Paris et Berlin proposent des quotas de réfugiés par pays

le , mis à jour à 18:56
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* Hollande et Merkel lancent une initiative pour les migrants * Ils veulent un mécanisme de répartition permanent et obligatoire * Réticences de la Pologne et de la Grande-Bretagne * Valls parle de l'urgence d'une mobilisation européenne (Actualisé avec contexte, déclarations) par Elizabeth Pineau PARIS, 3 septembre (Reuters) - La France et l'Allemagne ont proposé jeudi la mise en place d'un "mécanisme permanent et obligatoire" de répartition des réfugiés au sein de l'Union européenne après l'émoi suscité par la publication de la photo d'un enfant syrien de trois ans dont le corps sans vie a été retrouvé sur une plage en Turquie. François Hollande et Angela Merkel, qui se sont parlé au téléphone dans la matinée, estiment que la situation a changé, au terme d'un été marqué par un afflux continu de réfugiés aux frontières de l'Europe et par des drames très médiatisés. En juin dernier, Paris et Berlin avaient refusé la proposition de la Commission européenne d'instaurer des quotas de réfugiés par pays selon leur taille, leurs ressources et leur population, préférant le volontariat. Un nouveau plan devrait être présenté la semaine prochaine par Jean-Claude Juncker, la président de la Commission, afin d'apporter une réponse coordonnée à cette crise qui divise les Vingt-Huit sur l'attitude commune à adopter. "Il faudra répartir ces demandeurs d'asile, ces réfugiés, je parle de ceux qui viennent de Syrie notamment", a déclaré François Hollande lors d'une conférence de presse à l'Elysée aux côtés du Premier ministre irlandais Enda Kenny. "Nous avons proposé avec la chancelière (Angela) Merkel un mécanisme permanent et obligatoire", a-t-il ajouté. "Je considère qu'aujourd'hui, ce qui a été engagé ne suffit plus." DIVERGENCES EUROPENNES A Berlin, la chancelière a parlé de "quotas", un mot jusqu'ici tabou dans ce dossier sensible. "L'Union européenne doit faire davantage, elle doit répartir, c'est le mot qui est choisi, un certain nombre de personnes qui demandent refuge", a dit François Hollande. "Il ne s'agit plus de s'attacher à des mots, il s'agit de sauver des vies et de régler dignement la situation de personnes qui relèvent du droit d'asile." Il a rappelé que 3.000 personnes avaient perdu la vie ces derniers mois en traversant la Méditerranée, et évoqué la nécessité de répartir 100.000 réfugiés. "Il est donc tout à fait nécessaire d'avoir un mécanisme qui puisse prendre la situation de chaque pays européen et de voir à ce moment-là ce qu'il est possible de réserver comme accueil, dans ce pays-là, en fonction de ses caractéristiques." La proposition franco-allemande sera examinée par les ministres de l'Intérieur européens réunis le 14 septembre, puis au Conseil européen, a encore précisé François Hollande. Cette proposition est loin de faire l'unanimité au sein de l'Union européenne, notamment parmi les pays d'Europe centrale sortis du giron communiste et dont les économies demeurent fragiles. La Pologne, résumant la position de plusieurs de ses voisins, a estimé que l'UE devait aider ceux qui fuient la guerre dans leur pays mais qu'il n'est pas question d'imposer des quotas de manière automatique. "Les solutions ne prenant pas en compte les capacités de chaque pays se révéleront totalement improductives. C'est la raison pour laquelle nous sommes contre des quotas automatiques", a dit le Premier ministre polonais Ewa Kopacz, établissant une distinction en réfugiés et migrants économiques. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui a fait construire une clôture de 175 km de long à sa frontière avec la Serbie pour contenir les migrants qui affluent par le Sud, a dit attendre une offre concernant les quotas de migrants mais ne souhaite pas une large communauté musulmane dans son pays. "URGENCE D'AGIR" David Cameron a lui aussi fait part de ses réticences, affirmant que la Grande-Bretagne n'entendait pas modifier sa politique actuelle sur la question des réfugiés syriens et rejetant les appels en faveur d'une augmentation du nombre de personnes que son pays pourrait accueillir. "La solution au problème n'est pas simplement d'accepter des gens", a estimé le Premier ministre britannique résumant l'embarras des politiques face à des opinions publiques inquiètes par l'afflux de migrants. Face à l'émotion provoquée par les photos d'Aylan, enfant syrien de trois ans qui a péri noyé et dont le corps a été retrouvé sur une plage turque, Manuel Valls a parlé sur son compte Twitter de l'"urgence d'agir. (L')urgence d'une mobilisation européenne". En Allemagne, malgré quelques manifestations hostiles, un puissant mouvement de solidarité se fait jour. Berlin s'attend à recevoir 800.000 réfugiés cette année, soit quatre fois plus qu'en 2014. La France, elle, outre l'annonce de quotas de réfugiés pour aider les trois principaux pays de première entrée (Grèce, Italie et Hongrie), a réaffirmé jeudi sa position par la voix du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à l'issue d'une réunion des principaux ministres concernés par ce dossier. Paris prône la solidarité envers les réfugiés qui fuient les guerres et les dictatures mais la fermeté envers les migrants économiques qui doivent être renvoyés chez eux, avec nécessité de bâtir une politique commune de l'asile dans l'UE. "Nous sommes dans une lutte contre la montre", a dit Bernard Cazeneuve. "L'Europe doit être à la hauteur de ces enjeux car si elle ne l'était pas (...) c'est tout le système Schengen (de libre-circulation) qui se retrouverait fragilisé." La France et l'Allemagne veulent aussi que des centres d'accueil ouvrent en Grèce et en Italie, ce qui permettra de faire le "tri" entre ceux qui peuvent obtenir l'asile et ceux qui sont considérés comme des migrants économiques. (édité par Yves Clarisse et Pierre Sérisier)

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  • svtmh1 le jeudi 3 sept 2015 à 17:53

    Qui fait la guerre, qui est un dictateur ?

  • charleco le jeudi 3 sept 2015 à 17:34

    Paris et Berlin devraient se mettre d'accord pour quitter l'OTAN. Les ONG US sont derrière le mouvement migratoire, les médias asservis au pouvoir n'osent pas le dire, mais c'est la vérité.