Paris espère récolter les fruits de ses retrouvailles avec l'Iran

le , mis à jour à 13:42
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PARIS MISE SUR LA SIGNATURE D'ACCORDS ET DE CONTRATS LORS DE LA VISITE DU PRÉSIDENT IRANIEN
PARIS MISE SUR LA SIGNATURE D'ACCORDS ET DE CONTRATS LORS DE LA VISITE DU PRÉSIDENT IRANIEN

PARIS (Reuters) - Les entreprises françaises attendent avec impatience la visite à Paris mercredi et jeudi du président iranien Hassan Rohani, une première depuis 17 ans appelée à resserrer des liens distendus par le conflit lié au nucléaire, désormais réglé.

Pendant son séjour de 48 heures dans la capitale française, ce réformateur élu en 2013 aura de nombreux échanges avec les entrepreneurs français, qu'il rencontrera notamment au Medef, en présence du Premier ministre Manuel Valls.

Hassan Rohani s'entretiendra dès mercredi avec une vingtaine de chefs d'entreprises à son hôtel, et des tête-à-tête sont prévus avec les patrons d'Airbus et Total.

Son entretien avec François Hollande, jeudi à l'Elysée, sera suivi de la signature d'accords matérialisant la nouvelle ère que la France veut ouvrir avec Téhéran, où Paris a maintenu son ambassade malgré les tensions de ces dernières années liées au programme nucléaire controversé du pays.

Les sanctions internationales ont fait passer les échanges franco-iraniens de quatre milliards d'euros en 2004 à 500 millions en 2013.

Les entreprises et banques françaises oscillent entre enthousiasme économique et prudence juridique un an après l'amende infligée à BNP Paribas par les Etats-Unis et le risque de retour des sanctions en cas de non respect de l'accord sur le nucléaire iranien.

"Investir en Iran ne sera pas exactement comme investir aux Pays-Bas ou au Danemark", souligne un haut diplomate français. "Le facteur psychologique et l'analyse risque vont beaucoup jouer. Tout le monde veut être certain avant d'investir qu'il n'a pas une épée de Damoclès au-dessus de la tête."

COMMANDE D'AVIONS

Mais l'intérêt pour le marché iranien l'emporte.

Avec une population de 80 millions d'habitants et une production annuelle de quelque 400 milliards de dollars, l'Iran, riche en pétrole et en gaz, représente un marché majeur dont les portes s'ouvrent avec la fin de l'embargo consécutive à la mise en oeuvre de l'accord passé à Vienne le 14 juillet dernier.

La levée des sanctions va aussi permettre une reprise des connections entre l'Iran et le système bancaire international. Le pays va de nouveau être mesure d'acheter des biens comme des avions, des automobiles, des biens d'équipement industriels ou encore des médicaments.

En marge de la visite d'Hassan Rohani ce début de semaine en Italie, des accords commerciaux devaient ainsi être signés pour un montant compris entre 15 et 17 milliards d'euros, notamment pour la construction d'un oléoduc.

L'Iran a aussi dévoilé dimanche son intention de commander plus de 160 avions de fabrication européenne, dont huit très gros porteurs fabriqués par Airbus, tout en se disant intéressé par des appareils de l'américain Boeing.

Dans le domaine de l'automobile, l'agence de presse semi-officielle Tasnim a cité dimanche un officiel évoquant un projet entre PSA et l'Iran consistant à investir chacun 250 millions d'euros dans un projet industriel en Iran.

"Les discussions sont en cours, nous ne faisons pas de commentaire sur leur avancement", a dit à Reuters un porte-parole du groupe automobile français.

PSA, mais aussi Renault, sont prêts à revenir en Iran, un marché qui pourrait atteindre à terme 1,5 à 2 millions de voitures par an, soit l'équivalent du marché français.

UN MARCHE STRATÉGIQUE

Jusqu'à présent, Renault semblait tenir la corde car, contrairement à PSA, longtemps premier groupe sur place avec un tiers de part de marché mais qui a quitté brutalement le pays en 2012, la suspension de la production de Renault en 2013 n'a jamais été vécue comme un "abandon" par l'Iran.

L'Iran est "un marché stratégique", déclarait la semaine dernière Thierry Koskas, directeur commercial de Renault, lors de la publication des ventes 2015.

Les deux groupes, associés jusqu'ici aux groupes iraniens Iran Khodro et/ou Pars Khodro, espèrent signer à nouveau des accords pour produire localement des modèles récents.

Signe de l'appétit des deux groupes, PSA a inauguré lundi un show-room à Téhéran, où il importera des modèles de la gamme DS.

Des accords destinés à développer les aéroports iraniens seront probablement signés jeudi durant la visite du président iranien Hassan Rohani à Paris, a-t-on appris mardi de source proche du dossier.

Selon le Wall Street Journal, citant lui aussi des sources, Bouygues et ADP pourraient signer un accord concernant l'aéroport de Téhéran, tandis que Vinci serait pressenti pour deux autres aéroports, dont celui de Mashhad. Bouygues, Vinci et ADP ont refusé de commenter ces informations.

Dans le domaine de l'agroalimentaire, l'intérêt est tout aussi grand.

"La levée des sanctions nous conforte dans notre décision de regarder ce pays", a déclaré à Reuters Stéphane Michel, secrétaire général d'Axereal, groupe coopératif agricole spécialisé dans les céréales et la nutrition animale.

Axereal prévoit de s'implanter en Iran "dans le courant de cette année".

Sans attendre la fin de l'embargo, le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, et le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Matthias Fekl, ont inauguré en septembre à Téhéran un bureau "Business France" pour aider les entreprises françaises souhaitant s'implanter dans le pays.

(Elizabeth Pineau, avec Gilles Guillaume, Tim Hepher, Gus Trompiz et John Irish, édité par Yves Clarisse)

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  • vazi il y a 11 mois

    on va pouvoir vendre des patates vu que l'on n'a pas vendu nos bateaux aux Russes

  • SM7 il y a 11 mois

    Paris n'est pas la France, n’oubliez jamais cela.