Ouverture au Vatican du procès sur des fuites de documents

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OUVERTURE DU PROCÈS AU VATICAN SUR DES FUITES DE DOCUMENTS
OUVERTURE DU PROCÈS AU VATICAN SUR DES FUITES DE DOCUMENTS

par Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Cinq personnes, dont deux journalistes italiens, ont comparu mardi devant un tribunal du Vatican pour avoir transmis ou publié des documents confidentiels du Saint-Siège, un procès dénoncé par les organisations de défense des droits.

En arrivant au Vatican, les deux journalistes, Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi, ont nié toute activité illicite, estimant n'avoir fait que leur travail.

C'est la publication récente en Italie de deux livres signés par les deux hommes, décrivant un Vatican où la volonté réformatrice du pape François se heurte à une vive résistance, qui est à l'origine de ce procès.

Ces ouvrages parus début novembre, intitulés "Via Crucis" de Gianluigi Nuzzi ("Chemin de croix" dans sa version française) et "Avarizia" d'Emiliano Fittipaldi, ont embarrassé et agacé le siège de l'Eglise catholique, qui a estimé que ces informations auraient dû rester entre les murs du Saint-Siège.

Ces fuites constituent l'un des plus grands scandales internes auxquels doit faire face François depuis son élection en mars 2013 et rappellent le scandale "Vatileaks" qui avait précédé la démission de son prédécesseur Benoît XVI. La presse italienne parle d'ailleurs de "Vatileaks II".

Selon les procureurs, trois responsables du Vatican ont formé une "association criminelle organisée" avec l'objectif de "divulguer des informations et des documents concernant les intérêts fondamentaux du Saint-Siège et de l'Etat".

Deux d'entre eux avaient été arrêtés au début du mois. Il s'agit de Mgr Lucio Angel Vallejo Balda, un Espagnol de 54 ans qui est le secrétaire -- numéro deux -- de la préfecture des affaires économiques du Saint-Siège, et d'une laïque italienne, Francesca Chaouqui, spécialiste en relations publiques, qui a été relâchée par la suite après avoir accepté de coopérer.

PROTESTATIONS DE L'OSCE

Mgr Vallejo Balda et Francesca Chaouqui appartiennent tous deux à la commission mise en place en 2013 par le pape François, peu après son élection, pour réfléchir à une réforme de la Curie, l'administration vaticane. Cette commission a achevé son travail l'an dernier et a remis son rapport au pape.

Le troisième individu mis en cause est Nicola Maio, un assistant de Mgr Vallejo Balda.

Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi seront quant à eux jugés pour avoir tous les deux "exercé des pressions, en particulier sur Vallejo Balda, afin d'obtenir des documents et des informations secrets", dit le tribunal du Vatican.

Les deux journalistes se plaignent d'avoir été obligés d'accepter des avocats accrédités par le Vatican et de ne pas avoir pu prendre d'avocats italiens.

Les cinq accusés risquent jusqu'à huit ans de prison.

Lundi, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a exhorté le Saint-Siège à retirer ses charges.

"Les journalistes doivent être libres de rendre compte de questions d'intérêt public et de protéger leurs sources confidentielles", a déclaré la représentante de l'OSCE pour la liberté des médias, Dunja Mijatovic.

La Fédération des journalistes italiens et l'Aigav, l'association des journalistes accrédités au Vatican, ont également condamné la mise en accusation de Nuzzi et Fittipaldi.

"Nous devons souligner que publier des informations est précisément notre métier", a déclaré l'Aigav, parlant de la décision "inacceptable" de juger les deux journalistes.

(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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