Orange lance une OPA à 3,4 milliards de dollars sur Jazztel

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OPA D'ORANGE SUR L'ESPAGNOL JAZZTEL
OPA D'ORANGE SUR L'ESPAGNOL JAZZTEL

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud et Julien Toyer

PARIS/MADRID (Reuters) - Orange va lancer une offre publique d'achat sur l'opérateur télécoms espagnol Jazztel valorisant ce dernier à 3,4 milliards d'euros, en vue de renforcer sa présence dans un pays où il contrôle déjà le numéro trois du mobile.

Orange a annoncé lundi soir qu'il proposerait 13 euros par action pour acquérir la totalité de Jazztel, ce qui représente selon lui une prime de 34% par rapport au cours moyen pondéré de l'opérateur fixe sur les 30 derniers jours.

L'acquisition, qui devrait être réalisée au premier semestre 2015, sera financée par l'émission d'obligations hybrides et une augmentation de capital qui pourra atteindre deux milliards d'euros en fonction de la quantité de titres apportés.

La transaction, grâce à laquelle Orange espère réaliser 1,3 milliard d'euros de synergies, bénéficie du soutien de l'actionnaire de référence de Jazztel Leopoldo Fernandez Pujals, qui s'est engagé à apporter ses 14,5% du capital à l'offre.

Pour aboutir, celle-ci doit recevoir l'aval des détenteurs représentant plus de 50% du capital, sans compter les titres déjà promis à l'offre.

A Madrid, l'action Jazztel gagne 5,65% à 12,725 euros à 13h20. A Paris, Orange cède 1,53% à 11,27 euros, les investisseurs réagissant au projet d'augmentation de capital annoncé pour financer l'OPA.

OBJECTIFS FINANCIERS RÉAFFIRMÉS

Avec environ 10% du chiffre d'affaires global, l'Espagne constitue le deuxième marché de l'opérateur historique français qui est parvenu à y gagner des parts de marché et à améliorer sa rentabilité en dépit d'une concurrence soutenue.

En mettant la main sur le réseau fixe de Jazztel, Orange pourra proposer des offres convergentes fixe-mobile et répondre à son concurrent direct Vodafone qui a acheté au printemps le câblo-opérateur Ono.

Elle permettra par ailleurs à Orange d'accélérer le déploiement du très haut débit fixe en Espagne. La nouvelle entité y deviendra le numéro deux sur le marché du fixe et sera numéro trois dans le mobile juste derrière Vodafone-Ono qu'elle ambitionne de détrôner, a expliqué le PDG Stéphane Richard.

L'opération n'affectera pas les ratios financiers d'Orange, qui a réaffirmé ses objectifs financiers, et ne devrait pas rencontrer d'obstacle majeur devant les autorités de concurrence, a-t-il aussi estimé.

Elle sera relutive d'ici 2017 sur les résultats du groupe, qui entend minimiser l'impact dilutif de l'augmentation de capital prévue, qui lui permettra cependant de respecter son objectif d'une dette nette qui n'excède pas deux fois son bénéfice d'exploitation d'ici la fin de l'année.

Si l'augmentation de capital atteint les deux milliards d'euros, le maximum annoncé, elle représentera pour les actionnaires une dilution de 6,7% de la valeur de l'action, selon Raymond James.

"Nous ne voulons prendre aucun risque (vis-à-vis des agences de notation) ou mettre sous pression notre capacité à investir dans les réseaux de fibre optique à très haut débit en France", a expliqué le directeur financier d'Orange, Ramon Hernandez.

Moody's et Fitch ont placé la note de crédit d'Orange sous perspective négative en janvier en raison de la baisse de profitabilité du groupe sur son marché domestique.

PLUS BESOIN D'ACHETER YOIGO

Tout en reconnaissant l'intérêt stratégique de l'acquisition de Jazztel, certains analystes s'interrogent sur son prix.

Orange a indiqué qu'elle valorisait Jazztel à 8,6 fois l'Ebitda attendu en 2015 après économies de coûts.

Stéphane Beyazian, chez Raymond James, calcule que l'opérateur français paye sa cible 15 fois l'Ebitda 2014 et 12 fois l'Ebitda 2015 avant économies de coûts, à comparer à des multiples d'acquisition entre 8 et 9 fois dans le secteur.

L'OPA d'Orange signifie aussi que Jazztel ne donnera pas suite à son projet d'acquisition de Yoigo, le plus petit acteur espagnol du mobile, filiale de TeliaSonera, pour lequel il avait officiellement déclaré son intérêt.

Orange avait également regardé le dossier Yoigo.

"Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'acheter Yoigo et nous nous concentrerons sur la combinaison d'Orange et Jazztel", a dit Stéphane Richard aux analystes. "Mais nous sommes favorables à la consolidation en général et si nous pouvons y jouer un rôle plus tard, nous y réfléchirons."

Orange, a-t-il aussi indiqué, n'a plus besoin de réaliser d'opérations de fusion-acquisition dans ses zones géographiques pour poursuivre la convergence des téléphonies fixe et mobile. "Nous pensons que nous sommes bien positionnés sur la plupart de nos marchés et que nous n'avons plus besoin de M&A ; l'Espagne était un cas à part", a-t-il dit.

(Avec la contribution de Dominique Rodriguez, édité par Jean-Michel Bélot)

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  • coche123 le mardi 16 sept 2014 à 14:50

    faut savoir c'est 3,4Md$ ou 3,4Md€ ? de plus en plus t aré ces journalistes.