Ouverture d'une enquête sur le poste de Barroso chez Goldman

le , mis à jour à 01:09
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    * Le prédécesseur de Juncker a rejoint la banque US 
    * Il s'est écoulé 20 mois depuis son départ de la Commission 
    * L'UE ne contrôle ses ex-commissaires que pendant 18 mois 
    * Mais l'affaire a suscité un tollé en Europe 
 
 (Actualisé tout du long avec précisions, contexte) 
    par Alastair Macdonald et Gabriela Baczynska 
    BRUXELLES, 11 septembre (Reuters) - Le président de la 
Commission européenne Jean-Claude Juncker a ouvert une enquête 
sans précédent sur le recrutement de son prédécesseur José 
Manuel Barroso par la banque d'affaires américaine Goldman Sachs 
 GS.N  dans le but de vérifier la conformité de cette embauche à 
la législation européenne. 
    Dans une lettre publiée dimanche par la médiatrice 
européenne Emily O'Reilly, qui fait pression depuis un certain 
temps pour qu'une enquête soit ouverte sur le poste de 
conseiller en Brexit accepté par José Manuel Barroso chez 
Goldman, Jean-Claude Juncker déclare qu'il demande 
officiellement à l'ancien Premier ministre portugais de 
"clarifier" son rôle chez Goldman Sachs. 
    Goldman Sachs a annoncé début juillet avoir recruté l'ancien 
président de la Commission européenne au poste de conseiller et 
président non exécutif de sa branche internationale basée à 
Londres. L'ex-chef du gouvernement portugais est chargé de 
conseiller la banque sur le Brexit, le départ du Royaume-Uni de 
l'Union européenne.   
    L'affaire va être étudiée par le comité d'éthique chargé de 
conseiller la Commission européenne, précise Jean-Claude Juncker 
dans sa lettre. Le comité d'éthique peut se prononcer notamment 
sur la compatibilité avec les traités des activités que les 
anciens commissaires souhaitent mener à l'issue de leur mandat.  
    Bruxelles avait dit jusqu'ici dit que cette affaire ne 
semblait pas enfreindre son code de conduite dans la mesure où 
José Manuel Barroso était parti depuis plus de 18 mois. 
    La révélation de son arrivée chez Goldman Sachs, tenue par 
beaucoup d'Européens comme en partie responsable de la crise 
financière de 2008 qui a failli avoir raison de la zone euro, a 
suscité un tollé. 
     
    AFFAIRE SENSIBLE 
    L'affaire est d'autant plus sensible qu'elle intervient au 
moment où l'UE doit lutter contre la perception du public qui la 
voit comme une pièce du capital mondial après la décision du 
Royaume-Uni de quitter l'Union européenne. 
    La question sera vraisemblablement un thème central du 
discours annuel sur l'état de l'Union que Jean-Claude Juncker 
prononcera mercredi devant le Parlement européen. Elle devrait 
être abordée au prochain Conseil européen vendredi à Bratislava. 
    En privé, responsables européens et diplomates disent que 
Juncker et les autres dirigeants européens sont furieux contre 
Barroso qu'il ait pris un poste dans une société dont la 
réputation publique en Europe est mauvaise mais ils disent aussi 
qu'ils estiment que la Commission ne peut pas faire grand chose. 
    Juncker, qui a succédé à Barroso il y a deux ans, écrit dans 
sa lettre datée du 9 septembre, que Barroso l'a assuré qu'il se 
"conduirait avec intégrité et discrétion". Toutefois, Juncker 
précise qu'il va maintenant demander des assurances écrites de 
cela, compte tenu de l'importance des fonctions de Barroso.     
    "J'ai demandé, écrit Juncker, que, dans cette affaire 
particulière, parce qu'elle concerne un ancien président de la 
Commission, le secrétaire général (de la Commission) lui envoie 
(à Barroso) une lettre lui demandant de fournir des 
clarifications sur ses nouvelles responsabilités et les termes 
de son contrat, ce sur quoi je demanderai l'avis du comité 
d'éthique ad hoc". 
     
    "INACCEPTABLE" 
    La demande a été envoyée à Barroso, mais il n'a pas encore 
répondu, a déclaré une porte-parole de la Commission européenne. 
    Dans sa lettre, Juncker souligne que Barroso ne sera pas 
reçu par la Commission en tant qu'ancien président mais comme 
n'importe quel lobbyiste.   
    Barroso et Goldman Sachs, sollicités pour un commentaire, 
n'ont pas répondu. Selon des personnes qui connaissent l'ancien 
Premier ministre, il est motivé par le poste chez Goldman Sachs 
après plusieurs années passées dans l'administration publique et 
il considère que les critiques à son encontre viennent en grande 
partie de ses ennemis politiques à gauche. 
    Le Comite d'éthique ad hoc comprend trois membres : un 
ancien juge néerlandais à la Cour de justice de l'Union 
européenne, un social-démocrate allemand ancien membre du 
Parlement européen et un ancien haut responsable autrichien à la 
Commission européenne. 
    Selon les traités européens, les anciens commissaires qui 
n'agissent pas avec intégrité dans leurs prises de fonctions 
après avoir quitté la Commission peuvent être privés de leurs 
droits à la retraite. 
    Lors de l'annonce par Goldman Sachs en juillet de la 
nomination de Barroso, la Commission européenne avait indiqué 
qu'il avait quitté ses fonctions 20 mois auparavant, soit après 
la limite statutaire de 18 mois durant laquelle la Commission 
peut mettre son veto aux postes de ses anciens membres. 
    Mais la médiatrice Emily O'Reilly, une ancienne journaliste 
irlandaise, estime que même après les 18 mois inscrits dans le 
code de conduite de la Commission, les traités de l'UE exigent 
une "intégrité" à vie.      
    Le président français François Hollande avait jugé le 14 
juillet dernier que le recrutement annoncé de José Manuel 
Barroso, était "moralement inacceptable".   
    José Manuel Barroso a été président de la Commission 
européenne entre 2004 et 2014 après avoir été Premier ministre 
du Portugal en 2002-2004.  
 
 (Danielle Rouquié pour le service français) 
 

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