P.Streiff : " Une pression de plus de sept tonnes sur la tête "

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P.Streiff : " Une pression de plus de sept tonnes sur la tête "
P.Streiff : " Une pression de plus de sept tonnes sur la tête "
Ancien pilote de F1 gravement accidenté lors d'essais privés en 1989, Philippe Streiff est revenu dans l'Access365 sur l'accident de Jules Bianchi, dimanche au Grand Prix du Japon.

Philippe Streiff, avez-vous vu les images de l'accident de Jules Bianchi ?
Oui, j'ai vu les images et j'ai constaté le drapeau vert. Je croyais qu'il y avait un drapeau jaune mais de toute façon drapeau jaune ou drapeau vert, avec la visibilité qu'il y avait, la pluie qui s'intensifiait, et surtout la nuit qui tombait... C'est une succession de mauvaises circonstances et d'erreurs humaines.

Comment peut-on éviter ce genre d'incident ?
C'est une exception qui confirme la règle puisqu'en F1, il y a eu des améliorations depuis plus de vingt ans. Il n'y a pas eu de grave accident depuis le décès d'Ayrton Senna à Imola. Là, c'est vraiment une mauvaise coordination entre les entités. La FIA (Fédération Internationale Automobile), la direction de course (la FOM, qui est dirigée par Bernie Ecclestone) et les organisateurs japonais ainsi que leurs commissaires de piste. Ils ont sorti ce tracteur, peut-être sans le feu vert des grandes instances. C'est inadmissible, de nos jours, que l'on ait encore des dépanneuses de ce genre, avec tout l'argent qui circule en Formule 1 ! Elle n'a rien à faire sur la piste, surtout en sortie de trajectoire. Il y a déjà dix ans, Martin Brundle avait touché une voiture qui était sortie au même endroit, ce qui aurait pu être le cas avec Jules Bianchi. Il aurait touché la voiture d'Adrian Sutil sans taper ce tracteur, cela n'aurait pas été aussi grave que ça l'est actuellement. C'est dramatique ! J'ai également vu sur des photos que l'arceau de sécurité s'était cassé or c'était une grande évolution depuis mon accident. J'avais perdu l'arceau de sécurité et j'ai eu le coup du lapin avec le casque. Maintenant il y a un crash test obligatoire fait par la FIA chaque hiver. Il (l'arceau) reçoit une poussée de sept tonnes avec un angle de 45 degrés. Comme l'arceau de Jules Bianchi s'est cassé, cela veut dire qu'il a reçu une pression de plus de sept tonnes sur la tête...

« Il y a eu une erreur »

La voiture de Bianchi s'est encastrée à l'arrière de ce tracteur, c'est-à-dire là où il y a le lest. Cela a arraché toute la partie à l'arrière de la tête de Bianchi...
Le crash test qui a été fait sur cette voiture est de plus de sept tonnes donc c'est un choc de plus de sept tonnes qui s'est fait sur la tête du pilote. C'est horrible, d'où cette ½dème cérébral. J'espère qu'il va se résorber vite et que cela ne se passera pas comme l'accident de Michael Schumacher qui, pour d'autres raisons, a eu ce traumatisme crânien, fin décembre dernier à Méribel, en heurtant un rocher.

Cette fameuse vidéo de l'accident de Bianchi n'est plus consultable sur internet, après que la FOM a demandé sa suppression...
Cela prouve effectivement qu'il y a eu une erreur, et que la FIA, la FOM ou les organisateurs japonais se protègent. Déjà il n'y a pas eu de diffusion en direct et depuis 24h. Je n'étais pas certain qu'il y avait eu un drapeau jaune et j'ai vu cet après-midi qu'effectivement il n'était plus là, que c'était un drapeau vert.

« Tout a été bien fait jusqu'à deux tours de l'accident »

Est-ce naïf de penser qu'avec les conditions météo qu'il y avait, le Grand Prix aurait pu être annulé ?
Non, je ne pense pas vu les enjeux, aussi bien au championnat, qu'avec les droits TV et les spectateurs. Par contre, il aurait très bien pu être avancé comme il en était question depuis vendredi. On savait que ce typhon arrivait sur le circuit, dimanche après-midi. Il avait été question d'avancer le Grand Prix de 15h à 11h, mais cela faisait trop tôt (4h du matin en Europe). Il y a sûrement eu un bras de fer entre la FIA et Bernie Ecclestone, président de la FOM, pour que la course se fasse à 15h. Sauf qu'à cette heure là, c'était impossible de donner le départ. L'erreur a été de ne pas arrêter le Grand Prix, deux ou trois tours avant l'accident de Sutil, quand Felipe Massa l'a demandé à sa radio. Ou encore plus au moment de l'accident de Sutil. On voyait bien que c'était '' inconduisible ''.

Le sport automobile ne doit pas s'arrêter parce qu'il pleut...
Non, bien sûr que non. Il n'y a que les Américains qui font ça. Il fallait donner le départ du Grand Prix. Tout a été bien fait jusqu'à deux tours avant ce terrible accident, où la pluie a triplé d'intensité. Il y a eu toutes ces circonstances, mais c'était surtout une erreur de laisser cet engin de chantier sur la piste. A mon avis, les commissaires n'avaient pas reçu le feu vert de qui que ce soit. Ils l'ont fait de leur propre initiative et c'était une très, très grosse erreur que Jules Bianchi a payé... Pour l'avenir, il faut voir comment on peut encore améliorer tout ça, notamment sur les volants.

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