"Oui, je le ferais de nouveau", dit Breivik à son procès

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"Oui, je le ferais de nouveau", dit Breivik à son procès
"Oui, je le ferais de nouveau", dit Breivik à son procès

par Balazs Koranyi et Walter Gibbs

OSLO (Reuters) - "Oui, je le ferais de nouveau", a déclaré Anders Behring Breivik, mardi au deuxième jour de son procès pour le meurtre de 77 personnes le 22 juillet 2011 en Norvège.

L'extrémiste de droite, autorisé par le tribunal d'Oslo à lire un texte préparé par avance, s'est vanté d'avoir mené "l'attaque politique la plus sophistiquée et la plus spectaculaire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale".

Les Norvégiens "risquent de devenir minoritaires dans leur propre capitale, dans leur propre pays, à l'avenir", a-t-il ajouté. "Oui, je le ferais de nouveau, parce que les attaques contre mon peuple (...) sont maintes fois plus violentes."

Anders Behring Breivik a évoqué la lutte pour la survie des Indiens d'Amérique comme Sitting Bull, dit sa haine de l'islam et de l'"enfer" du multiculturalisme et promis à l'Europe des "rivières de sang".

Ces attaques étaient "inspirées par le bien et non par le mal", a-t-il conclu, après avoir ignoré les tentatives du juge de l'interrompre, en particulier lorsqu'il a disserté sur le modèle que constituent selon lui le Japon et la Corée du Sud.

Agé de 33 ans, Breivik a plaidé non coupable lundi à l'ouverture de son procès, qui devrait durer dix semaines environ. Il doit être entendu toute la semaine.

Le tribunal n'a pas autorisé la retransmission télévisée de sa déclaration, mardi, afin d'éviter qu'il ne se serve de son procès comme tribune. "Il a obtenu ce qu'il voulait", a toutefois déploré Hildegunn Falgang, une des jeunes qui a réchappé à sa folie meurtrière.

Breivik avait écrit dans le "manifeste" publié sur internet avant son passage à l'acte que son arrestation marquerait "le début de la phase de propagande" et que son procès lui offrirait "une tribune mondiale".

"PIRE QUE LA MORT"

S'il a revendiqué l'attentat à la voiture piégée qui a fait huit morts à Oslo et le massacre méthodique de 69 jeunes gens réunis en camp d'été des jeunesses travaillistes sur la petite île d'Utoya, au nord de la capitale norvégienne, le militant islamophobe rejette toute responsabilité pénale, estimant avoir agi en état de légitime défense contre le "multiculturalisme".

Il refuse également d'être considéré comme pénalement irresponsable en raison de son état mental, qui a fait l'objet de deux expertises psychiatriques contradictoires. Cette question devra être tranchée par le tribunal.

Anders Behring Breivik a déclaré mardi que son principal objectif serait de prouver qu'il était sain d'esprit au moment des faits. Etre déclaré irresponsable serait "pire que la mort", a-t-il dit. La peine capitale n'existe pas en Norvège.

S'il est jugé coupable, Breivik risque une peine maximale de 21 ans. Le droit norvégien permet en outre de prolonger sans limitations une peine si un risque de récidive est avéré.

Si, à l'inverse, les juges estiment qu'il est pénalement irresponsable, il sera probablement interné dans un asile psychiatrique fermé pour une période indéterminée.

La deuxième journée d'audience, suivie par des centaines de journalistes, a été marquée par un incident à l'ouverture.

Le tribunal a révoqué un des trois juges issus de la société civile qui assistent les deux magistrats professionnels, en raison de doutes sur son impartialité. Après la tuerie, ce juge, qui sera remplacé, avait écrit sur Facebook que "la peine de mort est la seule solution juste dans cette affaire".

Cette destitution n'est toutefois pas susceptible de conduire à l'annulation de la procédure.

Lundi, l'accusé a écouté, impassible, l'acte d'accusation détaillant l'attentat d'Oslo et le massacre d'Utoya. S'il a brièvement pleuré, c'était au moment où la cour a montré un film de propagande réalisé par ses soins.

Sur l'île d'Utoya, Breivik a tiré plusieurs fois sur la plupart de ses victimes, une première fois pour les immobiliser, les achevant ensuite d'une balle dans la tête. Le plus jeune tué avait 14 ans.

Jean-Stéphane Brosse et Tangi Salaün pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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