Paris met en cause Spanghero dans l'affaire de viande de cheval

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LE GOUVERNEMENT MET EN CAUSE SPANGHERO DANS L'AFFAIRE DE LA VIANDE DE CHEVAL
LE GOUVERNEMENT MET EN CAUSE SPANGHERO DANS L'AFFAIRE DE LA VIANDE DE CHEVAL

PARIS (Reuters) - La société française Spanghero aurait sciemment commercialisé de la viande de cheval sous l'étiquetage "boeuf" et ses dirigeants seront traduits en justice si la tromperie est établie, a affirmé jeudi le gouvernement français.

En dépit de la complexité du circuit de commercialisation et de transit de la viande, au centre d'une enquête internationale, il apparaît après l'enquête sanitaire menée en France que le seul responsable de la tromperie présumée est la société Spanghero, basée à Castelnaudary (Aude), a souligné Benoît Hamon.

La société roumaine initialement mise en cause après la découverte à la mi-janvier de viande de cheval dans des préparations au boeuf (lasagnes, chili con carne) distribuées dans plusieurs pays européens, serait hors de cause, a ajouté le ministre délégué à la Consommation.

La viande roumaine est passée par l'intermédiaire d'un trader chypriote, puis d'un trader néerlandais avant de parvenir à Spanghero qui l'a redirigée vers une usine luxembourgeoise du sous-traitant français Comigel, fabricant de plats cuisinés pour Findus, Picard et les marques distributeurs de sept enseignes de grande distribution.

Ces enseignes ont retiré les produits suspects de la vente.

"L'enquête démontre que Spanghero savait qu'il étiquetait 'boeuf' potentiellement de la viande chevaline. En tout cas, il y a une suspicion forte", a dit Benoît Hamon.

Il a expliqué que des enquêteurs de la Direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF) avaient prélevé chez Spanghero de la viande de cheval dans des pains de viande de 25 kilos étiquetés "boeuf".

SPANGHERO REJETTE LES ACCUSATIONS

La société a de nouveau protesté de sa bonne foi jeudi soir auprès de Reuters, rejetant toute manipulation.

"Spanghero réaffirme avoir bien acheté de la viande de boeuf", a déclaré à Reuters un représentant de Spanghero.

"Il y a une enquête en cours, elle déterminera s'il y a eu négligence ou pas", a-t-il ajouté en réaction aux propos de Benoît Hamon, soulignant que la société se tient à la disposition des autorités.

Selon le gouvernement, Spanghero ne pouvait pas ne pas savoir, car le code douanier sur la facture et la lettre de voiture (contrat de transport de marchandises) du chargement en provenance de Roumanie attestaient qu'il s'agissait de cheval.

Par ailleurs, la viande a été acquise à un prix moindre que le cours du boeuf. "Spanghero ne pouvait pas méconnaître les prix du marché", a souligné Benoît Hamon.

Le préjudice porterait sur 750 tonnes de viande commercialisées sur plusieurs mois. Le profit pour Spanghero s'élèverait à 550.000 euros.

Les dirigeants encourent jusqu'à deux ans d'emprisonnement, a précisé jeudi soir Benoît Hamon sur France 2, ajoutant que les pénalités - 40.000 euros pour une personne physique et 180.000 euros pour une personne morale - n'étaient "pas très dissuasives au regard du profit réalisé".

Près de 550 tonnes ont été livrées à l'usine luxembourgeoise Tavola de Comigel. Le reste - plus de 200 tonnes - a servi à fabriquer des merguez et des plats cuisinés sous la marque "A la Table de Spanghero", produits qui viennent de faire l'objet d'un rappel de la part de Spanghero.

Les enquêteurs ont saisi dans les locaux de la société des factures, des étiquetages non conformes ou des réétiquetages, ce qui est interdit.

SUSPENSION DE L'AGRÉMENT SANITAIRE

Ces éléments permettront d'établir la responsabilité de la tromperie, a déclaré Benoît Hamon. Le parquet de Paris a été saisi et les responsables présumés encourent jusqu'à deux ans de prison.

Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé que l'agrément sanitaire de la société Spanghero, qui emploie 331 personnes, était provisoirement suspendu dans l'attente d'un rapport vétérinaire prévu la semaine prochaine "pour décider d'un retrait définitif ou pas".

Si Spanghero apparaît comme "l'agent" de la fraude, Benoît Hamon a relevé "au moins deux anomalies significatives" de la part de Comigel qui aurait pu selon lui la détecter.

Toute viande de boeuf commercialisée au sein de l'Union européenne doit obligatoirement comporter la mention du pays d'origine, or la viande en provenance de Spanghero était étiquetée "viande boeuf, origine UE".

"L'usine luxembourgeoise aurait dû s'interroger sur le fait que l'étiquette n'était pas conforme", a dit le ministre.

PAS DE DÉCONGÉLATION DIT COMIGEL

En outre, "une fois la viande décongelée, on peut s'interroger sur le fait que Comigel ne se soit pas rendu compte que la couleur et l'odeur de la viande n'étaient pas celles de la viande de boeuf", a-t-il poursuivi.

"S'agit-il d'une simple négligence? (...) L'enquête sur ce point est encore en cours", a précisé Benoît Hamon.

Réagissant à ces propos, la société Comigel a précisé jeudi soir que la viande n'était pas décongelée avant d'être intégrée dans les plats pour des raisons de sécurité alimentaire.

"En conséquence les opérateurs de l'usine ne pouvaient, ni par la couleur, ni par l'odeur, déterminer la nature de la viande et détecter ainsi la tromperie", a déclaré le groupe basé à Metz dans un communiqué.

"Comigel a acheté de la viande bovine au prix du marché, portant l'estampille sanitaire française apposée par Spanghero", dit le groupe en référence aux écarts de prix qui auraient du alerter les sociétés présentes sur la chaîne de commercialisation.

Comigel souligne en outre que la déclaration du ministre la désigne comme la victime d'une tromperie organisée et rappelle avoir porté plainte contre X pour tromperie, falsification et escroquerie.

Sophie Louet avec Service France, édité par Yves Clarisse et Henri-Pierre André

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  • nayara10 le vendredi 15 fév 2013 à 00:13

    L'Europe des Technorates n'est pas innocente.La libéralisation de tout sous le sein de la Sainte Europe..Tout produit qui paye sa Taxe à l'entrée sur le territoire prend la norme Française .

  • M5005891 le jeudi 14 fév 2013 à 20:46

    Que l'on mette ses patrons et managers voyou directement en prison, les salariés vont être au chômage par la faute de patrons indignes.Faut faire payer les responsables, les vrais et tous les niveaux et dans tous les pays.Moi, je vous le dis, faut remettre le coup tête en service...