Ouverture à Rome du procès "Mafia Capitale"

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par Crispian Balmer ROME, 5 novembre (Reuters) - Le gigantesque procès "Mafia Capitale" s'est ouvert jeudi à Rome, où près de 50 prévenus sont accusés d'avoir détourné des millions d'euros d'argent public. Selon l'accusation, l'enquête a permis de dévoiler un système de corruption systématique impliquant des responsables politiques, des fonctionnaires et des entrepreneurs qui se sont associés avec la pègre pour truquer les appels d'offres lancés par la ville dans des secteurs aussi variés que la construction de centres d'accueil pour les réfugiés ou que la collecte des ordures. Parmi les prévenus, figure notamment Massimo Carminati, une figure de l'extrême droite locale et son acolyte Salvatore Buzzi, déjà condamné pour meurtre, qui sont accusés d'avoir dirigé le réseau mafieux. Ni l'un ni l'autre n'assisteront aux audiences qui doivent s'étaler sur près de dix mois, mais ils suivront les débats depuis la prison de très haute sécurité où ils sont incarcérés. Ils nient toute appartenance à la mafia, un chef d'accusation susceptible d'alourdir les peines de prison qu'ils encourent et de durcir leurs conditions de détention. "Dans toute cette histoire, ce qui contrarie le plus Carminati, c'est que son nom soit associé aux mots 'mafia' et 'drogues'. Il n'a rien à voir avec la mafia", a déclaré son avocat Giosue Naso lors de son arrivée à l'audience. Le défenseur de Salvatore Buzzi a de son côté déclaré que son client souhaitait trouver un accord avec l'accusation pour écoper d'une peine de prison de quatre ans maximum. "C'est raisonable puisque nous contestons toute implication mafieuse", a dit Alessandro Diddi à la presse. PAS D'ANTICORPS L'accusation a accumulé quelque 36.000 heures d'enregistrements pour étayer son dossier, selon la presse italienne, ainsi que des vidéos montrant certains des accusés accepter des pots de vin. L'enquête est apparue au grand jour en décembre 2014, scandalisant l'opinion publique italienne, éclaboussant des responsables politiques de droite et de gauche et de nombreux fonctionnaires locaux. Ces révélations ont également permis d'apporter quelques explications à la déliquescence dans laquelle a sombré la capitale italienne, dont les rues sont parsemées de nids de poule quand elles ne sont pas jonchées d'ordures alors que les impôts locaux y sont particulièrement élevés. "A Rome, nous faisons le maximum, mais ce qu'il manque, c'est une coopération de tous les pans de l'administration de la ville", a déclaré la semaine dernière Raffaele Cantone, président de l'autorité italienne anti-corruption. "Rome a montré qu'elle n'avait pas les anticorps nécessaires." CLAN MAFIEUX Un premier procès rapide, lié au dossier jugé à partir de jeudi s'est achevé par la condamnation de quatre accusés à des peines de prison allant de quatre à cinq ans. Les magistrats ont estimé que le système mis au jour était bel et bien le fruit d'un réseau de crime organisé. Selon la police, les accusés se sont organisés comme un clan mafieux tout en restant à l'écart des grands réseaux de Cosa Nostra, qu'il s'agisse de la 'Ndrangheta calabraise ou de la Camorra napolitaine. En exerçant une emprise aussi ferme sur les contrats publics, leur champ d'action a dépassé celui qui est traditionnellemennt celui de la Mafia qui privilégie l'extorsion, le blanchiment et le trafic de drogue. Selon le parquet, la pègre a développé ses activités à Rome dans la foulée de l'élection du maire de droite Gianni Alemanno, lui même visé par une enquête pour corruption. Il n'est toutefois pas cité dans l'affaire jugée à partir de jeudi. Son successeur, le maire de centre gauche Ignazio Marino, n'est pas impliqué dans le dossier, mais il a été contraint la semaine dernière à la démission après un scandale de notes de frais. (Nicolas Delame pour le service français)

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