Paris écarte toute faille dans le suivi d'Abballa

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    * Une surveillance qui n'a décelé aucun risque imminent 
    * Abballa a même trompé ses proches 
    * On juge les faits, pas les intentions, dit Urvoas 
    * La déradicalisation, le prochain grand chantier 
 
 (Actualisé avec Urvoas à l'Assemblée nationale, détails) 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 15 juin (Reuters) - Le gouvernement français a écarté 
mercredi toute faille des renseignements dans le suivi du tueur 
d'un couple de policiers lundi soir à Magnanville (Yvelines), 
soulignant la difficulté de déceler le passage à l'acte 
"solitaire" en matière terroriste.  
    Larossi Abballa, 25 ans, était parfaitement connu de la 
justice antiterroriste et du renseignement français. Dès 2011, 
il disait vouloir partir "à la chasse" aux mécréants, et 
menaçait de "faire tomber la tête" d'un avocat.  ID:nL8N1961SL   
    Placé sur écoute à plusieurs reprises, il était toujours 
surveillé, lundi, quand il a revendiqué le double assassinat.  
    "Le drame, c'est qu'on ne l'a jamais perdu de vue", a 
déclaré mercredi à l'Assemblée nationale le ministre de la 
Justice, Jean-Jacques Urvoas.   
    Le parcours de Larossi Abballa est celui d'un homme seul, 
peu armé, dont le geste n'a pas été anticipé. Un dissimulateur 
dont le passage à l'acte était très difficile à appréhender, 
selon des spécialistes.  
    "Je ne laisserai pas dire qu'il y a eu de la part de nos 
forces chargées de la lutte contre le terrorisme la moindre 
négligence ni le moindre manque de discernement", a déclaré sur 
France Inter le Premier ministre, Manuel Valls, soulignant la 
difficulté de la tâche. 
    En mai 2011, Larossi Abballa a été incarcéré pour sa 
participation à un réseau d'acheminement de djihadistes vers le 
Pakistan.  
    Derrière les barreaux, il s'est fait remarquer pour son 
prosélytisme radical, et à deux reprises, le bureau du 
renseignement pénitentiaire a transmis des éléments le 
concernant à la justice et aux renseignements, a fait savoir 
Jean-Jacques Urvoas.  
     
    SON EX-PETITE AMIE N'A RIEN VU 
    En février dernier, il a de nouveau été placé sur écoutes 
par un juge dans le cadre d'une enquête sur une filière de 
départs vers la Syrie. Mais à aucun moment les autorités n'ont 
perçu de risque imminent de sa part.  
    "Cet individu, devenu un monstre à l'instant où il tue, 
auparavant n'avait pas annoncé de signes de préparation" d'un 
acte violent, a souligné mercredi le ministre de la Justice.  
    "En France, nous ne jugeons pas les intentions, nous jugeons 
les faits", a-t-il ajouté sur France Info.  
    Après sa condamnation pour association de malfaiteurs en 
lien avec une entreprise terroriste, en septembre 2013, Larossi 
Abballa a respecté toutes les obligations fixées par le juge 
dans le cadre de son sursis avec mise à l'épreuve. 
    Jusqu'à fin 2015, en dehors de quelques reports justifiés 
par son travail de nuit, il a répondu présent à toutes les 
convocations du Service d'insertion et de probation (SPIP). 
Celui-ci a même pointé son "discours lisse", d'après le 
procureur de Paris.  
    Le jeune homme a réussi à tromper jusqu'à certains de ses 
proches. Sur France Info, son ex-petite amie raconte ainsi ne 
pas avoir perçu le moindre signe de radicalisation chez lui.  
    "C'était un petit jeune de quartier qui pensait à s'amuser, 
à faire la fête", raconte-t-elle. Il avait changé, 
reconnaît-elle, mais "dans le bon sens". "Il s'est rapproché de 
Dieu, il a voulu faire ses prières correctement, mais rien 
d'alarmant." 
    Le contrôle auquel il a été astreint à sa sortie de prison 
était-il trop restreint ? Faut-il renforcer les modalités du 
contrôle judiciaire et du sursis avec mise à l'épreuve en 
matière terroriste ? 
     
    FILATURE 24H SUR 24H ? 
    "Quand il nous arrive un tel drame, le devoir de la 
puissance publique est de s'assurer que nous avons les outils 
pour y répondre", estime le ministre de la Justice. Mais "la 
réponse doit être réfléchie, rien ne serait pire que 
l'improvisation", ajoute-t-il.  
    Le cas de Samy Amimour, l'un des trois assaillants du 
Bataclan, où 90 personnes ont trouvé la mort en novembre 2013, 
avait lui aussi soulevé cette question. Il avait pu rejoindre la 
Syrie malgré son placement sous contrôle judiciaire pour un 
projet avorté de départ vers le Yémen.  ID:nL8N13C270  
    Interrogé à ce sujet devant une commission d'enquête 
parlementaire, Jean-Jacques Urvoas a récemment jugé cette 
question légitime. "Ce n'est pas une question de volonté, ni 
d'intention, ni même de droit", a-t-il dit. "C'est la question 
des moyens." 
    Pour le député socialiste Sébastien Pietrasanta, spécialiste 
du sujet, les enquêteurs font face à plusieurs difficultés, dont 
la capacité technique de dissimulation des suspects, qui se 
parlent de moins en moins par téléphone, et utilisent des 
méthodes de cryptage de plus en plus sophistiquées.  
    La commission d'enquête dont il est le rapporteur, et dont 
les conclusions sont attendues le 5 juillet prochain, fera 
notamment des propositions sur le "paradoxe" selon lequel la 
prise en charge judiciaire d'un suspect met un terme à son suivi 
administratif, indique-t-il.  
    Mais "on ne peut évidemment pas faire une filature 24H sur 
24H de toutes les personnes" radicales, dit-il. 
    Environ 14.000 personnes figurent au fichier des signalés 
pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste 
(FSPRT), apprend-on de source proche des renseignements. 
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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