Paris invite l'Afrique à prendre en charge sa sécurité

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par John Irish et Daniel Flynn DAKAR, 15 décembre (Reuters) - La France a invité lundi les pays africains à renforcer leur coopération transfrontalière pour faire face aux menaces des groupes armés islamistes du sud de la Libye ou de la secte Boko Haram au Nigeria. A Dakar, où se tient jusqu'à mardi une réunion sur la sécurité du continent, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a exhorté un parterre de dirigeants, experts en sécurité et hommes d'affaires africains à former un forum régulier. Ce forum doit aider l'Afrique à prendre en charge sa sécurité, a estimé le ministre. Une gestion strictement nationale de la sécurité est aujourd'hui une illusion. La menace terroriste ne connaît pas de frontières, a-t-il ajouté. Pressée par ses propres contraintes budgétaires, la France cherche à réduire ses engagements en Afrique. Le contingent de 2.000 hommes de la force Sangaris, déployé il y a un an en République centrafricaine pour mettre fin aux affrontements entre chrétiens et musulmans, doit s'effacer progressivement derrière la Minusca de l'Onu, qui sera pleinement déployée fin avril. ID:nL6N0TO2CW Paris tente aussi d'améliorer la coordination des pays du Sahel en matière de lutte contre le terrorisme, alors que la France mobilise 3.200 hommes dans la région dans le cadre de son opération Barkhane lancée en juillet dernier. Jean-Yves Le Drian a estimé que l'insurrection de la secte islamiste nigériane Boko Haram, par ses attaques croissantes dans le nord du Cameroun, était devenue un problème régional. DÉSTABILISATION Mais il a surtout insisté sur le sud de la Libye, où les islamistes chassés du Mali par l'opération française Serval en 2013 se sont regroupés et menacent de déstabiliser l'ensemble du Sahel, a dit le ministre de la Défense. L'émissaire spéciale des Nations unies pour le Sahel, l'Ethiopienne Hiroute Gebre Selassié, a averti que si la crise libyenne n'était pas rapidement réglée, de nombreux Etats de la région pourraient être déstabilisés. "Les Etats faibles sont confrontés à un phénomène qui va au-delà de leurs frontières", a-t-elle dit, soulignant que le trafic de cocaïne à travers la zone saharo-sahélienne était évalué à 1,5 milliard de dollars par an, soit plus que le budget de ces Etats consacré à la sécurité. "Ce sont des phénomènes planétaires mais les risques incombent aux pays les plus pauvres qui ne peuvent pas les éliminer", a déclaré l'émissaire de l'Onu. Jean-Yves Le Drian a promis que la France continuerait à soutenir les efforts de l'Afrique pour prendre en main sa propre sécurité, tout en exhortant les Etats-Unis ou la Chine à faire de même. Il y a un an, Paris avait soutenu la création d'une force africaine d'action rapide lors de la conférence de l'Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique. ID:nL5N0JL3N5 Selon l'Union africaine, cette force de 5.000 hommes devrait être opérationnelle d'ici la date butoir, fixée à fin 2015. Smail Chergui, commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité, a de son côté insisté sur la nécessité d'un travail en amont pour identifier et prévenir les crises. "L'expérience de ces dernières années nous montre que la prévention de ces crises coûte moins que leur règlement", a-t-il dit. Plusieurs responsables africains se montrent cependant sceptiques sur la capacité du continent à résoudre des crises qui ne sont pas toujours de son fait. "L'Afrique a besoin de soutien. Ce à quoi nous assistons avec cette montée du terrorisme, c'est un problème mondial qui doit être résolu mondialement", déclare un ancien diplomate devenu consultant. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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