Paris envoie des soldats après la chute de Bangui

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DES SOLDATS FRANÇAIS DÉPÊCHÉS EN CENTRAFRIQUE APRÈS LA CHUTE DE BANGUI
DES SOLDATS FRANÇAIS DÉPÊCHÉS EN CENTRAFRIQUE APRÈS LA CHUTE DE BANGUI

par Paul-Marin Ngoupana

BANGUI (Reuters) - Les rebelles centrafricains du Séléka ont pris dimanche le contrôle de Bangui après la fuite du président François Bozizé, amenant la France à envoyer des soldats supplémentaires pour assurer la sécurité de ses ressortissants.

L'organisation rebelle, qui fédère plusieurs mouvements d'insurgés, a tenté de rassurer la population dès le coup de force terminé dimanche matin, affirmant que "la page Bozizé" était tournée et promettant l'organisation "d'élections démocratiques".

Ces promesses n'ont pas convaincu Paris qui s'inquiète du sort de ses ressortissants à Bangui, ville de 600.000 habitants où d'importants pillages de maisons et de commerces ont été signalés dans l'après-midi.

La présidence de la République a annoncé dans un communiqué que François Hollande suivait avec une "grande attention" l'évolution de la situation et avait "décidé de renforcer notre présence militaire à Bangui afin d'assurer, si nécessaire, la protection des Français qui y résident". On estime à 1.200 le nombre de ressortissants français vivant en Centrafrique.

Cette mesure fait suite à la décision prise samedi soir de dépêcher un bataillon pour sécuriser l'aéroport de la ville. Au total, 300 soldats vont venir appuyer les 250 déjà présents sur place.

Le président français, qui s'est entretenu avec le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et avec son homologue tchadien, Idriss Déby, président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale, exhorte les groupes armés à "respecter les populations civiles".

La chute de Bangui s'est accomplie avec une étonnante rapidité depuis la reprise des hostilités vendredi par le Séléka.

Les rebelles ont atteint les faubourgs nord de la ville dans la soirée de samedi et investi le quartier abritant la résidence privée de Bozizé, se heurtant à une résistance de l'armée.

Les combats interrompus à la faveur de la nuit ont repris dimanche matin vers 08h00 (07h00 GMT) et Bangui est tombée en quelques heures, les assaillants s'emparant de tous les bâtiments stratégiques.

PILLAGES

En fin de journée, la situation était confuse et il était difficile de dire qui assumait réellement le pouvoir dans la capitale.

"Les pillages sont importants. Ils sont le fait de la population et du Séléka", a dit un haut responsable onusien à Bangui. "On ne sait pas bien qui est au pouvoir. Je pense que cela n'est pas encore clair. Il est trop tôt pour le dire."

Un conseiller présidentiel, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat, a indiqué que Bozizé avait franchi le fleuve Oubangui pour trouver refuge en RDC. Une incertitude demeurait toutefois sur le sort du président centrafricain.

Le ministre congolais de l'Information Lambert Mendé a indiqué à Reuters que ce dernier ne se trouvait pas avec les 25 membres de sa famille accueillis dans la ville frontalière de Zongo et que les autorités congolaises n'avaient pas été prévenues de son arrivée.

En début d'année, l'opposition et les rebelles du Séléka avaient obtenu des postes-clés dans le cabinet d'union nationale, dont les ministères des Finances et des Mines. Le chef du Séléka, Michel Am Non Droko Djotodia, avait été désigné premier vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale.

Dimanche soir, Djotodia s'est proclamé président par intérim, rapporte Radio France Internationale (RFI). Il a annoncé que le Premier ministre Nicolas Tiangaye, lui aussi issu de l'opposition, resterait en place jusqu'à de nouvelles élections organisées d'ici trois ans. Le couvre-feu a été imposé à Bangui.

L'annonce de Djotodia a toutefois été rejetée par plusieurs membres du Séléka. "Nous ne sommes pas ici pour prendre le pouvoir par la force. Nous mettrons en place une administration provisoire pendant 18 mois, en vue de nouvelles élections", a notamment déclaré Nelson Ndjadder, porte-parole de la CPSK, l'une des composantes du Séléka.

FIN DE L'ÈRE BOZIZÉ

Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et président du mouvement d'opposition MLPC, s'est dit prêt à soutenir Djotodia comme président intérimaire à condition que la transition ne dure pas plus d'un an.

Arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en 2003, Bozizé faisait face depuis plusieurs semaines à la révolte du Séléka qui lui reprochait le non-respect d'un accord de paix conclu le 11 janvier prévoyant l'intégration des combattants dans les rangs de l'armée régulière.

Pour le Séléka, "la page Bozizé est tournée. Une nouvelle page s'ouvre pour la paix et la démocratie en RCA".

Dans un communiqué, l'organisation appelle les Centrafricains à "se retrouver autour de la table" pour préparer une transition "qui, à terme, débouchera sur l'organisation d'élections démocratiques".

Le Séléka met en garde contre les vengeances, les pillages et les règlements de compte et exprime "ses regrets les plus sincères pour toutes les victimes collatérales".

Parmi celles-ci, figureraient neuf soldats africains qui faisaient partie des quelque 400 hommes dépêchés en RCA par Pretoria pour entraîner et aider les troupes régulières.

Une source au sein de la force régionale de maintien de la paix a affirmé que ces troupes avaient participé aux combats aux côtés de l'armée centrafricaine.

Une source des Nations unies à Bangui a déclaré que les troupes sud-africaines se préparaient à quitter le pays. "Ils ont subi des pertes substantielles et ont demandé l'appui de la France pour l'embarquement et le départ de leurs troupes", a dit cette source.

Plusieurs soldats de la force régionale de maintien de la paix, dont trois Tchadiens, ont également été tués lors d'une attaque d'un hélicoptère de l'armée régulière, indique la présidence tchadienne dans un communiqué.

La présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, a condamné la prise du pouvoir par les rebelles à Bangui et a invité les Etats membres de l'UA à répondre de façon unanime à cette situation nouvelle.

Le secrétaire général des Nations unies a également réprouvé lundi "la prise de pouvoir anticonstitutionnelle" réalisée la veille par les rebelles et s'est déclaré dans un communiqué "profondément préoccupé par les allégations de violations sérieuses des droits de l'homme", appelant au calme et au respect de l'Etat de droit.

Avec Joe Bavier à Abidjan, Daniel Flynn et David Lewis à Dakar; Emmanuel Jarry à Paris, Jean-Philippe Lefief, Pierre Sérisier et Guy Kerivel pour le service français

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