Paris refuse de légiférer sur les licenciements boursiers

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par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français n'entend pas légiférer pour interdire ou renchérir le coût des licenciements dit "boursiers" malgré la montée de cette revendication exprimée par un front syndical.

Reçue dans l'après-midi au ministère du Travail, une délégation de syndicalistes a déposé à l'intention de Michel Sapin une proposition de loi visant à interdire aux entreprises qui font des profits de licencier.

"On veut cette loi contre les licenciements financiers dans les entreprises qui font des bénéfices", a déclaré à Reuters Pascal Vially, coordinateur du syndicat CFDT chez Sanofi, avant d'être reçu rue de Grenelle.

Le géant pharmaceutique français est devenu un cas d'école pour des syndicalistes qui jugent que des licenciements sont déclenchés uniquement dans le but de doper les cours de Bourse.

La direction de Sanofi est ainsi en conflit avec ses salariés après sa décision de supprimer 914 postes d'ici à 2015 alors qu'elle affiche des bénéfices imposants : 2,2 milliards d'euros pour le seul troisième trimestre 2012.

Mais le gouvernement s'en remet pour l'heure à l'accord sur la sécurisation du travail signé le 11 janvier entre les partenaires sociaux et n'entend pas renchérir, comme l'avait promis François Hollande dans ses 60 engagements de campagne, le coût des licenciements.

"Pour l'instant, ce n'est pas un sujet", indique-t-on dans l'entourage du Premier ministre, qui a reçu le soutien indirect de la CFDT au niveau national pour qui l'accord du 11 janvier est "une bonne base" pour lutter contre ces licenciements.

"DU BARATIN" POUR LES SYNDICALISTES

Le numéro un de la centrale syndicale, Laurent Berger, a dit mardi ne pas savoir "ce qu'est un licenciement boursier".

"Ce que je sais, c'est que des entreprises parfois font des licenciements qui ne sont pas justifiés économiquement et, dans l'accord que nous avons signé, ces licenciements sont encadrés", a-t-il dit sur BFM TV et RMC.

A leur sortie du ministère, les représentants syndicaux, vêtus de T-shirts rouges sur lesquels étaient imprimés le nom d'entreprises comme Ford, Fralib, Sanofi, Sony, Coca-Cola ou encore Faurecia, se disaient désabusés.

"C'est du baratin, ils sont gentils avec nous, ils nous écoutent, ils transmettent, mais ça ne change rien donc effectivement il y a de la colère", a déclaré Philippe Poutou, l'ancien candidat à la présidentielle du Nouveau parti anticapitaliste.

"On sait qu'aujourd'hui, si on veut que les choses changent il faut qu'à un moment donné, dans la rue il se passe des chose", a ajouté l'ouvrier de Ford alors que quelques centaines de manifestants occupaient les boulevards voisins du ministère.

Ce mouvement de colère émanant d'une vingtaine de sociétés menacées fait figure de test sur sa gauche pour l'exécutif socialiste, attendu en priorité sur les dossiers économiques et sociaux alors que le chômage explose.

"C'est tout à fait extraordinaire. On a un mouvement qui a été créé par des gens qui étaient éparpillés de tous les côtés du pays", a jugé au micro d'i>Télé le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui participait à la manifestation.

Cette mobilisation intervient aussi alors que les négociations chez Renault et PSA Peugeot Citroën ont repris mardi dans un climat tendu marqué par des débrayages dans plusieurs usines.

Le soutien de la CFDT à la ligne du gouvernement est à double tranchant car il accentue le risque de rupture à la fois entre le tandem exécutif-CFDT et les autres syndicats.

Le gouvernement se défend en effet d'avoir fait de la CFDT un interlocuteur privilégié, même si cette centrale a, avec la CFTC et la CGC, validé l'accord sur le travail que la CGT et FO ont dénoncé comme une régression du droit des travailleurs.

Avec le service France, édité par Yves Clarisse

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