Paris et Londres renforcent leur lutte contre la "jungle" de Calais

le , mis à jour à 17:19
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* Réunion des ministres de l'Intérieur français et britannique * Expliquer aux migrants que le Royaume-Uni n'est pas un eldorado * Sécurisation du port de Calais et du tunnel sous la Manche PARIS, 2 juillet (Reuters) - Paris et Londres ont décidé jeudi de renforcer leur coopération pour dissuader les migrants de se rassembler à Calais dans l'espoir de rejoindre le Royaume-Uni, notamment en leur expliquant que la Grande-Bretagne n'est pas l'eldorado espéré. Les ministres de l'Intérieur français et britannique, Bernard Cazeneuve et Therera May, se sont rencontrés à Paris pour débattre de l'aggravation de la crise migratoire en Méditerranée et de ses répercussions à Calais, où 3.000 migrants se trouvent actuellement selon les autorités. Ils sont convenus de renforcer leur coopération, "notamment en abondant le fonds d'intervention" qui doit permettre l'installation de "dispositifs complémentaires indispensables afin d'empêcher l'accès au port par la plage, mais aussi pour sécuriser l'accès au tunnel sous la Manche", lit-on dans un communiqué conjoint publié après la rencontre. De nombreux migrants, pour la plupart africains, tentent à tout prix de passer au Royaume-Uni en montant à bord des poids lourds, voire en passant à pied par le tunnel. Bernard Cazeneuve et Therera May ont donc décidé de renforcer leurs campagnes d'information conjointes auprès des migrants "pour expliquer la réalité du système d'asile et de prise en charge sociale en Grande-Bretagne". Dans leurs campements de fortune, les migrants sont en effet persuadés que la Grande-Bretagne est un eldorado pour sa langue - ils viennent souvent de pays anglophones -, parce que des membres de leur famille y vivent, pour l'accueil jugé plus respectueux des migrants que celui qu'ils ont reçu en France mais aussi pour les bénéfices qu'ils peuvent en retirer. TRAITES COMME DES "ANIMAUX" EN FRANCE "Il y a du respect pour nous là-bas", estime un migrant. "Ce n'est pas comme ici, où on nous considère comme des animaux." Ali, un Irakien de 22 ans, affirme être à Calais depuis un mois, et dénonce les conditions de vie dans le campement toléré à la sortie de la ville. "Là-bas, en Grande-Bretagne, ça ne pourra pas être pire qu'en France", dit-il. Plus loin, sur le port, Aman, un Erythréen de 25 ans, est moins précis sur ses motivations. "J'ai été amené ici en quittant mon pays, où je risquais d'être tué", dit-il. "J'ai fui. Je ne sais pas où aller, mais je ne vais pas rester ici en tout cas. Je veux aller en Angleterre parce que des gens m'ont dit que ce serait mieux." Les Syriens, qui seraient ici une petite centaine, ont manifesté dans Calais et pris à partie les autorités britanniques pour qu'elles acceptent de leur ouvrir les portes. A les en croire, la France leur propose l'asile mais va les laisser dehors encore quelques mois "alors qu'en Angleterre ils seront hébergés sur le champ et dignement". Christian Salomé, responsable de "l'auberge des migrants", une association qui leur vient en aide, résume les motivations des migrants qu'il rencontre. "La première chose que les migrants évoquent, c'est la prise en compte de leur demande d'asile. En Angleterre, quand ils déposent une demande, ils obtiennent un hébergement. Donc ils existent, ils se sentent reconnus", explique-t-il. UN CENTRE LOIN DE CALAIS ? "Ensuite ils vont retrouver de la famille en Grande-Bretagne, puis vient la langue, et enfin ils pensent que trouver du travail sera plus facile qu'en France." Dans un rapport remis mercredi à Bernard Cazeneuve sur la situation des migrants dans le Calaisis, l'ancien préfet du Nord-Pas-de-Calais Jean Aribaud et le président de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, Jérôme Vignon, démentent cette idée. Les conditions d'accueil ont été durcies côté britannique et elles sont proches de ce qui se fait en France, disent-ils. Les Britanniques offrent aux arrivants une dotation mensuelle de 200 euros hors hébergement quand la France leur délivre une aide de 91 à 202 euros, aussi hors hébergement. Les rapporteurs suggèrent la création d'un centre pour les migrants en France à une centaine de kilomètres du littoral, avec une capacité d'accueil de 200 personnes, pour leur exposer les conditions de l'accueil en France et les dissuader de risquer leur vie pour aller au Royaume-Uni. Géré avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ce centre nécessiterait un budget de 3 millions d'euros par an, assumé pour moitié par l'Union européenne. (Pauline Mével, avec Pierre Savary et Xavier Olry, édité par Yves Clarisse)

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  • mark92 le jeudi 2 juil 2015 à 17:04

    Et maintenant 30 syndicalistes bloquent les eurostars!! Ou va la France ???

  • M7403983 le jeudi 2 juil 2015 à 16:57

    Nous allons bien nous les garder au chaud, puisque les expulsions se font à la marge.

  • lolin le jeudi 2 juil 2015 à 16:46

    "Le royaume uni n'est pas un eldorado",sous entendu , restez en france, on vous acceuille les bras ouverts avec l'argent des contribuables qui ont cotisé entre 40 et 45 ans et qu'on continue de ponctionner alors que pour eux tout sera gratuit.