Panneaux solaires chinois: la taxe de Bruxelles ne convainc pas

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LA TAXE DE BRUXELLES SUR LES PANNEAUX SOLAIRES CHINOIS NE CONVAINC PAS
LA TAXE DE BRUXELLES SUR LES PANNEAUX SOLAIRES CHINOIS NE CONVAINC PAS

par Robin Emmott et Ethan Bilby

BRUXELLES (Reuters) - Une majorité d'Etats membres de l'Union européenne s'opposent au projet de la Commission européenne d'imposer de lourds droits de douanes aux importations de panneaux solaires chinois, montre une enquête de Reuters, ce qui pourrait fragiliser la position de l'exécutif communautaire.

Le projet de la Commission, qui reproche à la Chine des pratiques qu'elle assimile à du dumping, prévoit un relèvement des droits de douanes à 47% en moyenne dès le 6 juin.

Les importations concernées représentent environ 21 milliards d'euros, ce qui en fait l'un des principaux dossiers jamais gérés par la Commission en matière de droits de douane.

Après une rencontre informelle ce lundi à Bruxelles entre le commissaire au Commerce, Karel De Gucht, et le vice-ministre chinois du Commerce Zhong Shan, la Commission a reproché à Pékin de faire pression sur certains pays de l'Union pour qu'ils s'opposent au relèvement des droits de douanes.

"Le commissaire De Gucht (...) a très clairement signifié au vice-ministre qu'il était informé des pressions exercées par la Chine sur un certain nombre d'Etats membres de l'UE, ce qui explique pourquoi ils se positionnent comme ils le font dans leur recommandations à la Commission européenne", explique cette dernière dans un communiqué.

Elle ajoute que Karel De Gucht a évoqué devant son interlocuteur chinois sa volonté "d'étudier la possibilité d'un règlement négocié en partenariat avec les Etats-Unis si cela devait devenir nécessaire".

La Chine a pour sa part qualifié cette rencontre de "constructive" et a souligné que les entretiens avaient porté non seulement sur la question des panneaux solaires mais aussi sur les menaces de l'UE d'enquêter sur des soupçons de pratiques anticoncurrentielles de la part des équipementiers télécoms chinois Huawei et ZTE.

Toute initiative de l'UE sur l'un de ces deux sujets entraînera nécessairement une réaction chinoise, a dit Zhong Shan.

"De telles pratiques protectionnistes ne sont pas acceptables pour la Chine (...) et dégraderaient fortement le climat des relations économiques et commerciales bilatérales", écrit la mission chinoise auprès de l'Union européenne dans un communiqué.

"Le gouvernement chinois ne resterait pas passif et prendrait les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts nationaux", ajoute-t-elle.

Les 27 pays membres de l'UE ont jusqu'à vendredi pour soumettre leur réponse formelle à la proposition de Karel De Gucht. Celui-ci peut appliquer le relèvement des droits de douane pour une période de six mois sans l'aval d'une majorité d'Etats membres, mais une telle situation ne manquerait pas d'affaiblir sa position.

PARIS SOUTIENT LA COMMISSION

La chancelière allemande, Angela Merkel, a dit dimanche au Premier ministre chinois Li Keqiang, que l'Allemagne, premier partenaire commercial européen de la Chine, ferait tout son possible pour éviter l'aggravation du différend.

Le dossier illustre les divisions de plus en plus nettes au sein de l'UE sur les relations avec la Chine, deuxième partenaire commercial des Vingt-Sept.

Reuters a eu des contacts avec 21 des 27 Etats membres et 15 d'entre eux ont dit s'opposer au relèvement des droits de douane, contre six seulement qui soutiennent le commissaire De Gucht. Les six autres ont refusé de répondre ou n'étaient pas joignables.

Parmi les partisans de la Commission dans ce dossier figure la France, qui a réaffirmé sa position lundi par la voix de son ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.

"La France soutient la démarche de la Commission européenne car nous souhaitons des rapports équilibrés entre la Chine et l'Union européenne", a-t-il déclaré à des journalistes.

"Les pays qui pratiquent le protectionnisme, la Chine en fait partie, doivent accepter la réciprocité des règles et donc le gouvernement français soutient la Commission européenne."

L'Allemagne avait dans un premier temps soutenu le projet de Karel De Gucht et c'est une entreprise allemande, Solar World qui est à l'origine de la plainte pour dumping contre les fabricants chinois de panneaux solaires, qui ont conquis en quelques années seulement 80% du marché européen.

Berlin privilégie désormais une solution négociée à ce conflit. "De nouvelles sanctions ne sont pas nécessaires", a estimé lundi le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler.

La Commission européenne assure quant à elle disposer de preuves du dumping chinois, selon une enquête de ses services qu'a pu consulter Reuters.

Avec Luke Baker à Bruxelles, Francesco Guarascio et Phil Blenkinsop à Bruxelles, Yann Le Guernigou à Paris et Andreas Rinke à Berlin; Constance De Cambiaire, Marc Angrand et Bertrand Boucey pour le service français

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