Paris et Berlin cherchent une position commune sur EADS-BAE

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LA FRANCE ET L?ALLEMAGNE À LA RECHERCHE D?UNE POSITION COMMUNE SUR LE PROJET DE FUSION EADS-BAE
LA FRANCE ET L?ALLEMAGNE À LA RECHERCHE D?UNE POSITION COMMUNE SUR LE PROJET DE FUSION EADS-BAE

par Gernot Heller et Victoria Bryan

BERLIN/FRANCFORT (Reuters) - La France et l'Allemagne espèrent parvenir cette semaine à une position commune sur le projet de fusion entre EADS et BAE Systems, qu'elles approuvent a priori mais qui remet en cause leur influence stratégique sur EADS.

Aucun gouvernement n'a à ce jour critiqué le projet de rapprochement dévoilé la semaine dernière, qui aurait l'avantage de donner naissance à un géant européen de la défense bien plus puissant sur la scène mondiale que ne le sont actuellement EADS et BAE Systems. Mais chaque partie a fait part de préoccupations et d'exigences qui, mises bout à bout, risquent de faire capoter l'opération.

La chancelière allemande Angela Merkel a annoncé mercredi qu'elle évoquerait le sujet samedi avec le président français François Hollande lors de l'entretien qu'ils auront à Ludwisgburg .

Des sources avaient auparavant fait état de discussions préparatoires prévues jeudi et vendredi entre Français et Allemands et censées déboucher sur une "pré-décision" en vue d'une position commune.

La fusion entre le groupe britannique de défense BAE Systems et EADS, la maison-mère d'Airbus, donnerait naissance au numéro un mondial de l'aéronautique et de la défense par le chiffre d'affaires, devant l'américain Boeing.

50.000 SALARIÉS EN ALLEMAGNE

L'Allemagne n'a pas encore adopté de position officielle sur le sujet mais certains responsables politiques ont d'ores et déjà réclamé des garanties sur l'implantation d'activités et la sauvegarde d'emplois dans le pays.

"Ce n'est pas possible qu'un groupe franco-britannique soit créé à partir d'un groupe franco-allemand", a dit à Reuters Joachim Pfeiffer, porte-parole de la CDU -le parti d'Angela Merkel. L'Allemagne, a-t-il résumé, opposera son veto à la fusion si le nouveau groupe prévoit d'implanter ses activités commerciales à Toulouse et ses activités de défense à Londres.

EADS emploie actuellement quelque 50.000 personnes en Allemagne, sur 29 sites. La presse allemande a rapporté que Tom Enders, le patron d'EADS, avait donné des garanties sur l'emploi des 20.000 salariés allemands des activités de défense -une information qualifiée d'"absurde" par EADS.

En Bavière, où le constructeur aéronautique fait travailler 15.000 personnes, le ministre de l'Economie du Land n'a pas nié qu'un groupe fusionné serait plus compétitif mais a clairement dit que sa priorité était de préserver l'emploi.

Du côté de la France, l'inquiétude porte moins sur l'emploi que sur la perte d'influence que la fusion entraînerait pour l'Etat, qui verrait sa participation dans le groupe ramenée de 15% actuellement à 9%.

Le Royaume-Uni, enfin, veut obtenir l'assurance que la naissance de ce nouveau géant européen ne remettra pas en cause la forte présence commerciale de BAE aux Etats-Unis, où le groupe britannique a largement bénéficié de la "relation spéciale" qui unit les deux pays.

EADS et BEA se sont engagés à accorder aux Etats français, allemand et britannique des actions spécifiques ("golden shares") qui leur permettront de s'opposer à une prise de contrôle hostile.

Contrairement à la France, Berlin n'a pas de participation directe dans EADS mais envisage de reprendre les 7,5% détenus par Daimler via la banque publique KfW.

Ces discussions sont actuellement au point mort, a dit une source allemande à Reuters, mais Berlin fera tout pour les faire aboutir s'il voit que Paris parvient à conserver sa participation dans le groupe fusionné.

Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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