Paris et Berlin veulent avancer sur la taxe Tobin

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LA FRANCE ET L?ALLEMAGNE FONT CAMPAGNE POUR LA TAXE TOBIN
LA FRANCE ET L?ALLEMAGNE FONT CAMPAGNE POUR LA TAXE TOBIN

par John O'Donnell et Leigh Thomas

LUXEMBOURG (Reuters) - La France et l'Allemagne vont intensifier leur campagne pour obtenir le soutien d'au moins sept autres pays de l'Union européenne sur la mise en oeuvre de la taxe sur les transactions financières, et ainsi avancer sur un dossier loin de faire l'unanimité.

Au moins neuf des 27 membres de l'UE doivent soutenir la taxe dite Tobin afin que cet instrument très critiqué dans certains pays d'Europe puisse voir le jour.

Le compteur est pour l'instant bloqué à huit Etats. La Grèce, le Portugal, l'Autriche, la Slovénie et la Belgique s'y sont dit favorables, et l'Estonie devrait les rejoindre mardi à l'occasion de la réunion des ministres des Finances de l'Union européen.

Le ministre français, Pierre Moscovici, a déclaré lundi à la presse que son homologue allemand Wolfgang Schaüble et lui avaient adressé un courrier à leurs homologues à propos de la taxe. "Je pense que c'est possible", a-t-il dit.

L'Italie et l'Espagne ont semblé un temps séduites par l'idée mais ne devraient pas sauter le pas, laissant le soin à l'Allemagne de convaincre un pays hors de la zone euro, ce qui pourrait compliquer la mise en oeuvre de la taxe.

La Pologne, première puissance économique de l'Est de l'Europe, est une candidate potentielle pour rejoindre ce groupe mais pose apparemment ses conditions.

"La Pologne envisagera d'apporter son soutien à la taxe sur les transactions financières si elle se sent soutenue sur des questions importantes pour comme le budget à long terme de l'Union européenne et une voix dans le projet de supervision bancaire", a déclaré un diplomate de l'UE.

La ministre autrichienne des Finances, Maria Fekter, a estimé que l'argent provenant de la taxe pourrait être utilisé pour aider des banques en difficulté.

"Nous allons tenter de convaincre d'autres pays car je crois que cette mesure serait un facteur de stabilité et qu'elle pourrait alimenter les fonds de sauvetage européens", a-t-elle dit.

L'EXPÉRIENCE SUÉDOISE

Jusqu'à présent, le débat s'est concentré sur un projet mis au point par la Commission européenne qui prévoit de taxer à partir de 2014 les transactions portant sur les actions et les obligations à 0,1% et celles sur les produits dérivés à 0,01%.

Selon une estimation, cette taxe, si elle était appliquée dans tous les pays européens, pourrait rapporter jusqu'à 57 milliards d'euros par an. La Commission européenne a suggéré que cette cagnotte serait en partie utilisée pour alimenter le budget central de l'UE tandis que l'Allemagne veut conserver l'argent pour ses dépenses propres.

Les sceptiques estiment que si une telle taxe est une bonne sur le papier, elle est inapplicable si elle n'est pas universelle, ou au moins paneuropéenne.

La Suède a mis en garde ses partenaires européens contre l'initiative , rappelant que le volume de ses transactions avait chuté au profit de Londres quand elle avait tenté de mettre en oeuvre un tel prélèvement au milieu des années 1980.

"Nous pensons toujours que la taxe sur les transactions financières est une taxe très dangereuse", a déclaré avant la réunion de l'Ecofin le ministre suédois des Finances, Anders Borg. "Elle aura un impact négatif sur la croissance."

Son homologue néerlandais lui a fait écho. "Les Pays-Bas ne sont pas favorables à une taxe sur les transactions financières", a dit Jan Kees de Jager. "Nous sommes même réticents à son introduction dans d'autres pays."

La Commission européenne a déclaré qu'elle ferait "tout son possible pour faciliter des progrès rapides" sur la mise en oeuvre de la taxe une fois atteint le seuil des neuf pays.

"Une taxe sur les transactions financières dans l'Union européenne ne sera pas seulement une importante source de revenus", a déclaré le commissaire européen chargé des questions fiscales, Algirdas Semeta. "Cela garantira également que le secteur financier paie sa part."

Mathilde Gardin pour le service français, édité par Véronique Tison

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