrement et ma famille qui ont compris mes choix", explique-t-il.

"Quand je suis passé pro, je voulais faire dix ans. J'en ai fait 18 avec de belles victoires. Il y a des courses que j'aurais aimé gagner, au moins une classique en Belgique mais je ne me plains pas".

Avec Frédéric Guesdon raccrochant son vélo au clou, c'est toute la première partie de l'histoire de son équipe FDJ, née avec lui, qui connaît une fin.

"Avec Monsieur Guesdon qui s'arrête, je perds 15 ans de ma vie. C'est le dernier de mes coureurs du début et je sais que sur le vélodrome, ça va me faire drôle. Ça le fait déjà", confie Marc Madiot.

Dans l'attente de devenir directeur sportif dans quelques mois, de préférence dans son équipe actuelle, le Breton vivra dimanche ses dernières émotions de coureur, dans la classique qui n'a cessé de le motiver depuis plus de 15 ans.

Outre sa victoire en 1997, il en a achevé dix autres dans les vingt premiers. Le vélodrome de Roubaix saura lui réserver l'hommage qu'il mérite.

Edité par Pascal Liétout

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