Pari réussi pour Erdogan en Turquie

le , mis à jour à 14:28
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* Avec 49% des voix, l'AKP retrouve sa majorité absolue au Parlement * Pour Erdogan, les Turcs ont fait le choix de la stabilité * Les pro-Kurdes du HDP et les nationalistes du MHP en net recul * La Bourse d'Istanbul et la livre turque en forte hausse * TABLEAU des projections au Parlement: ID:nL8N12V10P (Précisions, contexte) par Ercan Gurses et Orhan Coskun ANKARA, 2 novembre (Reuters) - Le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdogan a retrouvé dimanche la majorité absolue qu'il avait perdue il y a cinq mois au Parlement turc, progressant de près de neuf points dans les urnes. Le succès, inattendu dans ces proportions, de la formation islamo-conservatrice pourrait conduire à un renforcement des pouvoirs du président turc et risque d'accentuer les clivages de la société dans un pays en première ligne face à la guerre en Syrie et à la crise des réfugiés. Sur les marchés, la nette victoire de l'AKP a été accueillie positivement, la livre turque prenant près de 3,5% contre le dollar TRYTOM=D3 tandis que la Bourse d'Istanbul prenait 5,3% vers 12h00 GMT. ID:nL8N12X1G4 Les résultats officiels ne seront pas proclamés avant une dizaine de jours mais d'après les projections de la chaîne de télévision publique TRT portant sur 99% des suffrages dépouillés, l'AKP a triomphé avec 49,4% des voix, un score qui devrait lui assurer 317 députés au Parlement, où la majorité absolue est fixée à 276 sièges. "Les résultats de cette élection montrent que notre nation a pris le parti de l'environnement de stabilité et de confiance qu'avaient menacé les élections du 7 juin", s'est félicité Erdogan dans un communiqué diffusé dimanche soir. Il manquera toutefois 13 sièges à l'AKP pour organiser un référendum sur les révisions constitutionnelles qu'il souhaite mettre en oeuvre afin de transformer la république turque en régime présidentiel. Lundi matin, après être allé prier dans une mosquée d'Istanbul, le président a appelé le monde entier à respecter l'issue du scrutin, s'en prenant aux critiques de la presse internationale à son égard. "Est-ce là votre conception de la démocratie ?" a-t-il dit. "Aujourd'hui, un parti a obtenu le pouvoir en Turquie avec environ 50% des voix (...). Cela mérite d'être respecté par le monde entier mais je n'ai pas observé une telle maturité." La chancelière allemande Angela Merkel a salué le déroulement de l'élection et la nette victoire de l'AKP. RECUL DU HDP PRO-KURDE "Nous saluons le fait que les élections législatives d'hier ont été paisibles", a déclaré son porte-parole, Steffen Seibert, ajoutant que la Turquie devait notamment désormais s'attacher à affronter le défi du combat contre l'Etat islamique, le conflit avec les Kurdes et les conséquences de la guerre en Syrie. Le Premier ministre et chef de file de l'AKP, Ahmet Davutoglu, s'est félicité de ce qu'il a qualifié de "victoire pour notre démocratie" et a aussitôt appelé à un rassemblement en faveur d'une réforme de la Constitution. (voir ID:nL8N12W16M ) L'opposition laïque du Parti républicain du peuple (CHP) demeure la deuxième force du politique du pays, et améliore même son score du 7 juin avec un peu plus de 25% des suffrages. Mais ces élections anticipées ont été marquées par un net recul du Parti d'action nationaliste (MHP), qui cède plus de quatre points, et du Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, qui se maintient de justesse au-dessus des 10% indispensables pour siéger au Parlement. Au CHP, dont la direction tablait sur un gouvernement de coalition pour tempérer l'influence d'Erdogan, un haut responsable estimait dimanche soir que le scrutin était "tout simplement un désastre". L'issue des élections, organisées sur fond de tensions sécuritaires, pourrait aggraver le profond clivage de la société turque entre les tenants d'un conservatisme religieux, dont Erdogan est le héros, et les partisans d'une Turquie laïque qui dénoncent une dérive autoritaire du président. A Diyarbakir, ville majoritairement kurde du sud-est du pays, la police a dû faire usage de gaz lacrymogène dimanche soir pour disperser des manifestants qui ont donné libre cours à leur colère à l'annonce des résultats. Cinq mois plus tôt, c'est dans la liesse que les projections électorales y avaient été accueillies. Rien de tel dimanche soir, où les partisans du HDP attribuaient le succès du parti islamo-conservateur à une stratégie de la tension et de la peur entretenue par le pouvoir entre les deux élections. UN VOTE DE LA PEUR ? Figen Yuksekdag, la co-présidente du HDP, a jugé que les résultats du scrutin étaient le fruit des divisions semées par Erdogan. (voir ID:nL8N12W15R ) C'était la seconde fois en cinq mois que les électeurs turcs étaient appelés aux urnes pour désigner leurs députés. Mais d'une élection à l'autre, l'atmosphère a changé en Turquie, théâtre d'une série d'attentats meurtriers. A Suruç, près de la frontière syrienne, un kamikaze a fait 34 morts en juillet. A Ankara, le double attentat suicide du 10 octobre commis lors d'une manifestation de partisans du HDP a fait plus de 100 morts. Des médias d'opposition ont parallèlement été la cible d'une reprise en main par le pouvoir. La police est ainsi intervenue mercredi pour prendre le contrôle de chaînes de télévision liées au prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, que le président turc accuse d'infiltrer les arcanes du pouvoir avec le projet de mener un coup d'Etat. (voir ID:nL8N12S2VC ) Dans le même temps, Erdogan a déclaré une "guerre synchronisée" à la fois contre l'Etat islamique en Syrie mais aussi et surtout contre les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le cessez-le-feu qui était en vigueur depuis 2012 a volé en éclats et de nombreux affrontements se sont produits dans le sud-est majoritairement kurde du pays. La campagne militaire contre les activités du PKK a d'ailleurs séduit certains des Turcs les plus à droite, plus habitués à voter pour le MHP tandis que les Kurdes les plus conservateurs et les Turcs les plus libéraux ont eu tendance à tourner le dos au HDP, en quelque sorte pour "punir" le PKK. "La période d'instabilité que traverse la Turquie associée à la stratégie d'Erdogan qui s'est présenté en homme fort et protecteur a fonctionné (au bénéfice de l'AKP). C'est une victoire pour Erdogan et pour le PKK", estime Soner Cagaptay, directeur du programme de recherche sur la Turquie au Washington Institute. "Erdogan a réussi à consolider l'essentiel de la droite", a-t-il écrit dans un courriel. Les observateurs de la vie politique turque sont partagés sur leur analyse des intentions d'Erdogan dans le Sud-Est et se demande s'il va intensifier la répression contre le PKK ou réactiver le processus de paix qu'il avait lancé il y a deux ans et demi. "Il faut poursuivre, mais différemment", estime un cadre de l'AKP, ajoutant que conformément à la vision d'Erdogan, le rôle de médiateur du HDP devra être limité puisque l'AKP a largement remporté les élections. "Ce rôle est terminé. Le mieux qu'ils puissent faire, c'est de devenir acteurs." (avec Daren Butler et Melih Aslan à Istanbul, Jonny Hogg, Ayla Jean Yackley et Can Barut à Ankara et Humeyra Pamuk à Diyarbakir; Nicolas Delame, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Guy Kerivel)

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