Orange: la consolidation des télécoms serait-elle terminée ?

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(CercleFinance.com) - Le moins que l'on puisse dire est que les rumeurs de concentration dans le secteur européen des télécoms sont reparties de l'avant, avec Orange en point en mire. Le plus souvent, les titres concernés se comportent bien dans un marché difficile. Mais le bureau d'études parisien Natixis doute que de telles fusions se concrétisent vraiment, et surtout qu'elles présentent le moindre intérêt pour l'actionnaire. Retour sur un point de vue contrariant.

Cette semaine à demi achevée est déjà chargée pour les “telcos” : lundi soir, Bloomberg rapportait qu'Orange avait organisé des 'discussions préliminaires' en vue de racheter la majeure partie des branches médias du groupe Bouygues, soit Bouygues Telecom et TF1.

Cette nuit, le Wall Street Journal, a remis le couvert : Orange étudierait 'de multiples dossiers d'acquisitions, en France et en Europe', afin de réduire la concurrence dans le mobile en France et d'éviter que l'ex-France Telecom ne devienne elle-même la cible d'une OPA. Des noms : KPN, Proximus, mais aussi des cibles déjà citéees par Bloomberg, Bouygues Telecom et Telecom Italia. De plus Iliad, la maison mère de Free, serait elle aussi à la recherche de cibles en Europe.

Serait-il judicieux de parier en Bourse sur d'éventuelles OPA parmi les valeurs télécoms, et sur la hausse de la rentabilité qui résulterait de l'amoindrissement de la concurrence ? Peut-être, mais ce n'est pas l'opinion de Natixis, qui se montre aussi sceptique que critique.

Sceptique car Natixis évoque, concernant un éventuel rapprochement Orange/Bouygues Telecom/TF1, “un “scénario (...) tout à fait irréaliste, car une consolidation de ce type ne peut pas être entreprise par un groupe qui est déjà l'opérateur historique dominant. Cela n'est jamais arrivé en Europe”.

Un argument d'une certaine portée puisque la dépêche de Bloomberg évoquait elle aussi les problèmes de concurrence que poserait l'opération. Ces derniers semblent constituer un obstacle majeur étant donné les positions commerciales des deux opérateurs. Natixis rappelle de plus qu'Orange a toujours prétendu jouer le rôle de “facilitateur” dans une éventuelle consolidation française des télécoms plutôt que celui de “consolidateur”. Enfin, quel intérêt pour Orange de prendre pied dans TF1 après avoir rendu DailyMotion et alors que l'Etat, l'un de ses actionnaires, possède France Television ?

De plus, Natixis estime que les opérateurs télécoms historiques, qui portent souvent le nom d'un Etat, 'sont toujours considérés comme un actif stratégique', et plus encore depuis 'les révélations liées à l'affaire Snowden.' Ce qui serait de nature à faire obstacle à une OPA qui aurait pour cible ou pour acheteur Orange comme Telecom Italia.

En outre et peut-être surtout, pour Natixis, les cibles d'OPA font désormais défaut : 'il n'y a plus de câblo-opérateur à acheter à Europe, et il ne reste plus de consolidation nationale dans le mobile d'importance à réaliser', réaffirmaient les analystes le 1er décembre dernier.

Une des raisons : un contexte réglementaire désormais défavorable. En septembre, les opérateurs nordiques TeliaSonera et Telenor ont retiré le projet de fusion de leurs filiales mobiles au Danemark. En cause, selon Natixis : des discussions avec la direction la Concurrence de la Commission européenne, manifestement opposée à ce que le nombre d'opérateurs mobiles revienne de 4 à 3. Selon les analystes, cela dénote d'un durcissement de la position de Bruxelles et menace d'autres rapprochements, comme Telefonica/O2 au Royaume-Uni et Wind/VimpelCom en Italie.

Au-delà de son scepticisme, Natixis se montre aussi critique. Car son argument le plus marquant contre la consolidation se trouve peut-être du côté boursier : 'il n'y a pas de synergies entre opérateurs situés dans deux pays différents : les services de télécommunications sont produits et vendus localement dans des pays différents. (...) Pour qu'il y ait de réelles synergies, il faudrait avoir les mêmes réseaux, les mêmes réglementations, les mêmes concurrents et les mêmes habitudes de consommation, ce qui ne peut absolument pas s'envisager à court ou moyen terme', affirme une note.

En substance, adosser Telecom Italia à Orange peut intéresser les amateurs de mécano industriel, mais l'actionnaire n'y gagnerait strictement rien. Alors qu'il s'agit du premier impératif d'une OPA. Natixis rappelle aussi que les investissements de Telefonica dans Telecom Italia et de Deutsche Telekom dans le grec OTE se sont révélés 'désastreux'.

Bref, Natixis est toujours d'avis que dans les télécoms, 'le cycle des fusions & acquisitions se termine (et que) les valorisations du secteur devraient donc baisser'. D'autant que le PER relatif du secteur, soit 1,3 fois, présente actuellement une prime de 40% sur ses moyennes historiques.

EG


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